Lance Pierre - dimanche 28 novembre 2004
J’avoue avoir ressenti une intense jubilation en lisant notre précédent numéro, dans lequel quelques injures étaient jetées sur la dépouille d’Arafat. J’ai constaté ainsi que j’avais été bien inspiré de rendre justice au vieux lion. Je ne suis pas peu fier d’avoir sur ce sujet sauvé l’honneur de notre journal, et les quelques lettres de reproches reçues après cette publication m’ont fortifié dans le sentiment du devoir accompli. Certes, Yasser Arafat était sans doute loin de la perfection et il avait, surtout dans sa jeunesse, commis des actes dont il aurait pu se dispenser. Mais la plupart des leaders politiques de fort caractère placés dans les mêmes circonstances auraient fait à peu près la même chose, car la guerre est une chose terrible qui rend les hommes impitoyables. Quoi qu’il en soit, il est un fait incontestable : cet homme a échappé à de multiples tentatives d’assassinat, perpétrées tantôt par ses ennemis, tantôt par des fanatiques de son propre camp et, malgré cela, il n’a jamais plié. Il avait donc par avance fait don de sa vie à son peuple, et cela méritait un salut. Je plains ceux qui ne savent pas rendre les honneurs à l’ennemi tombé. À cause d’articles de ce genre, certains lecteurs écrivent parfois à notre directeur que je « n’ai pas ma place dans ce journal » ou que je « trahis les idées de droite ». Alain Dumait a beau s’escrimer périodiquement à expliquer que notre hebdomadaire accueille dans ses colonnes « toutes les droites sans exclusive », ils n’en veulent pas démordre. Pourquoi ? Parce qu’ils sont eux-mêmes des exclusifs et qu’ils ne veulent entendre que le son de leur propre cloche. En réalité, ces gens ne sont pas de droite. Ils sont d’extrême-droite, mais ils s’imaginent naïvement que la droite, c’est eux. Or il est très facile de démontrer que c’est faux. Les électeurs de droite, toutes familles confondues, représentent environ 55 % du corps électoral français. Et il n’y en a guère plus de 5 % qui peuvent être classés à l’extrême-droite. Ce qui prouve du même coup que la plupart des électeurs du Front National ne sont pas d’extrême-droite, quoi que prétendent la gauche flasque et la droite molle. Ce sont dans l’ensemble de braves républicains qui cherchent seulement un moyen de s’extraire de la chienlit. Et, si Jean-Marie Le Pen n’avait pas commis l’énorme bourde de construire la base originelle du FN sur un petit noyau d’extrême-droite, offrant ainsi les verges pour se faire battre, il y a longtemps qu’il serait Président de la République.
De la diversité des droites En fondant ce journal, Alain Dumait, esprit authentiquement libéral et républicain, a pris le risque courageux, dans son désir intelligent d’unir toutes les forces de l’anti-gauche, de ne pas en exclure les partisans, conscients ou non, de l’extrême-droite. Malgré le danger qu’il y a à ne pas exclure les exclusifs, j’ai approuvé cette démarche. Car moi non plus je ne veux diaboliser personne, même si d’aucuns ne se privent pas de me diaboliser. Malheureusement, les extrême-droitistes en ont plus ou moins déduit que ce journal était à eux. Formidable erreur et poison pernicieux ! Il fallait un antidote. Et c’est pour tenir ce rôle que, de lecteur fidèle et rédacteur occasionnel que j’étais jusqu’alors, je suis devenu un collaborateur régulier des « 4 Vérités ». Et puis, peu à peu, et sans le faire exprès, je suis devenu plus qu’un antidote. Je crois que je suis ici, maintenant, un véritable « sélectionneur ». Si j’avais reçu pour mission - ce qui n’est pas le cas - de faire fuir les bigots, les sectaires et les imbéciles, je n’aurais pas mieux réussi. Figurez-vous que certains lecteurs résilient leur abonnement en disant qu’« ils apprécient en général les autres articles, mais qu’ils ne peuvent pas supporter de lire ceux de Pierre Lance ». N’est-ce pas merveilleux ? Se rendent-ils compte à quel point ils me flattent ? Et à quel point ils révèlent ingénument la fragilité de leurs convictions et la faiblesse de leur caractère ? Rien ne les oblige à lire mes trois petites colonnes (à peine 10 % de la surface publiée), à moins qu’elles ne les fascinent, ce qui n’est pas exclu. Mais ils préfèrent prendre le large. Eh bien, bon vent ! Ainsi, la qualité intellectuelle et psychologique de notre lectorat, en termes de tolérance, d’ouverture d’esprit, de sens critique et de capacité à examiner sereinement des opinions contraires, ne cesse de progresser, ce qui ne peut qu’accroître notre influence. Non, non, ne me remerciez pas ! Tout le plaisir est pour moi !
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