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La pantomine des médias français |
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Milliere Guy - mercredi 09 avril 2008
irak, etats-unis
Je ne regarde plus depuis longtemps les journaux télévisés français pour m’informer : pour cela, j’ai des sources sérieuses. Non, je regarde les journaux télévisés de ce pays pour la pantomime et le théâtre, pour décompter les falsifications dont je ne pense même pas qu’elles soient toutes volontaires. Beaucoup, sans doute, viennent de la paresse et du conformisme : on entend une chose, plutôt que vérifier on répète, le suivant répète encore, et ainsi de suite.
Et puis il y a les sujets sur lesquels les thèmes sont quasiment imposés. Pour Israël, c’est simple : les Israéliens victimes du terrorisme sont en fait la proie du « cycle de la violence », les réactions de l’armée israélienne sont toujours « disproportionnées », les terroristes arabes sont de simples « activistes », si les dirigeants palestiniens gaspillent les milliards reçus année après année, c’est la faute d’Israël.
C’est, après tout, un phénomène européen : cracher sur Israël en Europe, c’est une façon de s’exonérer de la shoah. C’est aussi une façon d’adopter le nouveau masque de l’antisémitisme. Je ne suis pas antisémite, moi Monsieur, je trouve juste qu’on en fait trop à leur sujet. Et puis, voyez ce qu’ils font aux Palestiniens, une horreur ! Variante : je ne suis pas antisémite, juste antisioniste. Le fait qu’Israël soit le seul État dont on accepte aussi aisément de nier l’existence n’effleure pas ces braves gens qui, soixante ans après avoir accepté que les Juifs portent l’étoile jaune, sont tout à fait prêts à faire d’Israël le Juif des États.
Pour les États-Unis, c’est simple aussi : il y a du racisme, c’est l’individualisme forcené, il y a des armes à feu partout, ils n’ont pas de culture et ne savent même pas où est la France sur une carte de géographie, ils n’ont pas la Sécurité sociale, et puis ils ont voté deux fois pour George Bush, imaginez. Heureusement, il y a le parti démocrate. Et une fois de plus les journaux télévisés retransmettent l’espérance d’un Président qui ne serait pas républicain…
Pour l’Irak, c’est extrêmement simple encore. Choisissez le mot qui vous convient : bourbier ou chaos. Énumérez le nombre de morts américains en prenant bien soin de ne jamais dire combien sont morts dans des accidents de la circulation. Démultipliez le nombre des morts irakiens et si vous parvenez à le multiplier par dix ou par cent, vous aurez un bon point. Ne dites pas « c’était mieux sous Saddam », même si vous le pensez très fort : parfois il vaut mieux suggérer que dire explicitement.
Ne tentez pas d’expliquer pourquoi la presse américaine dans son ensemble, en dehors de quelques feuilles d’extrême-gauche et d’extrême-droite parle des succès remportés : les journalistes américains sont tellement plus bêtes que leurs confrères français et vendus au capitalisme mondial…
Si vous trouvez un journaliste américain qui pense comme vous, citez-le copieusement, et jetez à la poubelle tous les écrits de ses confrères. Quand vous tombez sur un document officiel qui ne vous convient pas, n’hésitez pas à mentir à son sujet. Un mensonge répété de tous les côtés peut finir par avoir des allures de vérité.
C’est ce qui est arrivé voici peu avec un rapport du Pentagone sur les liens entre Saddam, al Qaida et le terrorisme islamiste : il aurait été possible de passer ce rapport sous silence, comme tant d’autres textes et documents. Mais quelqu’un, quelque part, s’est dit qu’il y avait mieux à faire : mentir sur le contenu du rapport. Et c’est ainsi que, pendant des jours entiers, on a entendu ou lu que le rapport en question montrait que Saddam Hussein, ce brave homme, n’avait eu aucun lien avec al Qaida et le terrorisme islamiste.
Pour s’exonérer, ceux qui colportent cela diront qu’ils ont des articles américains qui disent la même chose : il en existe, c’est vrai. Il existe aussi le texte du rapport, et celui-ci est accablant pour Saddam et son régime. Oui, Saddam était lié à al Qaida. Oui, il avait des liens avec le terrorisme islamique. Ceux qui liront le texte du rapport le sauront, ceux qui liront les longs articles détaillant le contenu du rapport comme ceux de Steve Hayes pour le Weekly Standard (disponibles sur le net) sauront aussi. Les autres pourront pratiquer l’ignorance volontaire. C’est leur droit. Il y a la réalité du monde, et il y a le prêt-à-penser français. Et, à force de baigner dans le prêt-à-penser, ce pays crève doucement !
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