Courrier - lundi 01 février 2010
rechauffement-climatique
« Je veux dire aux sceptiques, qui me voient comme le visage et la voix de la science du changement climatique, que je ne suis pas disposé à les satisfaire. Je resterai président du GIEC jusqu'au terme de mon mandat. » Dans un entretien accordé lundi 25 janvier à la BBC, Rajendra Pachauri, président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), a exclu toute démission. La déclaration n'est pas inutile, car le groupe de scientifiques se trouve, depuis fin 2009, au centre de plusieurs polémiques ouvertes par la presse conservatrice britannique et la blogosphère.
« Climategate »
La chasse commence deux semaines avant la conférence de Copenhague, avec l'affaire dite du Climategate. Mi-novembre, des hackers s'introduisent dans les serveurs de l'université d'East Anglia (Royaume-Uni) et divulguent sur Internet la correspondance privée de plusieurs climatologues – auteurs du GIEC pour certains. Les morceaux choisis de cette correspondance en circulation sur le Net entretiennent la rumeur de manipulations de données.
L'American Geophysical Union (AGU), qui rassemble quelque 50 000 chercheurs en géosciences, a estimé que « rien, dans ces courriels, ne remet en cause le fait scientifique que le réchauffement est réel et que les activités humaines en sont presque certainement la cause ». La revue Nature a, quant à elle, qualifié l'affaire de « risible ».
« Pachaurigate »
Le 20 décembre 2009, The Sunday Telegraph accuse Rajendra Pachauri de profiter de sa position à la tête du GIEC pour accumuler, à son bénéfice personnel, des contrats avec des entreprises intéressées par les politiques liées au changement climatique.
Le centre de recherche à but non lucratif, TERI (The Energy and Resources Institute), que dirige par ailleurs M. Pachauri, a répondu que « par principe, en ce qui concerne les honoraires ou autres rémunérations reçus pour des conseils donnés à des organisations ou pour des conférences, M. Pachauri a scrupuleusement insisté pour que les paiements soient faits à TERI ». Et non à son bénéfice personnel.
« Glaciergate »
Le 17 janvier, The Sunday Times publie un article attirant l'attention sur une polémique en cours dans la communauté scientifique. Le dernier rapport du GIEC (2007) donne dans un paragraphe une estimation erronée de la date de disparition des glaciers de l'Himalaya. Le deuxième volet du rapport (« Impacts, adaptation et vulnérabilités ») fait en effet état d'une disparition de ces glaciers en 2035. Le chiffre, erroné, n'est pas issu de travaux scientifiques, mais provient d'un rapport de 2005 d'une ONG de protection de la nature – le WWF – qui lui-même s'inspirait d'un article de presse publié en 1999 par l'hebdomadaire New Scientist. Le GIEC a reconnu son erreur, faisant toutefois valoir que celle-ci ne figurait pas dans le « Résumé à l'intention des décideurs », document d'une vingtaine de pages adressé aux politiques et qui résume les points clés du rapport.
« Cyclonegate »
Le 24 janvier, The Sunday Times ajoute une nouvelle suspicion au tableau. Le quotidien dominical croit savoir qu'une autre erreur s'est glissée dans le dernier rapport du GIEC. Cette fois-ci, celui-ci se serait appuyé sur une étude non publiée, menée par Robert Muir-Wood, pour affirmer que le changement climatique favorise les phénomènes extrêmes – tempêtes, cyclones, etc.
« Cette fois-ci, c'est l'erreur du Sunday Times, pas celle du GIEC, déclare cependant son vice-président, Jean-Pascal van Ypersele. Le journal confond deux choses très différentes que sont le lien possible entre réchauffement et pertes économiques dues aux phénomènes extrêmes(objet des travaux de M. Muir-Wood)et le lien possible entre le réchauffement et les phénomènes extrêmes eux-mêmes... »
Stéphane Foucart et Hervé Kempf
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