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La revue de presse du 16 novembre 2009


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Menou Pierre - lundi 16 novembre 2009

identite-nationale, islamistes
L’identité française otage du débat idéologique et des calculs politiciens

« Polémique : ce grand débat sur l’identité nationale réclamé par Eric Besson », annonçait le titre d’un article publié le 26 octobre par Le Point.fr. Il est significatif que la seule mention de l’identité nationale (qualificatif préféré à celui de « française ») suffise en effet aujourd’hui à susciter la « polémique ».

Au lendemain du discours prononcé par le Président de la République, le 12 novembre, à La Chapelle-en-Vercors, Libération expose les principaux griefs de la gauche contre le débat que souhaitent lancer Nicolas Sarkozy et son ministre de l’immigration.

En premier lieu, le Président de la République se voit reprocher de renouer avec l’un des thèmes qui avaient assuré son élection en 2007 : « Deux ans et demi après son élection, et à quatre mois du scrutin régional, Nicolas Sarkozy a ressorti (…) son air favori de la campagne 2007 : l’identité nationale », écrivent Lilian Alemagna et Catherine Coroller. On mesure à l’indignation de la gauche la distance qu’il avait prise avec ce thème.

Deuxième reproche, l’Elysée tenterait en exploitant le thème identitaire de retenir une partie de son électorat tentée par le vote Front national (voir encadré).

Enfin, le discours de Nicolas Sarkozy fait litière de l’esprit de repentance : il a bien salué les résistants du Vercors, mais en « oubliant au passage quelques moments plus sombres : Vichy et la collaboration ou encore la colonisation et ses guerres d’indépendances. »


Sarkozy à la remorque de Barrès


Ces critiques rejoignent celles, beaucoup plus virulentes, exprimées par Lucien Libert et Sophie Louet dans un article publié par Reuters. « En exaltant de nouveau contre toute attente (…) les symboles d'un des maîtres à penser du régime de Vichy (1940-1945), Nicolas Sarkozy a fini de creuser un sillon idéologique dont les ramifications tactiques ne laissent pas de doute », écrivent-ils en accusant le Président d’avoir « emprunté au nationalisme de Maurice Barrès en multipliant les variations sur "la leçon de la terre", la "conscience nationale", "la terre et les morts" chantés par l'écrivain du XIXe siècle. » Selon eux, « L'identité catholique (…), le culte des ancêtres, de la terre, de la famille parcouraient son discours comme le "Roman de l'énergie nationale" de Maurice Barrès. »

Pour faire bon poids, les deux journalistes trouvent même dans le discours présidentiel « Une réminiscence de "l'Anti-France" de Charles Maurras», et rappellent qu’« un jour de 2006 (…)Nicolas Sarkozy a dit devant des militants UMP : "Si certains n'aiment pas la France, qu'ils la quittent". »


L’identité française rapportée aux camps d’extermination nazis !


On met ici le doigt sur la principale source d’inquiétude des opposants au débat sur l’identité : « Des chercheurs se sont alarmés de l'émergence de "normes identitaires" comme autant d'injonctions propres à exclure - des "reconduites à la frontière" de l'identité », avertissent Libert et Louet. En somme, parler d’une identité française reviendrait à exclure les immigrés.

A cet égard, les deux confrères peuvent se rassurer. A en croire Le Figaro du 12 novembre, le « kit identité nationale » envoyé aux préfet par le ministère de l’immigration pour préparer les débats consacre aux immigrés quatre chapitres sur seize, et traite du communautarisme en évitant soigneusement de mentionner l’islam…

Mieux encore : il pose la question de la concurrence des mémoires en demandant : « L’Etat est-il allé au bout de la démarche entreprise concernant le souvenir des barbaries commises durant la Seconde Guerre mondiale et dans les camps d’extermination, de la colonisation de la traite des esclaves ? »

Voilà la colonisation mise au même rang que les camps de concentration et l’esclavagisme, et l’identité française rapportée aux camps d’extermination nazis… Le confrère du Figaro est fondé à parler de « mea culpa ». Allons, la repentance n’est pas morte et les journalistes de Libération ou de Reuters n’ont pas de souci à se faire !

 


La France ? Ça n'intéresse pas nos élites !

Lu dans Le Figaro du 12 novembre, sous la signature de Cécilia Gabizon :

« Avril 2009, le Haut Conseil à l’intégration (HCI), chargé de rédiger un rapport sur "les symboles et valeurs de la République" pour Eric Besson, lance une consultation de terrain et organise… quatre débats publics en préfecture ! A Marseille ; Lyon, Strasbourg et Lille. "Nous voulions écouter les citoyens, les enfants d’immigrés mais aussi les représentants de l’Etat, le rectorat ou encore les associations, qui incarnent la République au quotidien", raconte le président Patrick Gaubert. Dans un premier temps, il envisage un débat sur "Qu’est-ce qu’être Français ?" Un préfet ennuyé lui fait répondre : "Vous n’aurez personne. Ce sujet n’intéresse pas !" Le HCI se recentre sur les "valeurs de la République" ».

Sans commentaire.


