Artur du Plessis Laurent - mercredi 14 février 2007
iran, nucleaire, chirac
La récente « gaffe » du président de la République sur l’Iran a remis la dissuasion nucléaire sur le devant de la scène. Dans une interview au « New York Times », à « l’International Herald Tribune » et au « Nouvel Observateur », Jacques Chirac a déclaré, avant de se déjuger, que si l’Iran avait d’ores et déjà « une ou deux bombes », il ne serait finalement pas « très dangereux » : les dirigeants iraniens savent que, s’ils utilisaient ces engins contre Israël, « Téhéran serait rasé ». Ces propos ont eu l’inconvénient de donner un blanc-seing à l’Iran pour se doter de la bombe atomique, mais ils ont eu l’avantage de relégitimer la dissuasion nucléaire.
Cette relégitimation est aussi le fait de l’autre puissance atomique européenne : la Grande-Bretagne. Elle pourrait déchaîner son arsenal nucléaire contre « un État voyou » encadrant une attaque nucléaire terroriste contre les intérêts vitaux du pays, a déclaré le Secrétaire d’État à la Défense Des Brown devant la Commission de la Défense des Communes. Brown a avancé la menace d’un État sponsorisant le terrorisme nucléaire, comme l’un des motifs ayant décidé le gouvernement britannique à reconduire la dissuasion nucléaire Trident.
Dans un récent livre blanc sur Trident, le gouvernement avertit, sans ambages, que tout État ayant déclenché une attaque nucléaire contre la Grande-Bretagne devrait s’attendre à « une réponse proportionnée. » Parmi les diverses menaces, Brown envisage « la possibilité que dans le futur, un État voyou en ayant la capacité puisse mandater des terroristes pour lancer des armes contre nous […] Le livre blanc concerne la menace stratégique posée par les États en possession d’armes nucléaires utilisant un mécanisme de livraison par le terrorisme ».
Brown n’a pas défini les circonstances exactes dans lesquelles la Grande-Bretagne lancerait une attaque nucléaire, ni expliqué ce qu’il appelle les « intérêts vitaux » du pays. « Cela a toujours fait partie de notre stratégie de défense que de préserver une ambiguïté sur le moment précis, sur la façon et à quelle échelle nous envisagerions d’utiliser nos armes nucléaires ».
L’essai nucléaire nord-coréen et la course iranienne à la bombe atomique amorcent la prolifération nucléaire. La bombe atomique reste l’arme suprême qu’ambitionnent de posséder un nombre croissant d’États. En outre, à l’exemple des grandes puissances nucléaires qui l’ont fait depuis longtemps, la Corée du Nord et l’Iran se dotent de missiles dont la portée ne cesse de s’allonger, pour transporter des ogives nucléaires. Mais, comme l’indique Brown, ce n’est pas le seul moyen d’acheminer une bombe atomique vers une cible. Elle peut l’être par des terroristes, encadrés par un « État voyou », qui placeraient la bombe dans un conteneur embarqué sur un navire, ou dans la soute d’un avion-cargo, par exemple. L’explosion serait déclenchée à proximité d’une grande ville, la détruisant. L’ampleur des trafics maritimes et aériens rend difficile la surveillance.
L’intégrisme islamiste, qui place le jihad - inspiré par l’idée de suicide individuel et collectif - au centre de sa stratégie de conquête de la planète, peut sembler de nature à tenir en échec la dissuasion nucléaire. Ainsi, il n’est pas certain que la menace de représailles nucléaires israéliennes dissuade un Mahmoud Ahmadinejad en possession d’une bombe atomique de la lancer sur Tel Aviv. Le président iranien pourrait entraîner la population iranienne dans la mort : il pense qu’une apocalypse nucléaire serait une bénédiction, parce qu’elle hâterait le retour du onzième imam prophétisé par la tradition chiite, qui étendra l’islam à toute l’humanité.
Ce n’est pas une raison pour que la France se départisse de l’arme atomique. Cela gommerait toute hésitation chez l’assaillant, et en encouragerait d’autres. La riposte atomique pourrait empêcher un effet de contagion agressive, dans un monde bientôt livré à la prolifération nucléaire. Outre le terrorisme nucléaire, la dissuasion peut s’appliquer à d’autres formes de terrorisme - chimique, bactériologique, etc. - en visant les États, qui encadrent ces actions.
Le Traité de non-prolifération nucléaire est voué à imploser. Déjà, l’Égypte ou l’Arabie Saoudite souhaitent posséder l’arme atomique. L’ascension de l’intégrisme islamiste dans le monde musulman risque de mettre entre les mains de fanatiques, des arsenaux nucléaires. Par exemple celui du Pakistan, dont le président, Pervez Musharraf, est très menacé. La France se doit de conserver son armement nucléaire, tout comme la Grande-Bretagne.
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