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La sortie de l’euro et le modèle argentin


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Bonnal Nicolas - lundi 28 novembre 2011

crise, dette, euro

J’attends comme tout le monde la disparition de l’euro en souhaitant que ceux qui nous dirigent, créateurs illuminés ou souteneurs damnés de cette monnaie inique, ne nous jettent pas, vieux bébés innocents que nous sommes, avec le bain de vif-argent dans lequel ils nous ont trempés, trompés et ruinés depuis vingt ans maintenant. J’espère une solution à l’argentine : en sortant du Uno por Uno, du Dollar pour un peso, l’Argentine, que j’ai bien connue à l’époque, a sauvé sa tête et celle de son peuple si sympathique, qui vient de connaître neuf années de forte croissance et de réélire triomphalement la populiste Christina Fernandez de Kirchner, qui a plusieurs fois envoyé promener les grandes banques et les responsables des avanies écoulées. Il est vrai qu’elle a des excédents budgétaires record et de grosses réserves de change.

A bien des égards, la situation que nous connaissons en Europe est similaire à celle que connut l’Argentine à la fin des années 90, lorsqu’elle était dirigée par Carlos Menem. Les mêmes aberrations produisent les mêmes conséquences, et nous verrons pour la sortie de crise.

Menem avait décidé de tout privatiser (il parlait même d’une nécessité cabalistique !), c’est-à-dire de tout brader aux amis, alors qu’il était l élu péroniste par excellence, chargé de veiller sur les intérêts du peuple. Ce vol public fut relaté après la ruine de son pays dans un très bon film-reportage, memorias de un saquéo. La mise à sac de l’Italie a été identique en Europe à la fin des années 90 et elle a eu des conséquences identiques : la ruine des finances publiques. C’est bien sûr Draghi, associé de Goldman Sachs, qui fut chargé de ce bradage en Italie.

Je ne suis bien sûr pas devenu communiste. Mais je ne suis pas fou non plus, au point de confondre escroquerie et libéralisme. Pourquoi vendre à bas prix son bien et se retrouver ruiné, gros-Jean comme devant, comme on disait alors ? On se croirait dans le conte d’Andersen sur les pommes blettes, où chaque fois le paysan crétin échange son bien contre un bien de moindre valeur jusqu’à se retrouver sans rien.

Je souligne alors ce paradoxe, qui comme tous les paradoxes n’est qu’un paradoxe apparent : comment se fait-il qu’à chaque fois que l’on privatise, la dette se creuse alors qu’elle devrait se combler ? On comprend alors mieux la dictature des marchés ; quelques conseillers, tous sortis en Italie des jésuites (que nos rois très chrétiens avaient expulsés, et pas pour rien), de Goldman Sachs et de quelques universités US encore plus ruineuses que notre défunte ou presque ENA, quelques conseillers nous demandent de brader notre patrimoine national, de désindustrialiser, d’importer tout-chinois, et d’emprunter à tire-larigot pour faire exploser les prix de l’immobilier ou le budget des mairies ou des départements socialos. Les hommes politiques étant des imbéciles (dépenser, c’est se faire bien voir de l’électeur) ou des collaborateurs patentés de ces entités financières ténébreuses, ils s’exécutent. Et nous nous retrouvons comme l’Argentine de Menem avec des dettes monstrueuses, une monnaie trop chère, sans industrie et sans culotte.

Les politiciens argentins ont été fous jusqu’au bout : c’est le Marché qui, en Argentine, a mis fin à la folie des financiers et des politiques (voyez la Belgique qui se porte très bien sans gouvernement depuis plus d’un an, donnant raison à mon vieux Lao Tseu !). En perdant 70% de sa valeur en 2002, le peso argentin a permis à la république argentine de ne plus importer et de se remettre à exporter. Le développement de la Chine et du reste du monde lui a permis d’atteindre des exportations record de viande, soja, blé, etc. Evidemment, il faudra à nouveau se creuser en France ou ailleurs pour se remettre à produire… Et notre population est beaucoup plus âgée que l’argentine.

En sortant de l’euro, l’Espagne, l’Italie ou même la Grèce connaîtraient quelques jours difficiles, nous aussi d’ailleurs. Mais l’économie se remettrait en marche, et ce serait la révolution des termites. On pourrait à nouveau investir, produire, exporter, attirer les investissements qui nous fuient. La dette ? Il faudrait s’en moquer, comme les Argentins : on ne va tout de même pas rembourser les usuriers qui nous ont ruinés, ou alors il faudrait être très sot.

On verra si les peuples comprennent : comme disait un vieil ami défunt, on se réveille quand on a plus mal que peur.


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