Pour Sarkozy, l’immigration est « source d’enrichissement permanent de l’identité nationale »

Quels objectifs réels cache le prétendu « débat » sur l’identité nationale initié par l’ancien socialiste Eric Besson, à la demande de Nicolas Sarkozy, époux d’une Italienne qui se vante d’avoir grandi dans le sérail de SOS-Racisme ? Dans le numéro de Minute daté du 11 novembre, Bruno Larebière consacre un long article à l’« Identité nationale : le débat interdit ».

« Contrairement à ce qu’il nous fait croire, écrit le journaliste de Minute, Eric Besson n’a lancé aucun débat sur l’identité nationale. Il applique juste la feuille de route que lui a assignée Nicolas Sarkozy et dont il partage l’objectif : faire de la France un pays métissé dans lequel "l'expression Français de souche aura disparue". » (Cette dernière affirmation est tirée du livre de Nicolas Sarkozy intitulé « Témoignage ».)

L’expression « Français de souche » disparaîtra, explique Bruno Larebière, parce que Nicolas Sarkozy « aura facilité, imposé même, un tel brassage de population qu’il sera devenu impossible de retrouver, à terme d’une ou deux générations, des français pouvant se dire Français de souche. »

« Cette terrifiante vision sarkozyste de la France de demain, poursuit-il, c’est le véritable objectif du projet porté depuis le début du mois par Eric Besson selon les termes de la lettre de mission que le président de la République lui a adressée le 31 mars dernier. Le texte, téléchargeable sur le site du ministère de l’Immigration (1), tout comme "Témoignage", doit être lu. Le chef de l’Etat n’y affiche pas pour priorité la défense, le renforcement, la possibilité de renouer avec l’identité nationale. Il n’y affiche qu’une priorité : accessoirement maîtriser l’immigration, essentiellement "assurer l’intégration effective des migrants".»



« Valoriser l’apport de l’immigration à l’identité nationale »

Accusant Eric Besson d’accomplir « la très sale œuvre pour laquelle il a été désigné, celle qui consiste à rendre irréversible une substitution de population », Bruno Larebière cite à l’appui de ses dires cet extrait de ladite lettre du 31 mars, tiré des paragraphes consacrés à « la promotion de notre identité nationale » :

« Notre nation est métissée. L’immigration constitue une source d’enrichissement permanent de notre identité nationale. 100 000 étrangers acquièrent chaque année la nationalité française, soit 4,4 % de la population étrangère, contre 2,2 % en Espagne et 1,6 % en Allemagne. Cependant, les délais d’acquisition de la nationalité française semblent encore excessifs. La durée d’attente de la décision, favorable ou défavorable, dépasse un an dans certains départements. Vous entreprendrez les actions nécessaires afin de renforcer et de simplifier cette procédure. La France dont nous défendons les couleurs est une France ouverte sur les autres, sur le monde, sur l’avenir. C’est une France qui évolue avec son temps. C’est une France à laquelle chaque nouvel arrivant, nouveau Français apporte son histoire, les richesses de son origine, sa contribution. »

« Le ministère de l’Immigration, poursuit Bruno Larebière, a expliqué très clairement dans un communiqué du 26 octobre la finalité de ce "débat": "Ce grand débat devra permettre de valoriser l'apport de l'immigration à l'identité nationale, et de proposer des actions permettant de mieux faire partager les valeurs de l'identité nationale à chaque étape du parcours d'intégration." Voilà pourquoi, sur le site dédié à ce "grand débat" – site sous-traité à une société dirigée par un Marocain ! –, aucun commentaire discordant n'est accepté. Nombreux sont les internautes qui se plaignent que leurs contributions ne sont pas publiées. C'est qu'ils sont… hors sujet », conclut le journaliste.

P.M.

(1) Lettre du 31 mars de N. Sarkozy à E. Besson :www.immigration.gouv.fr, cliquer sur « le ministère », puis « lettre de mission ».



Identité française ou manœuvre électoraliste ?

Pour Lilian Alemagna et Catherine Coroller dans Libération, le président de la République, dans son discours du 12 novembre, « s’est appliqué à flatter l’électorat de la droite traditionnelle. (…) Comme en 2007, Nicolas Sarkozy ne compte pas laisser l’identité nationale au seul FN. Pour lui, "c’est avec cette politique de l’autruche qu’on laisse le champ libre à tous les extrémisme". Message adressé à l’opposition qui a refusé de participer au débat d’Eric Besson, estimant qu’il s’agit d’une "manœuvre" de l’UMP pour remobiliser son électorat le plus à droite avant les régionales. »

On retrouve sous la plume de Lucien Libert et Sophie Louet ce soupçon de « convoquer les thèmes porteurs de l'extrême droite - immigration, sécurité, identité nationale - pour conjurer des pronostics électoraux peu favorables à la majorité », qui se traduiraient par une réinstallation du Front national sur l’échiquier politique, aux dépens du parti présidentiel.

Selon eux, un ministre aurait concédé que «l'une des préoccupations » à l’origine de ce débatserait d'« éloigner la question d'une résurgence du Front national ».

Le retour du thème identitaire dans le discours présidentiel n’est-il pas simplement une façon pour l’Elysée de rassurer la frange la plus droitière de son électorat en proie au doute ?


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