Menou Pierre - lundi 12 septembre 2011
terrorisme
Lu dans la presse
La vraie signification du 11 septembre
On sait depuis Daninos, observateur amusé du caractère national, que les Français raffolent des dates historiques. Signe des temps, une date étrangère, si j’ose dire, a rejoint les 14 juillet, 4 septembre et autres 18 juin dans nos éphémérides : celle du 11 septembre. Elle a eu les honneurs des médias la semaine dernière, faisant passer au second plan l’écroulement ininterrompu des bourses, qui menace aujourd’hui les banques européennes.
A Paris, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, et le maire de la capitale, Bertrand Delanoë, ont participé à une cérémonie organisée par l’association « The French will never forget » (Les Français n’oublieront jamais) au Trocadéro, où des tours de 22 mètres de hauteur, symbolisant celles du World Trade Center et portant les noms des victimes de l’attentat, encadraient en perspective la Tour Eiffel. Nicolas Sarkozy lui-même s’est rendu à l’ambassade des Etats-Unis pour rendre hommage aux morts du 11 septembre : « Au soir du 11 septembre, nous nous sentions Américains comme jamais », a-t-il déclaré.
L’attentat contre le World Trade Center a tué 3 000 personnes et frappé particulièrement les imaginations, puisque la télévision a diffusé ces images en direct. Ce n’était cependant pas le seul acte de terrorisme sanglant, ni le dernier : en 2009, le terrorisme a tué près de 15 000 personnes dans le monde. En Irak, pays envahi sous des prétextes mensongers après les attentats du 11 septembre, le terrorisme continue à semer la mort. Comme le rappelait l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, Hubert Védrine, dans Le Parisien du 11 septembre 2011 :
« Le 11 Septembre a été une terrible tragédie et une affreuse humiliation pour les Etats-Unis, et a eu à ce titre une influence énorme sur la politique étrangère de George W. Bush. Mais cela n’a pas été le début d’un " nouveau monde ". (…) De nombreux attentats avaient déjà eu lieu, moins stupéfiants. Dans un monde global, le terrorisme devait inévitablement devenir global. »
Le 11 Septembre, le colosse américain a découvert qu’il avait des pieds d’argile
La place particulière qu’occupent les événements 11 septembre dans la mémoire collective ne tient donc pas seulement à leur bilan humain et au nombre des morts, mais d’abord à leur signification politique, comme l’explique Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, dans Le Journal du Dimanche du 11 septembre 2011 :
« Pour mesurer ce qui a changé ce jour-là, il faut remonter dix ans plus tôt. En 1990-91, le bloc communiste implosait et la démocratie s’étendait sur tout le continent européen. Les Etats-Unis étaient devenus la seule superpuissance. Ils dominaient dans tous les domaines et connaissaient une période de prospérité sans précédent. Le 11 Septembre, ce colosse a découvert qu’il avait des pieds d’argile : quelques dizaines de terroristes déterminés à mourir, armés de cutters, pouvaient frapper l’Amérique au cœur de sa puissance. Ce fut un choc profond et durable pour tout le peuple américain. Je pense que le XXIe siècle a commencé ce jour-là. La mondialisation révélait sa face sombre. Le 11-Septembre puis la guerre en Irak ont mis fin au monde unipolaire et nous ont fait entrer dans l’ère des " puissances relatives " : aucune ne peut régler seule les problèmes du monde. »
Passons sur la « face sombre » de la mondialisation, qui laisse supposée qu’elle a une face lumineuse : je la cherche encore… Hubert Védrine partage l’essentiel de l’analyse de Lévitte :
au journaliste du Parisien qui lui demande ce qui a vraiment changé depuis dix ans, il répond :
« Le vrai changement, c’est la fin du monopole occidental de la richesse et de la puissance, détenu depuis des siècles par les Européens, puis par les Américains. Ce pouvoir est partagé maintenant par une cinquantaine d’émergents, Chine, Inde et Brésil en tête. C’est ce que symbolise le G 20. »
Ce changement serait bien sûr advenu sans le 11 septembre 2001 ; mais les attentats ont réveillé le monde : non, les Etats-Unis n’étaient pas destinés à demeurer, comme certains l’affirmaient, l’unique superpuissance après la disparition de l’Union soviétique, ni le « gendarme du monde » ; oui, il leur restait des ennemis, qui pouvaient les menacer. En ce sens, la date des attentats est une date charnière.
Dans un tel contexte, l’Europe – c’est-à-dire les nations européennes, liées par un intérêt commun et une forte proximité de civilisation et d’histoire – aurait pu jouer une carte particulière, chercher à retrouver une puissance et une indépendance qui lui avaient glissées des mains.
La France de Sarkozy : alliée ou vassale des Etats-Unis ?
C’est l’avis du géopoliticien Aymeric Chauprade, ancien professeur à l’Ecole de guerre, limogé en 2009 par le ministre Hervé Morin pour avoir mis en doute la version officielle des attentats du 11 septembre :
« Maintenant, ce qui fait sens, c’est distinguer les Etats-Unis de l’Europe », estime-t-il dans le numéro du 8 septembre du bimensuel Flash. « L’Europe est une civilisation aujourd’hui asservie par la géopolitique américaine. Les signes de notre libération sont là. Nous avons deux grandes révoltes à mener : contre les Etats-Unis et contre l’immigration de peuplement qui est en train de submerger nos vieux peuples. »
« Je pense que l’intérêt des Européens consiste à non seulement s’émanciper de la logique transatlantique, véritable aliénation à un projet mondialiste dominé par Washington, mais aussi à promouvoir parallèlement la formation d’un monde multipolaire dans lequel les puissances émergentes s’équilibreront », ajoute-t-il. « La Russie est sans doute notre (nous les Français, mais aussi nous les Européens) partenaire naturel. Par sa proximité en termes de civilisation mais aussi par les complémentarités énergétiques et stratégiques qu’elle offre. L’Amérique latine, d’une certaine manière, se trouve dans une situation comparable à l’Europe par rapport aux Etats-Unis. Une périphérie dominée qui ne demande qu’à reprendre en main son destin. Comme pour la Russie, il existe une certaine proximité civilisationnelle. »
La France n’aurait-elle pas pu devenir, par sa position « à la marge » de l’Alliance atlantique, un instrument privilégié de ce retour à l’indépendance ? Nicolas Sarkozy a joué, au contraire, la carte de l’intégration américaine : à l’ambassade des Etats-Unis, le 11 septembre dernier, il s’affirmait « fier » d’avoir ramené notre pays au sein du commandement intégré de l’OTAN et déclarait que la France « n’a pas peur d’être aux côtés de son grand allié, non pas comme un vassal », mais « comme un ami, debout, pour regarder l’avenir ensemble, Etats-Unis d’Amérique et France. »
Le problème, c’est que l’on peut aisément croire que la France est un vassal des Etats-Unis, alors que la réciproque est beaucoup plus difficile à imaginer…
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