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La ville de Lyon et le génie de la France des enfants


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Bonnal Nicolas - vendredi 11 novembre 2011


J’ai toujours préféré Lyon à Paris. C’est la capitale de Gaules, bien sûr, la grandiose basilique de Fourvières est un haut-lieu bouleversant consacré aux chrétiens et non réservé aux touristes ; la ville offre un site éminent et deux fleuves une aura gauloise incomparable. La population aussi est belle et jeune, ou âgée avec de beaux traits classiques et une belle allure bourgeoise, héritière peut-être de nos vieilles tribus gauloises et de notre ancienne civilisation gallo-romaine ; on la voit promener sa jeunesse autour des anciennes abbayes ou dans le somptueux parc de la tête d’or qui évoque Claudel et son drame admirable et curieux.

De passage ici pour fêter les 80 ans de mon père, je trouve aussi une ambiance familiale, chrétienne et heureuse. La ville de Lyon est devenue chère, une des villes les plus chères d’Europe d’ailleurs, mais c’est aussi une ville prospère avec des gens, des Français donc, qui ont su s’adapter à la mondialisation tout en conservant leurs traditions. On le verra prochainement avec la fête des lanternes, magique ambiance de passé et de christianisme, à l’ombre de la Vierge et de sainte Blandine.

Le plus fort est la vivacité de la population que l’on sent tous âges confondus s’exprimer en un français impeccable, encore vive et pas soumise à la matrice : il n’y qu’à parler avec un serveur à tête de Tintin ou d’Astérix dans un bouchon lyonnais pour s’en rendre compte. Comme un certain nombre de villes de province, d’ailleurs, Lyon résiste à la matrice, protégée par ses fleuves et ses collines sacrées, en ayant gardé son enracinement et son illumination. C’est elle qui devrait être élue la ville lumière en France.

Ne résidant que fort peu en France, j’en sais des nouvelles par les médias, qui en font un pays plus malheureux que l’Afghanistan ou le Niger. Lorsque j’y retrouve les miens, je sens pourtant une atmosphère supérieure qui a commencé d’ailleurs avec le gouvernement Raffarin, comme me le souligne mon ami Antoine, restaurateur à Vézelay, imperturbable optimiste. Les Français sont plus riches et plus instruits que jadis, mieux formés au monde actuel, et ils gardent leurs traditions. Les femmes sont minces, au grand étonnement des Anglo-Saxons, et elles ont de nombreux bébés. On dépasse les deux enfants par femme, et on écrase le reste des pays de l’OCDE, alors que comme je l’ai déjà écrit, la natalité s’effondre dans la plupart des pays émergents ou musulmans. On fera nos comptes dans cent ans et l’on verra si le pays des contes de Perrault sera si mal loti qu’on le dit.

A propos de la naissance de la petite Giulia Sarkozy, le journal toujours surprenant Paris-Match souligne cette exception démographique française qui défie le pessimisme ambiant, l’euro-morosité et tout le reste. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, rappelle Nietzsche, et l’on peut dire qu’en marge de nos crises et de nos mauvaises humeurs, une France plus forte, bien inspirée d’En Haut, prospère et lance un défi au futur angoissant du siècle qui s’annonce. Ces enfants qui naissent, ces bébés sont un défi à au nihilisme, à la culture de la mort, à la matrice et au reste.

La matrice a bien compris que pour triompher elle doit imposer le modèle DINKS (double income no kids) donc le couple homosexuel ou l’enfant hors de prix  (le chariot de luxe, la technophilie, les études de finance américaine et le polo le dimanche…). Mais il semble qu’elle a n’a pas réussi à altérer la bonne humeur de la femme française et de son mari. De ce point de vue d’ailleurs, je trouve une accointance heureuse entre les familles bobos, trop dénigrées à droite, et les familles cathos : les premières n’ont pas à ce point perdu leur lien avec la source française.

Le pessimisme doit être réservé à l’intelligence, l’optimisme à la volonté, disait Gramsci. On peut dire que cette haute leçon d’ailleurs très chrétienne d’inspiration du penseur italien s’applique à la France plus qu’à ses voisins. Soyons donc moins pessimistes, à l’heure où nous devons faire des choix importants en 2012, pour le sixième centenaire de la naissance de Jeanne d’Arc. Comme dit Bernanos, la France sera toujours sauvée par les enfants. Les technocrates le comprendront un jour : c’est avec des enfants que l’on bâtit des cités et des civilisations, pas avec de la monnaie.


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