Thieulloy (de) Guillaume - mardi 31 mars 2009
interventionisme
Depuis plusieurs mois, la « classe parlante » française a repris une vieille antienne, que l’on croyait oubliée, sur la mort prochaine du capitalisme. Mais, personne ne prend la peine de préciser de quoi on parle.
Le premier symptôme de cette mort prochaine du capitalisme, c’est que les déréglementations des vingt dernières années sont présentées par les médias et les politiques comme les principales causes de la crise actuelle. Quelles déréglementations ? Nous n’en saurons rien et nous ne pouvons qu’imaginer. À première vue, il semble que cette absence de précision vise à laisser penser que ces « déréglementations » sont, pêle-mêle, les privatisations, les abaissements de barrières douanières et l’accès plus aisé au crédit et les marchés boursiers « alternatifs » (ceux notamment sur lesquels on n’achète pas des actions, mais des paris sur des scénarios boursiers).
Deuxième symptôme de la fin prochaine du capitalisme : l’autisme des dirigeants, qui ne comprennent pas que s’octroyer des « parachutes dorés » et des stocks options en pleine crise les discrédite profondément. Et, de fait, depuis une semaine ou deux, chaque jour nous apporte son lot de mini-scandales de ce genre.
Enfin, le troisième symptôme tient au fait que les entreprises font désormais appel à l’argent public, mettant à mal les professions de foi libérales de leurs dirigeants.
Le problème, c’est que tous ces symptômes ne sont pas à mettre sur le même plan et n’annoncent pas la fin du capitalisme. Seulement l’impossibilité de poursuivre avec un modèle économique fondé sur l’endettement et le mépris de l’épargne. C’est-à-dire précisément le modèle que, paradoxalement, les « élites » s’acharnent à sauver !
Prenons donc le premier symptôme. Celui-ci, faute d’être exprimé clairement, est le plus vicieux. On entend désormais remettre en cause les privatisations des années 1980 et 1990. Il est certain que certaines d’entre elles ont été menées en dépit du bon sens – essentiellement pour renflouer les caisses déjà vides de l’État. Il reste qu’il vaut bien mieux un Renault privatisé qu’un Renault nationalisé. Par la faute des « plans de relance », nous avons déjà balancé 5 milliards par les fenêtres pour « sauver l’automobile ». Imaginez ce qu’il en aurait été si Renault appartenait à l’État !
S’agissant des barrières douanières, on entend de plus en plus souvent chanter les louanges du protectionnisme. Plus souvent d’ailleurs celles du protectionnisme européen que celles du protectionnisme français, ce qui n’est pas d’une grande logique, puisque la Roumanie, que je sache, a des coûts de production considérablement plus faibles que les nôtres tout en appartenant à l’UE !
Je crois volontiers que bon nombre des accords douaniers des vingt dernières années ont été des marchés de dupes. Certains pays (en particulier, les États-Unis et la Chine) savent très bien contourner ces accords pour favoriser leurs entreprises. Je me souviens avoir lu dans les années 1990 un secrétaire d’État américain au commerce expliquant que, puisque les Américains étaient les meilleurs, si un marché était remporté par une entreprise étrangère, c’est que la concurrence avait été faussée et qu’il fallait remettre en cause le marché…
Bref, je suis très favorable à des négociations nettement plus fermes que celles que l’Europe a menées depuis vingt ans. Mais, sur le fond, qui ne voit aussi qu’une bonne partie de la richesse réellement créée vient de la croissance vertigineuse des débouchés ?
Enfin, il y a les déréglementations proprement dites, et notamment celles qui concernent le crédit. Là, il est clair que nous sommes entrés dans l’ère de la démence : accorder des prêts sans apport personnel, ni garantie est de la folie furieuse. Et c’est la principale raison de la crise. Si c’est cela remettre en cause les déréglementations, nous sommes pour !
Les deuxième et troisième symptômes sont les plus faciles à démonter, mais ces préjugés sont aussi les plus enracinés dans les esprits.
Non, les dirigeants des grandes banques et de la plupart des grands groupes français ne sont pas des « patrons ». Ils ne possèdent, dans l’immense majorité des cas, pas leur société. Ils passent d’une société à l’autre, de la fonction publique à un groupe « privé » (mais dépendant étroitement de l’État), avec une facilité déconcertante. Et ils sont parfaitement irresponsables : ils peuvent couler des fleurons de l’industrie française et obtenir des promotions et des ponts d’or en remerciement.
Là encore, si c’est ce capitalisme de copinage et d’irresponsabilité qui meurt dans la crise actuelle, nous ne le regretterons pas !
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