Bonnal Nicolas - lundi 18 avril 2011
Les nations se sont irritées, et votre colère est venue, ainsi que le moment de juger les morts, de donner la récompense à vos serviteurs, aux prophètes, et aux saints, et à ceux qui craignent votre nom, petits et grands, et de perdre ceux qui perdent la terre.
Apocalypse, 11, 18.
Il y a trois ans, la finance mondiale s’écroulait. Le monde en aurait pu être durablement débarrassé si les États des démocraties occidentales n’avaient pris sur elle de supporter le nouveau fardeau de l’homme blanc, la dette immonde des marchés. J’ai déjà rappelé que pour Marx, cette dette publique est sciemment créée aux temps modernes, comme toutes les bonnes maladies, qu’elle est là, accessoirement pour ruiner des pays, surtout pour enrichir les brasseurs d’affaires et les loups-cerviers de la finance. Lord Bolingbroke ne pensait pas autrement. Evidemment, avec le passage à l’euro et la guerre en Irak (la guerre à trois billions, comme l’a appelé le prix Nobel Joseph Stieglitz), on faisait exploser les déficits publics et le père Ubu se frottait les mains, à Londres ou à Wall Street, et on l’entendait dire : « De tous côtés on ne voit que des maisons brûlées et des gens pliant sous le poids de nos phynances… Allons, messeigneurs les salopins des finances, voiturez ici le voiturin à phynances. »
On a fait croire au chaland que cette crise de la finance était une crise de l’économie ; et que s’il ne payait pas séance tenante, lui et tous les gars du monde, tout s’écroulerait, l’économie, le supermarché, l’autoroute, que sais-je encore… Certains pays ont ainsi pris les dettes du marché. Et les peuples se voient crucifiés, c’est le cas de le dire, par nos prêteurs pour qui culture rime avec usure. Les Irlandais, qui ont oublié saint Patrick, James Joyce ou Mel Gibson, ont accepté de payer. En espérant sans doute que ce serait le contribuable allemand ou français (s’il lui reste du crédit…) qui se porterait garant de cette opération invraisemblable. Cent milliards d’euros pour quatre millions d’habitants ; et puis quoi encore ? Et l’on demandait aux 200 000 islandais de rembourser 4 milliards jusqu’en 2046 ! Pour de l’argent dont ils n’avaient pas vu la couleur, laissant aux banksters le soin de réduire leurs comptes à néant… Car plus « nous » nous endettions en Europe ou ailleurs, et plus nous vivions mal, cherchez l’erreur…
Mais tout vient à point à qui sait attendre, comme les intentions de vote de l’électeur français. Voilà que l’électeur-contribuable islandais refuse de payer. Voilà que l’Angleterre, éternelle usurière, menace la petite île viking, et voilà que l’on menace de faire intervenir l’AELE et, sans doute, l’aviation de l’OTAN pour obliger les Islandais à raquer les dettes de nos banksters, comme on dit dans nos banlieues. Jusqu’où la menace ne montera-t-elle pas ? On pensait qu’on en était resté à Ubu, toujours incontournable :
« Avec ce système j'aurais vite fait fortune, alors je tuerais tout le monde et je m'en irai…Que m'apportes-tu, avant que je te tue, comme gage de ta soumission ? »
Un économiste indien basé à Londres tient les propos suivants : l’Islande n’a pas payé, n’a pas voulu payer, et l’Islande a eu raison. Elle a vu son chômage baisser, elle a renoué avec la croissance ; si les gouvernements sont assez fous pour ruiner leurs peuples en les couvrant de dettes (j’ai vécu la même histoire au début des années 2000 en Argentine), alors il faut changer de gouvernement et de politique économique ; et refuser de payer. La bourse ou la vie ? Chiche ! Quand le gouvernement d’Obama sera en cessation de paiement, mais qui viendra nous bombarder ? Ou qui viendra le faire payer ?
On constate d’ailleurs qu’au même moment la parole des nations se libère sur des questions aussi fondamentales ou fondamentalistes que l’islam, l’immigration ou le politiquement correct. Car les mêmes qui nous ruinent matériellement nous veulent éteindre moralement et spirituellement. On n’a qu’à lire les colonnes outrées des quotidiens de la pensée inique pour s’en convaincre : ils veulent qu’on paie, et ils veulent qu’on se rachète en plus, en bons usuriers et imitateurs parodiques de l’évangile. Mais la colère des nations a fini par les atteindre.
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