Milliere Guy - mardi 04 avril 2006
Je pense avoir tout dit de la situation dans laquelle gît ce pauvre pays, voici deux semaines. Le déclin me semble ne pas être une vue de l’esprit. Et il me paraît très difficilement réversible.
J’aurais pu ajouter le vieillissement de la population, les mutations profondes impliquées par une forte natalité musulmane et une faible natalité non musulmane, ou ces autres mutations résultant de ce que les jeunes gens dotés d’un fort capital humain quittent le pays, tandis qu’y entrent des milliers de déshérités venus du Sud…
J’aurais pu préciser que, si la France n’est pas le pays le plus endetté d’Europe, elle est le pays où l’endettement n’a pour contrepartie aucun investissement générateur de retours positifs à moyen terme…
Ce qui me frappe le plus, néanmoins, depuis que se sont déclenchés les spasmes post-CPE, c’est l’indigence généralisée du discours ambiant. Dans d’autres pays européens, la gauche s’essaie au moins à comprendre un peu le monde dans lequel elle vit : pas la gauche française. De Fabius à Besancenot, c’est à qui dira l’ineptie la plus grotesque. Cela devient un vrai concours d’analphabétisme économique. Dans d’autres pays, il existe une droite libérale et conservatrice dont au moins quelques membres semblent avoir une vision claire du xxie siècle : en France, des gens de ce genre existent, mais ils ne sont pas à la tête d’un courant politique important.
Je fais partie de ceux qui n’ont jamais eu confiance en Sarkozy et qui pensent que derrière l’énergie, il y a une absence de vraie substance intellectuelle, et Sarkozy, en se livrant à des manœuvres médiocres ces derniers jours a montré qu’il n’était sans doute qu’un succédané de Chirac, pas très différent de Villepin qui, au moins, a parfois du courage. Le Pen s’étant, à mes yeux, exclu lui-même des débats, qui resterait-il ? Villiers ? Allons… Aucune subtilité dans ses analyses de l’islamisation de l’Europe, aucune compréhension des enjeux économiques et géopolitiques du futur proche. Les hommes politiques français ont leur pendant dans la presse et les médias. Presque tous les discours ruissellent de « politiquement correct » et de provincialisme étriqué. Certaines émissions se prétendent « polémiques », mais sont à ce qui s’appelle « polémique » dans le monde anglophone ce qu’une voiture à pédales dans un bac à sable serait à une Formule 1 à pleine puissance !
Là, je me demande comment les Français peuvent accepter cela. J’ai la réponse, bien sûr. On commence à laver leur cerveau à l’école maternelle et on continue jusqu’à ce qu’ils atteignent le troisième âge. En un temps où il existait davantage de liberté en France, une affiche montrait des jeunes gens moroses et nettement débiles et donnait l’explication : ils n’ont connu que le socialisme.
Aujourd’hui, les sexagénaires sont souvent des anciens de mai 1968. Les étudiants qui braillent dans les rues sont les enfants des enfants des anciens. En mai 1968, on avait le prurit révolutionnaire. Le prurit, au fil du temps, est devenu une forme de dérangement mental. Ceux qui en sont gravement atteints prennent leurs délires pour la réalité. Pour eux, un patron est un esclavagiste. Mieux vaut la certitude du chômage que la « précarité » d’un emploi. L’économie de marché est une abomination, et la mondialisation une monstruosité. Tout le monde devrait pouvoir être fonctionnaire. Les étudiants qui braillent dans les rues ne rêvent pas de devenir Bill Gates ou Steve Jobs, ils aspirent à un rond-de-cuir, aux 35 heures et à la retraite. Ces jeunes atteints d’un dérangement que j’appellerais sclérose socialiste aiguë ont, bien sûr, le soutien de leurs parents et grands-parents. Les jeunes des banlieues, eux, savent déjà que tout est perdu et que vient le temps du chaos. Ils voient dans les manifestants, qu’ils aient vingt ou soixante ans, un ensemble de gens qui veulent préserver des privilèges dont eux n’ont jamais joui. Les jours de manifestations, pour ces raisons, il y a deux séances, comme autrefois au cinéma : d’abord le premier film, Unef, CGT, étudiants braillards. Puis, à la nuit tombée, le deuxième film. Celui de la violence nihiliste. Cela se calmera sans doute. Pendant le déclin, la chute continuera. Les trotskystes souhaitent la révolution permanente : nous vivons aujourd’hui quelque chose d’assez proche : la décomposition permanente…
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