Milliere Guy - mercredi 12 juillet 2006
J’ai la faiblesse et la tristesse de penser que mon livre « Pourquoi la France ne fait plus rêver » sera le seul à décrire jusqu’au bout la situation réelle de ce pays. Je recommande aussi un autre livre qui est, à mes yeux, l’ouvrage contemporain sur le monde le plus important, le plus pertinent et le plus lucide à s’être trouvé publié depuis longtemps. Son auteur est Charles Gave, financier et consultant international pour qui j’ai estime et amitié. Le livre s’appelle « C’est une révolte, sire ? Non, c’est une révolution ».
Après avoir, dans une première partie, rappelé ce que sont les fondements de l’économie (un jeu à trois joueurs : le rentier, l’entrepreneur, le banquier), Gave montre qu’un fonctionnement économique sain suppose que les trois joueurs puissent être rémunérés de façon optimale, ce qui implique, entre autres, que le taux de croissance (qui correspond globalement au taux de profit moyen) soit plus élevé que les taux d’intérêts à court terme : le rentier prête l’argent et touche une rémunération, le banquier prête à l’entrepreneur qui touche les profits dont sont soustraits la rémunération du rentier et celle du banquier. Et il souligne d’emblée pourquoi la France est condamnée à la ruine, comme divers autres pays de l’Union européenne (Portugal, Italie) : les taux d’intérêts à court terme fixés par la Banque Centrale Européenne sont depuis des années, supérieurs au taux de croissance : les entreprises sont asphyxiées peu à peu, la préférence pour la rente au détriment de l’entreprise ne cesse de s’accentuer. « Depuis 1982, en France, les rentiers ont quasiment tout le temps gagné plus que les entrepreneurs ».
Gave explique ensuite que trois « idées missionnaires » ont eu une prétention à l’universalité au cours des deux derniers siècles : l’idée française, porteuse des principes de la Révolution enclenchée en 1789 (dont sont issus la technocratie, le dirigisme, et, de fait, le socialisme), l’idée américaine, porteuse des principes énoncés en 1776 (liberté, droit naturel, capitalisme démocratique), et l’idée islamique. L’idée française est morte (peu ou prou au moment de l’effondrement de l’empire soviétique) et où ne subsiste que son cadavre, omniprésent dans les débats politico-économiques français. Reste l’idée islamique, qui est sur la défensive et gravement malade, et l’idée américaine qui est en train de triompher.
Pour montrer ce que signifie le triomphe de l’idée américaine, Gave explique enfin, et c’est la partie cruciale du livre, que ce triomphe est dû très simplement aux technologies disponibles et aux aspirations universelles à la liberté individuelle. Nous sommes, nous dit Gave, en train de changer d’ère. Nous passons du monde industriel au monde post-industriel. Les entrepreneurs du monde développé gagnent de l’argent en inventant et en commercialisant leurs inventions. La production des objets se fait ailleurs : dans les pays qui deviennent les pays industriels d’aujourd’hui. Les entrepreneurs qui inventent et commercialisent leurs inventions sont souverains et s’installent où ils l’entendent. Ils font fabriquer où ils le veulent. Ils créent d’immenses richesses génératrices de millions d’emplois. Ils permettent à des usines installées ailleurs de tourner. Ils placent les États et gouvernements en situation de concurrence : seul le gouvernement qui est un bon prestataire de services peut recevoir leur agrément.
Les États-Unis, montre Gave, sont un excellent prestataire de service. La France, elle, est très mal placée. Elle est d’autant plus mal placée que la mondialisation telle que la décrit Gave n’y est, pour l’heure, absolument pas comprise. Gave parle de réalité virtuelle, de réseaux, de services, de dématérialisation de la richesse, il montre pourquoi les calculs statistiques des économistes sont faux. En France, on parle encore de syndicats, d’usines, des 35 heures.
Guy Millière Pourquoi la France ne fait plus rêver (Acheter avec Amazon) page après page 95 pages – 14,50 euros 9, cité de Trévise 75009 Paris
Charles Gave C’est une révolte, sire ? Non, c’est une révolution (Acheter avec Amazon) Bourin Éditeur 172 pages – 15 euros 5, rue Royale
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