Rouxel Jean - dimanche 17 juillet 2005
Nicolas Sarkozy était lundi 11 juillet à Marseille pour une convention sur l’immigration choisie. De façon évidente, notre ministre de l’Intérieur tient beaucoup à cette question des quotas migratoires, qui lui permet notamment de se désolidariser d’un modèle social et intégratoire français à bout de souffle. Contrairement à ce que l’on pouvait craindre au début de la mandature, Nicolas Sarkozy a brisé le tabou de l’immigration et c’est une excellente chose. Pendant des mois, il a tourné autour, avec des réflexions sur la discrimination positive, avec un discours musclé sur la sécurité, avec des remarques assez originales sur les communautés religieuses et notamment islamiques. Mais, jusqu’il y a peu, Nicolas Sarkozy n’avait pas osé franchir le Rubicon. Il l’a fait, dans la foulée de sa prise de pouvoir à l’UMP, vraisemblablement pour “droitiser” son discours et ainsi s’assurer le contrôle des militants de son parti. Mais il est nettement plus intéressant qu’il maintienne son point de vue comme ministre de l’Intérieur, c’est-à-dire comme ministre en charge des questions migratoires. Il reste que son programme est passablement flou. Nous avons compris qu’il n’y aurait pas de quotas par nationalité, mais seulement des quotas par profession. Pourquoi pas? Mais, autant les quotas professionnels sont intéressants dans le cadre d’une immigration de travail, autant ils sont absurdes tant que la politique du regroupement familial est maintenue (les conjoints et les enfants des immigrés sélectionnés ont peu de chances d’exercer les mêmes professions). Toute proportion gardée, ces discours sur l’immigration évoquent un peu ce qui se passe au plan fiscal. Thierry Breton s’est, en effet, engagé à faire un inventaire des inconvénients de l’ISF (comme si on les ignorait!) Mais il a aussitôt précisé qu’aucune réforme n’était à l’ordre du jour… Voilà qui est emblématique de la situation politique dans laquelle se trouve notre gouvernement. Depuis quelques mois, on assiste à un grand renouveau de la liberté de parole: on peut critiquer l’ISF, on peut refuser une immigration subie… tous sujets sur lesquels le black-out était complet depuis des années. Bref, le discours peut tranquillement se droitiser – et semble devoir continuer à se droitiser dans les mois qui viennent, ne serait-ce que pour se démarquer du désastreux bilan de Chirac. En revanche, la marge d’action est quasi nulle et a toutes chances de se rétrécir encore au fur et à mesure que 2007 se rapprochera…
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