Milliere Guy - dimanche 19 juin 2005
En cette période de décomposition, où des hommes politiques à bout de souffle ressassent, comme des autistes, les mêmes idées stériles, les conditions se préparent où des choix devront se faire. Ou bien nous continuerons à glisser vers le vide et l’insignifiance, et les débris de ce qui fut la France seront dispersés au vent par des civilisations plus fermes, plus sûres d’elles, moins décadentes, ou bien nous prendrons le chemin du sursaut. Pour que cette seconde possibilité survienne, il faudra que se dégagent des chefs capables de s’élever au-dessus des médiocres combines d’appareil; il faudrait un Ronald Reagan, une Margaret Thatcher, un Winston Churchill, un George Bush ou, au moins, un Tony Blair. Nicolas Sarkozy est-il de cette étoffe ? Il m’arrive d’en douter. Je souhaite ardemment que le principal intéressé me montre que je me trompe. Il faudrait aussi que des idées cohérentes, précises, lucides, courageuses puissent être proposées. Ces idées existent. Si elles ne sont pas entendues aujourd’hui, elles ne le seront plus jamais; cela voudra dire qu’il est sans doute définitivement trop tard. Quelles sont ces idées ? Tout d’abord, celles du libéralisme classique. Elles sont la matrice de toutes les révolutions démocratiques sur la planète depuis la « glorious revolution » de 1688 au Royaume-Uni, la matrice aussi de la revendication planétaire du respect des droits naturels des êtres humains et des immenses avancées vers la prospérité rendues possibles par la liberté d’entreprendre et de commercer. Elles ont été préservées, défendues, revivifiées sans cesse par quelques hommes à qui je rends ici l’hommage qui leur est dû. Si des économistes et des penseurs du droit tels que Jacques Garello et Pascal Salin avaient été davantage écoutés ces dernières années, nous ne serions pas dans la situation de naufrage où nous sommes. Le moment est venu de les écouter bien davantage. Le moment est venu aussi de relire les maîtres : John Locke, Adam Smith, Friedrich Hayek, Karl Popper. Il faut aller plus loin aussi. Il faut voir que d’autres idées, se situant dans le prolongement fécond de tout cela, ont vu le jour ces dernières années : elles sont nées aux États-Unis d’Amérique, puissance suprême du monde occidental. Mais elles ne sont pas réservées aux États-Unis, et constituent un message pour le monde. Elles se sont développées dans le mouvement conservateur américain à partir des années 1950, puis dans le mouvement néo-conservateur. Je les ai placées au cœur de ma réflexion depuis mon livre « L’Amérique-monde » et elles seront au cœur encore de mon prochain livre « La révolution néo-conservatrice ». Un autre penseur en France les a placées au centre de sa réflexion : Yves Roucaute. Dans un livre magnifique publié l’an dernier, « La puissance de la liberté », Roucaute exposait la vision néo-conservatrice de la liberté, expliquait pourquoi les États-Unis étaient devenus leur « navire amiral » et abordait le thème, crucial en ces temps de Quatrième guerre mondiale, de « guerre juste ». Dans un nouveau livre, aussi superbement écrit que le précédent, « Le néoconservatisme est un humanisme » (PUF, 152 p., 15 euros), il va plus loin et pose les bases philosophiques et éthiques d’un néo-conservatisme où il voit la matrice du sursaut nécessaire. Le livre vient à point. Je ne puis que recommander sa lecture et sa diffusion la plus large. Je ne puis que souhaiter qu’il tombe entre les mains d’hommes d’État enfin dignes de ce nom. Des choix devront se faire, disais-je: ou l’agonie, ou la refondation. Ceux qui liront Roucaute sauront pourquoi la refondation néo-conservatrice et libérale est nécessaire, pourquoi elle est salubre, pourquoi elle seule pourra, dans les années à venir, permettre de préserver la Civilisation, ce qui fait l’humanité en l’homme, ce qui fait que les trajectoires de la liberté et de la prospérité sont essentiellement liées, ce qui fait que seuls ceux qui savent encore distinguer le bien du mal sont à même de vivre dans la dignité, la droiture et la certitude des lendemains. La France restera-t-elle à l’écart de la refondation? Il m’arrive de le craindre. Je suis, comme Roucaute, Salin et Garello de ceux qui se battent et se battront pour que ce ne soit pas le cas.
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