Milliere Guy - samedi 24 avril 2004
La presse française nous avait habitués à biaiser l’information concernant la situation en Irak, mais je dois dire que ces derniers temps, elle s’est surpassée. Sachant que tous n’ont pas accès aux informations disponibles dans le reste du monde mais qui s’arrêtent mystérieusement aux frontières de ce pays, j’entends ici, une fois de plus, rectifier quelques-unes des contre-vérités et des inepties les plus flagrantes :
1. Non, les États-Unis et leurs alliés ne sont pas dans un « bourbier » en Irak : ce mot ne s’appliquait pas, il y a un an, il ne fait toujours pas sens. La situation reste globalement ce qu’elle était voici trois ou quatre semaines. 95 % du pays vit en paix, avec des conditions de travail, d’approvisionnement en nourriture, en médicaments, en eau et en électricité qui ne cessent de s’améliorer et avec, pour la première fois depuis longtemps, une libre parole et une presse libre. Être parvenu à ce résultat en un an est une prouesse qui devrait valoir des éloges à l’administration Bush, et non l’indigent recyclage de fantasmes éculés.
2. Oui, il y a eu l’attaque et le meurtre atroce de civils américains à Fallujah, nid de vipères baasistes non pacifié. Fallujah n’est pas tout le territoire sunnite, et le meurtre susdit a fourni l’opportunité pour les marines d’encercler Fallujah et d’y mettre hors-jeu ceux qui s’y sont retranchés : d’anciens baasistes et des gens d’Al Qaïda infiltrés vraisemblablement depuis la Syrie. On est très loin d’un « embrasement généralisé ». Le règlement définitif de la question est affaire de quelques jours, moins d’un mois selon toute apparence. Ceux qui sont dans Fallujah ne sont pas des résistants, mais des totalitaires qui ne veulent pas de l’installation d’un gouvernement décent à Bagdad. La population irakienne en toutes ses composantes préfère la décence, comme l’ont montré les résultats des 17 élections municipales réalisées dans diverses villes du pays.
3. Moqtada al-Sadr n’est en aucun cas représentatif des shiites irakiens. Il incarne une frange très minoritaire, très extrémiste, partisane d’une république islamique à l’iranienne. Il a été soutenu par le Hezbollah avec qui il a des liens étroits et par la faction la plus dure du régime de Téhéran. Il a tenté un putsch. Il a perdu. Il sera éliminé de la vie politique et religieuse irakienne dans de brefs délais, par la coalition, ou par les shiites eux-mêmes. Ils savent en effet que Sadr est impliqué dans l’assassinat d’un ayatollah modéré. Ils suivent en outre celui qui est leur dirigeant incontesté, l’ayatollah Sistani, partisan de la démocratie et de la séparation de la religion et de la politique.
4. La vague d’enlèvements qui s’est opérée a eu toute l’allure du comportement frénétique et désespéré de gangsters en fin de partie. Tous les enlèvements ne connaîtront vraisemblablement pas une fin heureuse, hélas, mais ils ne font aucun sens en termes de stratégie politique ou militaire et conduisent leurs auteurs à s’enfoncer un peu davantage dans l’impasse où ils sont déjà.
Comme George Bush l’a dit lors de sa conférence de presse du 14 avril, la passation du pouvoir à des autorités provisoires irakiennes aura bien lieu le 30 juin. Ces autorités provisoires organiseront des élections démocratiques. Le résultat que les agités de ces derniers jours ne voulaient à aucun prix sera atteint et représentera une avancée immense pour le monde arabo-musulman.
L’armée américaine et les troupes de la coalition ne pourront pour autant pas se retirer. Les régimes syriens et iraniens savent qu’ils ne pourront rester ce qu’ils sont aujourd’hui si l’Irak devient effectivement et pleinement ce qu’il est en train de devenir. L’Irak ne pourra devenir décent que si la décence fait tache d’huile dans la région. La population irakienne n’aura confiance dans le futur que si elle se sait à l’abri des risques de retour à la loi du plus criminel. L’ONU pourra jouer un rôle dans la mise en place d’institutions démocratiques ; les États-Unis n’y ont jamais été opposés. Elle ne peut se substituer à l’action militaire de la coalition. Un second mandat de Bush permettra de parachever positivement l’œuvre entreprise.
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