Entretien - mardi 13 juillet 2010
retraites
Entretien avec Pierre-Edouard du Cray
Directeur des études
de l’association
Sauvegarde Retraites
http://www.sauvegarde-retraites.org/
Vous pensez que la réforme des retraites annoncée par Éric Woerth ne résoudra rien durablement, pouvez-vous nous dire pourquoi ?
C’est tout simplement inscrit dans le projet du gouvernement ! La réforme proposée consiste, en effet, à tenter de rétablir l’équilibre financier des régimes de retraite pour 2018. Or, toutes les projections démographiques et financières montrent que c’est après 2020 que le système sera le plus dur à financer, puisque le nombre de retraités ne va cesser de croître, pendant encore trois à quatre décennies, pour un nombre de cotisants relativement stable.
Par ailleurs, vu les mesures envisagées, même l’objectif 2018 ne pourra pas être atteint puisque, pour parvenir à l’équilibre, le gouvernement table sur un taux de chômage peu réaliste de 6,5 % et sur un abondement de l’État d’au moins 15 milliards d’euros par an. Une somme qu’il n’a évidemment pas et qu’il sera contraint d’emprunter… Il faut être lucide : des mesures vont être adoptées en septembre, mais il ne s’agira pas de la « mère des réformes ».
Les syndicats se focalisent sur le départ à 62 ans. Selon vous, il s’agit de l’arbre qui cache la forêt, pouvez-vous préciser ?
Poser le problème de la retraite ainsi – « Pour ou contre la retraite à 60 ans ? » – est très démagogique. Alors que le système est au bord de l’implosion, beaucoup ergotent pour savoir s’il faut, ou non, travailler un ou deux ans de plus. C’est dérisoire.
En réalité, le système de retraite français est confronté à deux grandes difficultés. La première, c’est l’allongement de la durée de vie. À ce point de vue, le recul de l’âge de la retraite devrait apporter un vrai bol d’oxygène aux gestionnaires. La seconde, c’est l’arrivée massive des papy-boomers à la retraite. Or, bien que son impact financier soit considérable, cette problématique demeure largement occultée.
En définitive, vous estimez que cette réforme est une réforme électoraliste. Cette accusation n’est-elle pas un peu radicale ?
Le problème des retraites est avant tout économique. Or, plutôt que de se comporter en gestionnaires, nos politiques ont une fâcheuse tendance à détourner cet enjeu à des fins électoralistes. C’est très net au parti socialiste, Martine Aubry n’a aucune mesure sérieuse à proposer et se tient en embuscade, prête à profiter du moindre faux pas de la majorité. Cette attitude irresponsable conforte le gouvernement dans l’idée de prendre le moins de risques possibles. Résultat, la réforme se fera a minima avec, à la clé, des dispositions électoralistes.
C’est le cas, par exemple, de la décision de ne pas toucher aux régimes spéciaux des entreprises publiques ou, encore, de « faire payer les riches » en augmentant le taux marginal de l’impôt sur le revenu d’un point, de 40 % à 41 %… Enfin, l’idée de siphonner le fonds de réserve des retraites pour combler les déficits des prochaines années est choquante.
À la base, ce fonds, en capitalisation, est censé n’intervenir qu’après 2020. Malheureusement, nos gouvernants ne résistent pas à l’idée de s’en servir dès maintenant. Cela va maintenir l’illusion, au cours des deux ou trois prochaines années, que le problème des retraites est quasiment résolu. En vue des présidentielles de 2012, cet artifice peut s’avérer précieux ! Les Français attendent que les politiques se mettent au service des retraites, mais c’est exactement l’inverse qui se produit. En l’occurrence, on se sert de l’argent des retraites, celui du fonds de réserve, à des fins politiques.
Quels seraient les principes d’une réforme juste et durable selon vous ?
On a beaucoup trop attendu, il n’y a donc pas de recette miracle et les mesures que nous serons contraints de prendre, dans les années à venir, vont forcément faire mal. Pour autant, certains de nos voisins, comme l’Allemagne ou la Suède, ont réalisé des réformes plus ambitieuses que les nôtres. Elles leur permettent d’entrevoir le bout du tunnel.
Au-delà des aspects techniques – régimes par annuité ou par point et retraite en répartition ou en capitalisation –, ces réformes ont un point commun : moins de dirigisme technocratique et plus de responsabilité individuelle. L’idée, à terme, est celle d’une retraite à la carte. Non seulement nous pouvons nous inspirer de ces exemples étrangers mais nous pouvons faire beaucoup mieux. Tout n’est qu’une question de volonté et de courage politique.
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