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La presse française et son conformisme


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Milliere Guy - mercredi 07 juillet 2010


Je lis, désormais, très peu la presse française. Je me contente de la parcourir pour voir comment y sont traitées les informations.
J’ai face à elle, en somme, l’attitude que les citoyens d’Union Soviétique pouvaient avoir face à la Pravda. La faute revient-elle aux journalistes ? Revient-elle aux dirigeants des quotidiens et hebdomadaires ? Un peu des deux, sans doute.

Mais la difficulté essentielle tient au contexte. Il existe en France un conformisme mental qui se retrouve dans d’autres pays d’Europe, mais pas à ce degré. Dans ce conformisme, joue le fait que la France a été, autrefois, un pays important, et que subsiste un sentiment de supériorité qui se retrouve chez ceux qui pensent et écrivent. Joue le fait que la Révolution française a donné au monde la première dictature idéocratique des temps modernes lors de la Terreur et que la gauche française a, depuis ce moment, été particulièrement imprégnée de tendances qui ne l’ont plus quittée.
Joue le fait que la réaction à la Révolution a débouché sur un conservatisme français qui se révèle souvent tenté par l’autoritarisme et des nostalgies monarchiques. Jouent une tradition d’étatisme, l’héritage du bonapartisme, l’instabilité politique, l’absence d’ancrage de l’idée de droit naturel, les traces du pétainisme et de la collaboration, celles du gaullisme, qui me semble avoir surtout servi à préserver un nationalisme arrogant après qu’au temps de Pétain, l’idée de nation ait pu paraître ressembler aux uniformes de la Milice. Joue le poids démesuré que n’ont cessé d’avoir dans les débats les « intellectuels » qui s’autorisent sans cesse à parler de manière péremptoire de sujets qu’ils ne connaissent pas…

Toujours est-il qu’en une époque où comprendre l’évolution du monde est plus crucial que jamais, ce conformisme est extrêmement préjudiciable et constitue le signe indicateur non pas d’une identité forte, mais d’une déconnexion qui ne peut que consterner et inquiéter.
Où sont, en France, les explications pertinentes du fonctionnement économique dans lequel nous entrons ? En cherchant des références pour écrire « La septième dimension », j’en ai trouvé aux États-Unis, au Canada, en Inde, en Chine, au Royaume-Uni, un peu en Allemagne, presque pas ici, où le socialiste Jacques Attali semble la référence majeure.

Où sont les explications de la finance qui ne cèdent pas, d’une manière ou d’une autre, à la diabolisation des spéculateurs ? Où sont les analyses de l’islam radical en sa complexité ? On les rencontre dans quelques travaux, dont le livre signé Enyo paru il y a un peu plus d’un an, chez Bat Yeor, chez Daniel Pipes parce que je l’ai traduit et publié, mais les travaux d’un Gilles Kepel ou d’un Olivier Roy, si on les compare aux essais anglophones, ont un parfum de politiquement correct trop persistant. Où sont les analyses sur les jeux de la Chine et de la Russie ?

Où trouve-t-on une approche planétaire ? J’ai écrit, dans « La septième dimension », que nul ne pouvait plus prétendre être économiste aujourd’hui sans être au même instant géopolitologue, historien des cultures et sans connaître les avancées scientifiques et technologiques : j’ai beau scruter, je ne vois quasiment personne.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’un pays qui, dans tous les domaines scientifiques et technologiques, est plus avancé que tous les pays d’Europe, et dans certains secteurs, plus que tous les pays d’Europe réunis, soit diabolisé en France, et que ce pays, la seule démocratie du Proche-Orient, à savoir Israël, y soit quasiment présenté comme un pays fasciste. C’est presque la même chose ailleurs en Europe, je sais, mais ce n’est pas une excuse.

Il n’est pas étonnant non plus que la première puissance du monde, les États-Unis, soit présentée en France de manière aussi biaisée et aussi obstinément aveugle. Là encore, même si c’est presque la même chose ailleurs en Europe, ce n’est pas une excuse.
J’aimerais pouvoir encore aimer la France et considérer que c’est un pays qui a toujours un avenir. Mais un pays où l’information circule aussi peu, un pays où un conformisme aussi myope vient à ce point obscurcir la ligne d’horizon a, je le crains, extrêmement peu d’avenir. Je suis prêt à me battre pour qu’il en soit autrement. Mais il me reste peu d’espoir.

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En bref
Promesses
 Les promesses électorales sont décidément un réservoir inépuisable de bizarreries plus ou moins cocasses. Nikki Haley, candidate conservatrice pour le poste de gouverneur de Califor­nie, a promis, révèlent nos confrères de « Minute », de démissionner si, après son élection, quelqu’un parvenait à prouver… qu’elle avait trompé son mari !

Chiffres significatifs
Royaume-uni > Un récent rapport du ministère des Finances britannique estime que le plan de réduction des déficits publics engendrera la suppression d’1,3 million d’emplois d’ici 2014 : de 100 000 à 120 000 par an dans le secteur public et de 120 000 à 140 000 dans le secteur privé…

Champagne > Environ une bouteille de Cham­pagne sur dix destinées aux passagers d’Air France est dérobée !

Violence > En 2006, on estime que 460 décès en France ont été liés aux violences conjugales (3 500 en Europe) : 137 meurtres de femmes, 31 meurtres d’hommes par leurs femmes lassées d’être frappées, 14 meurtres d’enfants ou de membres de la famille après une dispute, 46 suicides de meurtriers, et 232 suicides de femmes battues… Au total, la Fédération nationale solidarité femmes estime le coût de ces violences à 2,5 milliards d’euros par an (16 milliards en Europe) !

Spiritueux > En 2009, les Français ont consommé 372 millions de litres de spiritueux, en hausse de 0,3 % sur un an. Le whisky est le principal alcool consommé (38 %), devant le pastis (29 %).

Héroïne > On estime que 70 tonnes d’héroïne, en provenance d’Afghanistan, tran­sitent par la Russie chaque année… où cette drogue tue au moins 30 000 jeunes !




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