Milliere Guy - samedi 22 novembre 2003
« Bourbier irakien », « nouveau Vietnam », ont-ils dit ces dernières semaines. Bush entend maintenant accélérer la passation de pouvoir aux dirigeants irakiens : « la France avait raison », ajoutent-ils, à moins que ce ne soit « Bush cherche une porte de sortie ». Puis-je rétorquer qu’il faut raison garder au milieu de ce flot d’inepties dignes d’officines de basse propagande.
1. Il est effectif que l’administration Bush avait sous-estimé les difficultés de l’après-guerre et a dû s’adapter peu à peu à une nouvelle donne. De nombreuses armes ont été cachées par les sbires de l’ancien régime. Des fanatiques étrangers pénètrent par les frontières que des pays comme la Syrie gardent poreuses à dessein. Démanteler l’ensemble de l’armée irakienne pour reconstituer une nouvelle armée a sans doute été une erreur.
2. Si la sous-estimation des difficultés a été une réalité, il serait malhonnête de taire ce qui marche bien. Dans l’essentiel du pays, l’ordre règne. Il y a aujourd’hui une liberté d’expression, de parole et de déplacement que l’Irak n’a pas connue depuis des décennies. Deux cents périodiques paraissent et se concurrencent. L’approvisionnement se fait bien, et la population retrouve une qualité de vie qu’elle n’avait plus depuis
longtemps. L’Irak s’assainit et se stabilise.
3. Dans ce contexte, les actes terroristes ne constituent en aucun cas une « résistance du peuple irakien ». Ils visent d’une part à maintenir la peur au sein de la population (« tremblez, l’ancien régime n’est pas mort ! »), d’autre part à essayer de provoquer la lassitude de l’opinion publique américaine. Si la lassitude l’emportait et si les États-Unis ou leurs alliés quittaient l’Irak aujourd’hui, ce serait le chaos. Islamistes ou saddamistes pourraient espérer tirer leur épingle du jeu. Les actes terroristes visent aussi, bien sûr, à empêcher que la stabilité vienne pleinement, à maintenir les troupes américaines sur place, à inciter celles-ci à réagir aux provocations et ainsi se rendre impopulaires auprès des Irakiens.
4. L’administration Bush s’adapte à la nouvelle donne. La formation d’une nouvelle armée et d’une nouvelle police irakienne s’accélère. Le gouvernement provisoire irakien devrait se voir confier assez vite des pouvoirs accrus. L’administration Bush n’entend, en tout cas, aucunement se retirer. Elle ne cherche pas de « porte de sortie » et ne sortira d’ailleurs pas. Il n’y a rien en Irak qui ressemble à un bourbier, à un nouveau Vietnam ou à un désastre. Il y a des morts inutiles, c’est tout, et c’est triste. Ceux qui provoquent les morts inutiles sont les véritables ennemis du peuple irakien au sens où ils veulent le maintenir dans la peur et la servitude. Personne dans l’administration Bush n’entend abandonner un pouce de terrain aux ennemis du peuple irakien.
5. George Bush a redéfini clairement dans son discours du 6 novembre - passé sous silence en France - les objectifs de sa politique. Ils n’ont pas changé, bien au contraire : ils veulent la liberté, la décence et la démocratie au Proche-Orient et dans le monde arabo-musulman. Bush ne cédera pas.
6. Pourquoi en ces conditions sommes-nous abreuvés d’inepties inquiétantes ? Parce que le gouvernement français a tout fait pour préserver le régime de Saddam Hussein et son oppression du peuple, et qu’il lui faut maintenant trouver si possible, pour lui, une sortie pas trop déshonorante. Parce que la presse et les médias sont aux ordres ou aveuglés par des idéologies haineuses. La situation est difficile, oui, mais elle l’est tout particulièrement pour le peuple irakien : qui peut souhaiter que ce peuple ne puisse retrouver des conditions de vie normales ? Qui, sinon des monstres ? Qui peut ne pas comprendre que tuer des gens, irakiens, italiens, polonais, américains, qui tentent de rebâtir le pays, constitue une abjection, presque un crime contre l’humanité ?
D’un bout à l’autre de cette guerre et de cet après-guerre, la France aura occupé une position qui me fait honte. Après avoir été l’alliée du tortionnaire, du bourreau, elle a tout fait pour entraver l’action. Une fois l’action menée, elle n’apporte aucune aide au peuple irakien. Elle semble au contraire se réjouir du prolongement des difficultés et de l’amoncellement de cadavres supplémentaires. Elle finit par déclarer qu’elle avait raison : il ne fallait pas renverser Saddam Hussein… Qu’importe le sort du peuple, puisque le dictateur est riche à millions… Je n’ai que mépris pour les amis des dictateurs pour qui les gens peuvent devenir des cadavres à décompter pour les statistiques. Je serais fier d’être Anglais, Italien, Espagnol ou Polonais. Il y a des pays dignes en Europe, la France, hélas, n’en fait pas partie.
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