Trémeau Bernard - mercredi 10 octobre 2007
economie
Pendant 24 ans, Alan Greenspan a dirigé la Banque centrale américaine. Maintenant qu’il est à la retraite, il vient d’écrire ses mémoires. C’est lui qui, en mettant plus ou moins de monnaie en circulation sur le marché américain, s’opposait à l’inflation du dollar. De son action dépendait finalement la plus ou moins rapide progression de la richesse dans son pays.
Il est d’abord étonnant de découvrir que cet homme a finalement appris son métier sur le tas. La science économique a en effet énormément évolué depuis 30 ans. Lui et son équipe ont tâtonné pour essayer de trouver dans la pratique la moins mauvaise solution permettant d’aboutir au plein-emploi, tout en maîtrisant l’inflation. Et ceci dans un contexte de mondialisation de l’économie.
Pour Alan Greenspan, la mondialisation est finalement un allié précieux du directeur de la Banque centrale. D’une part, elle inonde le marché national de produits à bas prix venant du monde entier. Elle s’oppose ainsi à l’inflation et, en cela, elle aide considérablement la Banque centrale à accomplir sa tâche. D’autre part, elle offre aux entreprises d’un pays développé une nouvelle et énorme clientèle potentielle. On ne sait pas encore fabriquer d’avions de ligne en Asie, mais on en achète de plus en plus, car on désire voyager. On perd ainsi des emplois dans l’automobile ou le textile, mais on en gagne dans l’aviation ou dans le lancement de satellites. Enfin, moins l’inflation menace, plus le banquier central peut mettre de monnaie non inflationniste sur le marché, donc plus le pouvoir d’achat du pays peut augmenter rapidement.
Greenspan a découvert petit à petit toutes ces réalités économiques incontournables. Il l’a fait, dit-il, sans jamais subir d’ordres du gouvernement. Mais en travaillant avec lui et en faisant découvrir aux responsables politiques américains, démocrates ou républicains, les exigences de l’économie. C’est grâce à ce dialogue entre le responsable de la monnaie et les responsables politiques qu’une bonne solution a été mise au point : les responsables politiques ont libéré l’économie américaine des freins qui l’empêchaient d’enrichir l’ensemble du pays. Alan Greenspan affirme modestement qu’il n’a pas commis d’erreurs. On peut cependant lui faire un reproche. Ses interventions contre l’inflation étaient trop fortes et trop longues, ce qui aboutissait à du chômage et à des crises cycliques, dont la crise de l’immobilier actuelle est la dernière en date.
Sarkozy ne comprend pas le rôle d’une banque centrale
Alan Greenspan est, enfin, très surpris de l’incapacité de la France à sortir de la pensée keynésienne. Les Français pensent en effet massivement que plus l’intervention de l’État dans l’économie est forte, mieux marche la France. L’État doit impérativement et corriger les inégalités issues du marché et protéger les salariés contre les excès de pouvoir de leurs employeurs. Pour Édouard Balladur par exemple, le marché, « c’est la loi de la jungle »…
Il faut donc augmenter et augmenter encore l’aide aux démunis et augmenter et augmenter encore la protection des salariés. Un peu plus d’impôts ou de taxes assureront une partie du financement. Mais comme la France est déjà champion toute catégorie de la fiscalité, l’État emprunte chaque jour un peu plus. Nos enfants paieront l’addition.
Le responsable de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, a la même vision de l’économie qu’Alan Greenspan. Il est difficile d’être banquier central en ayant d’autres opinions. Malheureusement les énarques de Bercy ne jurent que par Keynes. Pour eux, on ne s’oppose pas au chômage en réduisant les contraintes qu’impose l’État à l’économie, mais on le fait en augmentant la quantité de monnaie mise sur le marché.
Le Président ne les écoute pas sur le premier point : il veut, sans hésiter, libérer l’économie des contraintes qui pèsent sur elle et il se bagarre contre le pouvoir exorbitant de l’administration. Mais il semble croire que la Banque centrale ne met pas assez de monnaie sur le marché. Le torchon brûle ainsi entre le Président de la BCE et le Président de la république française… C’est regrettable.
La France peut aussi avancer vers le plein-emploi, si elle écoute la BCE.
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