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La parité fixe envoie l’Europe dans le mur


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Trémeau Bernard - samedi 24 janvier 2004


Les monnaies de différents pays asiatiques étaient liées au dollar par une parité fixe. Mais les inflations étaient bien supérieures dans les pays asiatiques qu’aux USA. Ce que les consommateurs asiatiques achetaient à l’étranger était de moins en moins cher, mais ce que voulaient exporter les entreprises asiatiques à l’étranger devenait de plus en plus cher. Le chômage progressait et un beau jour, il a fallu remettre les pendules à l’heure et redonner aux monnaies leur vraie valeur relative. Les habitants des pays asiatiques étaient bien moins riches qu’ils ne le croyaient et des millions d’Asiatiques ont été plongés dans la misère.

Le même scénario s’est répété quelques années plus tard, une parité fixe liant le peso argentin au dollar américain. Les consommateurs argentins se sont mis à préférer les produits américains moins coûteux et les producteurs argentins n’ont plus trouvé de débouché à l’étranger. Des millions d’Argentins ont été plongés dans la misère.

Quand une parité fixe ne lie pas les monnaies de deux pays, les variations des cours perturbent les échanges. Quand une entreprise importatrice a une marge de 10 %, une variation du taux de change de plus de 10 % la fait passer du vert au rouge, elle dépose son bilan. La parité fixe existant entre les pays européens a certainement favorisé les échanges et a enrichi tout le monde.

Mais la parité fixe exige des pays signataires une évidente discipline. Le taux d’inflation doit être à peu près identique dans tous les pays, sinon une crise du type argentin surviendra nécessairement, automatiquement. Le pays à forte inflation sera détruit par le chômage. Les pays européens ont donc signé le pacte de stabilité. Comme le déficit budgétaire expose à l’inflation, tous les pays se sont engagés, en toute logique, à revenir à l’équilibre budgétaire, et surtout à ne pas dépasser un déficit de 3 %.

Mais les Français sont indisciplinés. Ils ont décidé de ne travailler que 35 heures par semaine. Non pas 35 heures payées comme 35, ce qui aurait été économiquement correct, mais 35 heures payées comme 39 heures. Ils ont donc décidé de créer une inflation de 11,6 % sur les salaires. Quand il a fallu payer les millions de fonctionnaires 35 heures payées comme 39, tout en essayant de réduire les impôts, les Français ont été obligés d’augmenter leur déficit. Ils ont donc décidé, soutenus par les Allemands, de ne plus respecter le pacte de stabilité. Le mauvais exemple étant donné par les partenaires en principe les plus sérieux, chaque pays reprend sa liberté, et va donc avoir sa propre politique budgétaire. En démocratie, on prépare pratiquement toujours sa réélection en faisant du déficit budgétaire…

Les nations de l’Euroland refusant de s’opposer à l’inflation en ayant une politique budgétaire rigoureuse, seule la Banque centrale européenne peut s’y opposer. Or, on ne lui a confié qu’une seule mission : maintenir l’inflation de l’euro inférieure à 2 % par an. On ne lui a accordé qu’un seul moyen pour le faire : réduire la progression de la masse monétaire en augmentant ses taux courts. Mais quand on réduit la progression de la masse monétaire, on crée du chômage. Les gouvernements européens vont donc pouvoir accuser la Banque centrale d’être responsable du chômage.

Il ne faut pas croire qu’une situation identique à celle qu’a connue l’Argentine ne peut pas survenir en Europe. Un seul exemple : en quatre ans, l’inflation en Grèce dépasse de 25 % l’inflation allemande. L’euro est donc surévalué de plus de 25 % en Grèce. On n’est pas loin de l’Argentine. Si on projette sur l’avenir les courbes actuelles, on a l’impression que le mur est tout proche…

Soit on revient à la discipline économique et la réélection s’éloigne, soit on stoppe la parité fixe et l’euro ne sera qu’une monnaie de compte, soit on ne fait rien et on va dans le mur. Intéressant, non ?...

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