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La politique étrangère de la France


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Lambert Christian - mardi 20 octobre 2009

europe, iran, allemagne
Le ministre des Affaires étrangères a exposé ce qu’était notre politique extérieure au cours de l’émission de LCI, « Le Grand Jury RTL-Le Monde », le dimanche 5 octobre.

Bernard Kouchner a été précis, clair et éloquent
. Il connaît ses dossiers. A-t-il été convaincant pour autant, alors qu’il était clair que son premier souci était de ne pas déplaire au prince ? Il faut savoir en effet que notre politique étrangère est bicéphale : un ministre in partibus à l’Élysée ayant le dernier mot et un ministre de façade au Quai d’Orsay (qui souvent ne s’entend pas avec le premier). À plusieurs reprises, il a souligné que « maintenant », la diplomatie française marque le monde entier. On comprend d’autant mieux le souci du ministre que sa fonction est enviée et que, parmi d’autres, un candidat au remplacement, ancien ministre socialiste connu, député du Nord, compagnon et grand admirateur de Mitterrand, a toutes ses chances…

Voyons ce qu’il en est en réalité, zone par zone, de cette politique étrangère dont on est si heureux d’avoir à la conduire.
En Europe, le couple franco-allemand, moteur de l’Union européenne, ne tourne pas de façon harmonieuse, malgré les embrassades multiples que Nicolas Sarkozy prodigue à Angela Merkel qui s’en passerait bien ! L’Allemagne après les dernières élections s’orientera franchement à droite ; la France de Sarkozy, elle, s’oriente franchement à gauche. L’Allemagne, qui sait exporter, a une balance commerciale positive ; la France a une balance commerciale négative (-3,4 milliards d’euros pour le seul mois d’août). La fiscalité allemande est pesante ; la fiscalité française écrasante et on nous assure de tous côtés qu’elle va encore augmenter.

L’Irlande vient de voter oui au traité de Lisbonne qui doit rénover et renforcer l’UE, après avoir voté non en 2008, parce que Bruxelles a promis toutes sortes d’avantages aux Irlandais. C’est un peu un vote acheté. De façon générale, d’ailleurs, il semble qu’au sein de l’UE, lorsque le résultat d’un référendum ne plaît pas, on condamne les électeurs à revoter jusqu’à ce que leur vote soit « conforme » (cf. la chronique de Jean Rouxel dans le n° 711 des « 4 Vérités » :  Oui Irlandais : une démocratie à géométrie variable). Il reste que rien n’est définitivement gagné. Si les conservateurs en Grande-Bretagne l’emportent en 2010, ce qui est probable, et qu’ils organisent un référendum sur l’Europe, un non très majoritaire apparaîtra et, cette fois-ci, il ne sera pas question de revoter. Les Anglais sont favorables à l’Union européenne à la condition qu’elle leur rapporte !

Plus à l’est, la hâte avec laquelle on a admis dans l’Union des pays qui, en fait, n’étaient pas prêts pour une telle intégration pose d’onéreux et difficiles problèmes. L’une des spécialités de la Roumanie et de la Bulgarie dont on dit que leur gouvernance est entachée d’inefficacité et de corruption, consiste pour s’en débarrasser, à envoyer certaines de leurs populations inassimilables et délinquantes en Europe de l’ouest, c’est-à-dire en France et en Italie, devenues nations-dépotoirs. Pour autant, tout ceci ne gêne aucunement quelques beaux esprits qui militent non seulement pour l’intégration de la Turquie musulmane et asiatique dans l’UE, mais aussi en faveur d’autres pays de l’Est, comme l’Ukraine, tous quémandeurs de milliards d’euros et dont les populations sous-développées n’aspirent qu’à émigrer en Europe de l’ouest pour y recevoir allocations et soins gratuits.

Quant à l’Union pour la Méditerranée, sortie de la plume inventive du « conseiller spécial » du président de la République, elle est réduite à l’état d’espérance grâce à la lucidité et au bon sens d’Angela Merkel. Un fiasco aisément prévisible (cf. le n° 631 des « 4 Vérités » du 7 mars 2008). Elle est maintenant institutionnellement suspendue.

Avec les États-Unis, il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy le mérite d’avoir rétabli des relations normales. Son prédécesseur les avait fortement altérées. Manifestant une sorte d’hostilité contre Washington allant de pair avec la plus grande considération pour l’URSS, Jacques Chirac avait cru bon, avant de terminer son deuxième quinquennat, d’honorer le camarade Vladimir Poutine, ex lieutenant-colonel du KGB, fidèle stalinien, et président de la Russie, de la grand-croix de l’ordre de la Légion d’Honneur. Au nom des droits de l’homme ?

