Courrier - vendredi 18 mars 2011
corruption, russie
Le Comité de lutte contre la corruption en Russie a été créé le 20 décembre 2005. Y participent des hommes politiques, des fonctionnaires, de grands décideurs du monde des affaires, ainsi que des représentants de l'enseignement supérieur et des élus locaux. Cette large représentation des différentes couches de la société permet une analyse correcte de la situation ainsi qu’une prise de mesures appropriée.
De grands médias de Russie se sont aussi activement engagés dans la lutte contre la corruption, créant en 2006, avec le soutien de notre Comité et de l’Union des journalistes de Russie, un prix national qui récompense les meilleures publications dénonçant ce fléau. Environ 300 personnalités des mondes médiatiques et politiques furent distinguées par cette récompense.
Une ligne téléphonique d’urgence a été créée pour recueillir les doléances des citoyens s'estimant victimes d'actes réels de corruption. Le Comité a ainsi récolté plus de 70 000 témoignages et une aide effective a été apportée à 56 000 de ces plaignants.
En collaboration avec le Comité, les radios officielles de Russie ont créé une émission hebdomadaire portant le nom d'« Anti-corruption », laquelle fut saluée par l'Union des journalistes de Russie. De même, la télévision russe rend compte avec précision et régularité des activités de notre Comité. Cela permet de faire de la répression de la corruption une réalité tangible connue dans tous les foyers du pays.
L’enseignement supérieur s’est également investi dans les activités de notre Comité : à l’Université de Moscou est organisé un séminaire intitulé « La lutte contre la corruption dans le système civil russe ».
Signe de la reconnaissance internationale dont bénéficie notre organisation, nous avons cette année été élus représentants de la Fédération de Russie au sein du Comité du Réseau des Accords globaux de l’ONU, ce qui permet de mettre notre ligne téléphonique d’urgence à disposition des firmes et des hommes d’affaires étrangers confrontés à la corruption dans notre pays.
Les réseaux de la corruption
Nous intervenons au sein de l’ONU dans le cadre du 10e principe du Pacte mondial qui fixe l’attitude à adopter face à la corruption. Notre Comité est d’avis qu’aucun des principes du Pacte mondial de l’ONU – qu’il s’agisse de ceux relatifs aux droits de l’homme, aux normes du travail ou à l’environnement – ne peut être réellement efficace s’il n’est pas soutenu par une attitude décisionnelle ferme. En ce sens, il est également obligatoire que plusieurs organismes luttant contre la corruption coordonnent leurs activités à l'échelle internationale.
Nous sommes amenés à constater que certaines grandes sociétés continuent à se heurter à la corruption, non seulement en Russie mais également à l’étranger. Cela peut s’expliquer par la complexité des décisions administratives à prendre face à ces grandes sociétés, aux différents systèmes et aux diverses normes que celles-ci doivent appréhender ainsi que, parfois, à l'irresponsabilité et à l'autoritarisme criminels de certains fonctionnaires.
Dans ces conditions, certains hommes d’affaires et propriétaires de société sont amenés à estimer que les difficultés mentionnées ci-dessus peuvent être résolues en ayant recours à des réseaux de la corruption. Notre expérience permet de conclure qu’une telle erreur trouve généralement son origine dans l’incompétence et l’immaturité de ces hommes d'affaires qui persuadent leurs supérieurs qu’il serait plus rapide, et surtout moins cher, de lever certaines difficultés, non en suivant les procédures légales, mais en ayant recours à des réseaux corrompus. Nous constatons au contraire que résultent souvent d'une telle approche de grandes pertes, qui viennent s'ajouter au fait qu'il n'est plus possible pour l'entreprise d'utiliser des recours légaux. Pire encore : certains des hommes d'affaires qui poussent leur direction à profiter des réseaux de la corruption gardent pour eux une partie des sommes versées aux fonctionnaires corrompus. Ils ont donc un intérêt direct à convaincre leur entourage de la nécessité de recourir à ces réseaux parallèles.
une stratégie préventive
Par conséquent, parmi les représentants de grandes sociétés étrangères se répand l'idée selon laquelle il serait impossible de travailler en Russie sans recourir à des modes de fonctionnement fondés sur la corruption et que les investissements dans notre pays ne seraient pas sûrs. De même, nous devons déplorer que certaines firmes, pour lesquelles « éthique » et « responsabilité civique » ne sont pas des expressions vides de sens, envisagent le marché russe avec méfiance.
Ce serait oublier que se développent actuellement en Russie un mouvement efficace de lutte contre la corruption et des activités commerciales sûres en dehors des systèmes corrompus. Mais peu connaissent ce côté positif.
Nous estimons que bon nombre d’entreprises, tant russes qu’étrangères, seraient intéressées par un échange d’expériences autour du thème de la lutte contre la corruption. Notre Comité s’engage en ce sens, réunissant cette information afin de protéger efficacement les activités commerciales et, par là-même, leur stabilité réelle. Il est pour nous de première importance d'améliorer cette coordination entre firmes de plusieurs pays ayant des intérêts en Russie. C'est ainsi qu'une revue mensuelle intitulée Anti-Corruption international paraît en russe et en anglais. Elle est disponible sur Internet ainsi que dans les missions russes à l'étranger. Nous planifions également la publication de cette revue en français, allemand, espagnol et italien.
Nous participons également à mettre en place une aide réelle et efficace pour nos interlocuteurs étrangers visant une stratégie de prévention de la corruption. Nous constatons d’ailleurs qu’un nombre déjà important de représentants étrangers s’adressent à notre Comité après s’être heurtés à la corruption. Il est en effet plus facile de prévenir la corruption que d’y mettre un terme une fois qu’elle s’est installée. Notre Comité soutient les firmes ayant décidé de bannir de leur fonctionnement les pots-de-vin à tout niveau. Nous leur venons en aide et sommes intéressés par un échange d'informations avec elles puisqu'est actuellement menée une étude approfondie visant à étudier les actions anti-corruption réelles des entreprises internationales sur le marché russe.
Nous sommes persuadés qu’une collaboration active entre les représentants du commerce et notre Comité sera efficace et nous appelons les organismes privés et publics à cette activité commune.
Anatoly Gouloubev
Président du Comité de lutte contre la corruption en Russie
Les personnes francophones intéressées par cette collaboration peuvent entrer en contact avec le Comité via Anatoly Livry, enseignant les systèmes de corruption en France à l'Université de Nice Sophia Antipolis : anatolivry2@yahoo.fr
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