|
|
La mort de l’Europe semble inéluctable |
|
Milliere Guy - mercredi 20 février 2008
Nicolas Sarkozy voit sa cote de popularité s’effriter dans les sondages. Cela me semble, hélas, logique. Non pas parce qu’il gère sa vie privée comme une star de cinéma, mais parce que les Français voient leurs fins de mois difficiles, et parce qu’ils voient que les réponses à leurs inquiétudes tardent.
Sarkozy promet de faire monter le pouvoir d’achat, de permettre de gagner plus en travaillant plus, d’empêcher des fermetures de sites de transnationales et de « sauver » les emplois de tous les salariés et de tous les sous-traitants, et que sais-je encore ?
Il ne semble pas discerner que le volontarisme économique, s’il n’a jamais été très efficace, est aujourd’hui obsolète. Il ne semble pas vouloir comprendre que les « délocalisations » se poursuivront tant que les charges hors de France seront moins élevées qu’en France.
Il a choisi un gradualisme si lent qu’il ne peut que décevoir ceux qui espéraient une « rupture », sans pour autant satisfaire ceux qui pourraient encore imaginer qu’une politique de type keynésien a encore des chances de fonctionner au XXIe siècle.
À donner l’impression qu’on peut offrir tout et son contraire, on finit par sembler n’avoir rien à offrir. À laisser croire que l’État peut signer des chèques en blanc quand les caisses sont vides, on risque d’être pris pour un populiste. J’ai voulu faire confiance : je suis aujourd’hui sceptique.
Je pense que la France garde quelques chances infimes de se redresser, mais risque fort de les gaspiller. Si Sarkozy échoue, ce n’est pas la consternante gauche française qui pourra incarner une alternance. À droite, il n’y a rien, et, en particulier, pas de courant libéral et conservateur fort.
Le travail des idées ne se fait pas en ce pays : je fais ce que je peux à l’Institut Turgot avec les moyens que j’ai, et ils sont faibles, car les entrepreneurs français ont du mal à discerner l’importance du travail des idées, précisément. Alain Madelin, qui a toujours et indéfectiblement toute mon estime, fait lui-même ce qu’il peut et s’est, pour le moment, éloigné de la politique. Je travaille sur « l’économie de la connaissance », mais je discerne que nombre de mes interlocuteurs ne discernent pas toutes les implications, immenses, du changement de paradigme en lequel nous sommes.
Je ne puis m’empêcher de penser qu’il est très tard, non seulement pour la France, mais pour l’Europe. Le traité dit « simplifié » sera sans doute adopté, mais il est absolutiste et donc inadéquat, sauf à penser que les années qui viennent seront propices pour le réglementarisme technocratique.
Le vieillissement des populations se poursuit, en certaines contrées, à un rythme accéléré. Les systèmes sociaux devraient, partout, glisser vers des déficits croissants. Une immigration devra se faire en proportions massives si l’Europe n’entend devenir un grand hospice de vieillards, et l’immigration actuelle est déjà en train de changer la substance culturelle de l’Europe en direction de l’islam.
La bataille pour l’âme de l’islam reste incomprise et les discours sont, le plus souvent, ceux de l’aveuglement total ou du rejet total. Alors que nous sommes dans une ère où il faut penser à l’échelle planétaire, fort peu de réflexions se mènent à l’échelle planétaire et tentent de déchiffrer une mondialisation accélérée où économie, culture et géopolitique sont inextricablement mêlées.
Dans le monde qui parle anglais, non seulement la réflexion se mène à l’échelle planétaire, avec des livres comme ceux de Thomas Friedman (« The world is Flat ») ou ceux de Thomas P.T. Barnett (« The Pentagon’s New Map »), mais on parle aussi, de plus en plus nettement, de la mort de l’Europe. Tel était le thème d’un essai de Mark Steyn (« America Alone »). Tel était aussi le thème du dernier ouvrage du grand historien Walter Laqueur, sur lequel je reviendrai plus en détails (« The Last Days of Europe. Epitaph for an Old Continent »).
Il semble que ce soit de l’extérieur de l’Europe qu’on discerne plus aisément ce qui arrive à l’Europe. Les sociétés qui ont un avenir, disais-je voici quelques années, regardent le futur sans baisser les yeux, ni s’aveugler. Les sociétés sans avenir parlent de futur de manière vague et emphatique, mais préfèrent se crever les yeux. J’espère encore que les Européens n’ont pas choisi de se crever les yeux. Mes espoirs sont minces, très minces.
Partager cet article sur Facebook
Recommander cet article sur les sites de syndication d'information :

25 commentaires - Ecrire un commentaire
|
TF1
«Je tutoie Nicolas Sarkozy comme par ailleurs Ségolène Royal, François Bayrou, François Fillon et tous ceux de ma génération.»
Patrick Poivre-d’Arvor
SIC
PRESSE PEOPLE «À travers son site internet “Le Nouvel Observateur” a fait son entrée dans la presse people. Si ce genre de site avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de juifs ?»
Carla Bruni-Sarkozy
Occident «Je crois que l’humanité aborde une mutation capitale qui signale à la fois le triomphe et l’arrêt de mort de la civilisation occidentale.»
Denis Tillinac, écrivain
Sécurité «Un échec de l’OTAN en Afghanistan constituerait une menace directe pour la sécurité des Européens.»
Robert Gates,
secrétaire d’État à la Défense
Démagogue «Avec Sarko, le quinquennat se résumera à une suite de campagnes électorales.»
François Goulard,
député villepiniste
Municipales «Dois-je vous dire que nous ne sommes pas en train de réélire le chef de l’État !»
Françoise de Panafieu
Neuilly «Martinon ? On lui a fait le plus beau cadeau du monde, et il l’a gâché.»
Nicolas Sarkozy
Informée «Ce qui est bien au ministère de l’Intérieur, c’est de savoir qui a dit quoi.»
Michèle Alliot-Marie
Blocage «Il y a des choses acceptées partout ailleurs en Europe qui sont impensables en France à cause de la rue.»
Denis Macshane, député travailliste britannique |
|
|
|