Trémeau Bernard - mercredi 09 juin 2010
euros
La fin de la semaine dernière a encore été très agitée sur le plan monétaire. L’euro est tombé en dessous de 1,20 dollar et la valeur des emprunts d’État des pays du Club Med a chuté par rapport aux emprunts d’État allemands : 65 % en moins pour l’Italie, 17 % pour la France.
La France utilise l’euro depuis 1998. Les gouvernements français ont donc décidé de lier le franc au mark par une parité fixe les liant tous les 2 à l’euro. Par contre, entre l’euro et le dollar, ce ne sont pas les gouvernements qui fixent la parité. Ils ont laissé aux marchés le soin de le faire.
Ce sont les « spéculateurs » (ceux qui, étymologiquement, observent l’économie) suivis par des milliards d’individus qui font baisser le cours de l’euro. Ils pensent d’abord que l’économie américaine va de mieux en mieux. Ils pensent surtout que les mesures prises récemment pour « sauver » l’euro seront inefficaces, voire dangereuses pour l’économie. Ils vendent donc ce qu’ils possèdent en euro et achètent à la place des valeurs en dollar.
L’euro passe en dessous de la barre de 1,20 dollar. Cette variation des parités concerne les rapports de l’économie européenne avec celle du monde. Ce sont les marchés qui déterminent cette valeur.
Cette chute de l’euro est l’équivalent d’une « dévaluation compétitive ». Elle est favorable aux entreprises françaises qui exportent leurs produits dans le monde entier. Il y aura donc plus d’activité économique et moins de chômeurs en France et en Allemagne.
Mais cette chute de l’euro augmentera le prix de tout ce que les Européens importent, en particulier tout ce qui provient de la Chine. Or, plus 50 % de ce que nous consommons vient de l’étranger. Le prix d’une chemise chinoise va augmenter. Le pouvoir d’achat des Européens va être réduit d’autant. Ils seront poussés à acheter moins de vin néo-zélandais et plus de vin français.
Enfin, la balance commerciale des pays européens va être améliorée.
En ce « vendredi noir » du 4 juin, l’obligation d’État française valait 17 % de moins que l’obligation d’État allemande. L’obligation italienne 65 % de moins. La spéculation reprend de plus belle.
Les spéculateurs ne s’intéressent plus ici aux relations économiques entre la zone euro et le reste du monde. Ils s’occupent uniquement des rapports économiques entre les pays à l’intérieur même de la zone euro. Ils nous informent d’une chose toute simple. Ils estiment que les prix ont augmenté depuis 1998 de 15 % de plus en France qu’en Allemagne. De ce fait, le déficit de la balance commerciale française augmente dramatiquement tous les mois. Les nombreux rapports de l’OCDE ou de la BCE chiffrent sans arrêt et avec précision cette évolution.
Mais une parité fixe et « irrévocable » a été décidée en 1998 entre le franc, le mark et l’euro.
Et tout le monde est persuadé qu’on ne peut pas modifier la parité fixe sans sortir de l’euro. Or le traité de 1998 n’est qu’un contrat de mariage entre le franc, le mark et d’autres monnaies.
On peut divorcer et supprimer le contrat. L’euro disparaît et l’on revient aux monnaies nationales. Le marché détermine alors les valeurs relatives des monnaies. On peut aussi, après avoir divorcé, faire un contrat liant le mark et le franc par une parité fixe tenant compte de la nécessaire dévaluation de 15 %.On peut encore conserver l’euro, donc ne pas divorcer, et faire un nouveau contrat liant le franc et le mark à l’euro. Et, bien sûr, à toutes les autres monnaies européennes.
Malheureusement, les gouvernements semblent toujours décidés à conserver l’euro sans modifier les parités… Les spéculateurs savent que c’est mortel pour les économies du club Med ; ils spéculent. Il serait sage de les écouter.
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