Avec l’Asie, nos relations pourraient être meilleures. Elles sont médiocres avec la Chine, malgré les multiples initiatives de Jean-Pierre Raffarin qui, s’étant pris d’affection pour Pékin, s’efforce d’arranger les choses. Avec les Japonais qui ont fait de leur pays la deuxième puissance industrielle du monde, l’un des plus grands peuples de la planète qui a su allier le respect de la tradition et la modernité, c’est la page blanche. Le président de la république paraît ne pas connaître et ne pas s’intéresser au Japon.

De l’Afrique, on est tenté de ne pas parler. Et pourtant, la Françafrique est toujours là, plus que jamais. On sait ce que cela veut dire… Le chaos continue d’y régner : coups d’État, tueries, incurie. Chaque mois apporte une nouvelle catastrophe. La dernière en date en Guinée. Mais il est des États africains qui recèlent du pétrole et autres richesses, ce qui produit beaucoup de dollars… N’insistons pas.
S’ajoute au permanent désordre continental de l’Afrique, la piraterie maritime à partir des côtes de Somalie. On est loin du temps où les pavillons britanniques et français sillonnaient les mers en toute sécurité. Autre nouveauté africaine : les progrès réalisés par Al Qaïda qui s’implante fortement au Sahel, sud de l’Algérie, nord du Mali, Mauritanie. Il va sans dite qu’Al Qaïda, qui ainsi se rapproche de l’Europe, a des antennes en France. L’un de ses agents, un ingénieur du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) d’origine algérienne, membre de l’organisation « Al Qaïda au Maghreb islamique » (AQMI) vient d’être arrêté à Vienne dans l’Isère. Il projetait un attentat d’envergure.
Mais arrivons à l’essentiel de l’actualité : le Proche et le Moyen-Orient.

À l’égard de l’Iran, la diplomatie française tient un langage de fermeté. Mais n’ayant aucun moyen dissuasif à elle seule
(je rappelle que l’armée française n’a qu’un seul porte-avions généralement en panne), ces rodomontades n’ont aucun effet, sinon pour le moment « l’aggravation » du cas de la jeune Clotilde Reiss, otage du régime théocratique et dictatorial de Mahmoud Ahmaninejad. Il reste à espérer qu’à l’abri dans notre ambassade à Téhéran, elle ne sera pas condamnée à y séjourner quinze ans, comme ce fut le triste sort de 1956 à 1971 à l’ambassade des États-Unis à Budapest du cardinal Mindszenty, primat de Hongrie, au temps où ce pays était un satellite de Moscou. Tout ceci s’insère dans l’inquiétante politique islamiste de l’Iran dont les objectifs ont le mérite de la clarté : fabriquer la bombe atomique pour rayer Israël de la carte du monde. L’ennui, si j’ose dire, pour les Iraniens est qu’Israël a pour doctrine intangible d’interdire à tout État voisin de posséder l’arme nucléaire. Si donc les services spéciaux israéliens (et américains) ont la certitude que l’Iran est sur le point d’avoir la bombe, il est probable que, prenant les devants, comme en Irak et en Syrie, les Israéliens détruiront par bombardements aériens les sites iraniens de fabrication de la bombe.
Que se passerait-il alors ? L’embrasement de tout le Moyen-Orient et de son pétrole.

En Afghanistan, où les forces occidentales sont engluées, il est impossible de prévoir la fin de la guerre pour cette raison bien connue : le double jeu du Pakistan qui, en fait, procure aux talibans afghans sanctuaire, armement et intendance. Les opinions occidentales supporteront-elles encore longtemps les pertes en vies humaines et les milliards de dollars que coûte cette guerre ?

Mais, pour l’Europe, le danger très actuel dont notre ministre des Affaires étrangères n’a évidemment pas parlé est celui de l’immigration qui l’envahit avec déjà 30 millions de musulmans à l’intérieur de ses frontières et près d’un million de nouveaux immigrés chaque année. À Paris, ce sont des groupes de combat africains, purement racistes, ayant pour objectif de « tuer du blanc », « faire de la dépouille » comme ils disent, qui se sont constitués et qui sont entrés en action. En Italie, le Premier ministre traversant Milan a déclaré : « Il n’y a que des Noirs ici. » Les Allemands disent de leur côté : « Il n’y a que des Turcs ici. » Les Anglais : « Il n’y a que des Pakistanais ici. » Contre ce grave danger que fait notre diplomatie, que fait l’Union européenne ? Pratiquement rien.


Ancien Ambassadeur de France

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