Lance Pierre - mercredi 26 juillet 2006
Lorsque mourut Yasser Arafat, je saluai ici même (“Les 4 Vérités Hebdo” N° 471) le départ d’un combattant qui avait accepté en 1986 la résolution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU impliquant la reconnaissance d’Israël, signé les accords d’Oslo de 1993, serré la main du chef du gouvernement israélien Yitzhak Rabin et tenté de faire avancer vers la paix les deux peuples ennemis.
Je me fis alors copieusement incendier par quelques-uns de nos lecteurs, qui ne voulaient voir en Arafat que l’affreux terroriste et qui avaient adopté la thèse d’Ariel Sharon, selon qui Arafat était “le seul obstacle” à la solution du conflit.
Ces protestations ne me firent ni chaud ni froid, car je savais fort bien qu’Arafat, loin d’être un obstacle à la paix, était au contraire, du côté palestinien, le seul capable d’y conduire, le seul capable de faire accepter aux Palestiniens un traité reconnaissant l’État d’Israël, le seul capable de contenir les extrémistes islamistes. Ils ont aujourd’hui bonne mine ceux pour qui Arafat était “le seul obstacle”. Pourraient-ils m’expliquer pourquoi, Arafat ayant disparu depuis un an et demi, le conflit israëlo-palestinien s’envenime chaque jour davantage ? La réponse est évidente : c’est parce que le Hamas et le Hezbollah, qui n’ont plus devant eux le vieux chef du Fatah (lequel était en réalité LEUR obstacle) ont pu prendre le pouvoir de fait en Palestine et au Liban et, soutenus par l’Iran et la Syrie, mener contre Israël la guerre à outrance.
Au fond, le drame d’Ariel Sharon, c’est d’avoir été pendant des années auto-hypnotisé par son vieil ennemi Yasser Arafat. À force de répéter qu’Arafat était le seul obstacle à la paix et de s’obstiner à vouloir le prouver, Sharon s’était fermé à lui-même la voie vers un règlement du conflit. Arafat était en effet un obstacle à la paix, mais uniquement dans la tête de Sharon. Et ce n’est qu’à la mort d’Arafat qu’Ariel Sharon, enfin délivré de son obsession, comprit soudain que la paix était possible s’il changeait radicalement de politique, ce qu’il fit en engageant l’évacuation des territoires occupés, alors qu’il avait été l’un des principaux artisans de la colonisation.
Je ne sais pas s’il s’est bien rendu compte de ce que signifiait cette volte-face. Elle revenait en fait à reconnaître que l’un des principaux obstacles à la paix avait été jusque-là… Sharon lui-même. Lorsque je le vis à la télévision, en novembre 2005, annoncer la création du nouveau parti “Kadima”, voulant unir gauche et droite israéliennes dans le but d’atteindre enfin la paix, je me pris à espérer que ce projet se réalise. Hélas, il était trop tard et l’occasion avait été manquée. C’est avec Arafat qu’il fallait faire la paix. Lui disparu, ce devenait impossible !
Impossible pourquoi, au fait ? Parce que les Israéliens ont désormais affaire à des intégristes islamistes, ce que Arafat n’était pas. Or, avec le fanatisme religieux ou idéologique, on quitte la politique pour entrer dans la pathologie. On a déjà vu cela avec les nazis. Ces pauvres Allemands se firent piéger par les hitlériens parce qu’ils ne comprirent pas que ceux-ci étaient des mythomanes mégalomanes, c’est-à-dire des cinglés. Ce qui caractérise le mystique mytho-mégalo, c’est son absence totale de réalisme. Il vit dans un rêve, se croit invincible et soutenu par Dieu, tout en étant morbide et suicidaire, amoureux de la mort. C’est triste à dire, mais devant cette sorte de gens, on ne peut rien faire d’autre que les tuer, ce qu’ils espèrent d’ailleurs inconsciemment.
Toute tentative de conciliation ou de compréhension est immédiatement interprétée comme un recul ou une faiblesse, que le fanatique transforme aussitôt en victoire pour sa cause. Mais enfin, qu’est-ce que s’imagine le Hezbollah en arrosant Israël avec ses roquettes de quatre sous ? Qu’il va détruire l’État hébreu ? Ridicule ! Et qu’est-ce que s’imaginent les Iraniens en voulant à toute force se doter de l’arme atomique ? Que les Israéliens et les Américains vont les laisser faire ? Grotesque ! Tous ces gens-là vont se faire écraser sous les bombes, obtenant ainsi exactement ce qu’ils avaient cherché. Avec en prime, hélas, de grands massacres d’innocents. Bien qu’à vrai dire, en observant les mouvements colériques et incohérents des humains, je finisse par me demander s’il y a des innocents quelque part.
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