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Laurent Fabius engage la campagne des présidentielles de 2007


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Dumait Alain - samedi 18 septembre 2004


Laurent Fabius a eu 58 ans au mois d’août dernier. C’est un homme doué d’une grande et vive intelligence, ce qu’il a d’abord démontré par un cursus universitaire exceptionnel. Il est ancien élève de l’École Normale Supérieure, à la sortie de laquelle il a fait Science Po à Paris, en même temps qu’il passait son agrégation de lettres, avant d’entrer à l’École Nationale d’Administration dont il est sorti dans les tout premiers, accédant au Conseil d’État, comme auditeur ,en 1973.
François Mitterrand l’a aussitôt repéré et en a fait un de ses poulains, lui permettant de s’implanter dans une circonscription en or massif, celle du Grand-Quevilly, près de Rouen, dont il devint conseiller municipal puis adjoint au maire dès 1977.
En 1981, il fait partie du premier gouvernement de Pierre Mauroy. Il est ministre délégué au budget pendant deux ans. Il s’agit là d’un poste d’observation privilégié. C’est là que beaucoup de politiciens de première catégorie ont parfait leur formation. Ce fut le cas notamment de Jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkosy en 1986.
En 1984, Laurent Fabius - qui n’a que 38 ans - est le deuxième Premier Ministre de François Mitterrand, lequel, devenu un peu pompeux, déclare avoir « donné à la France son plus jeune Premier Ministre…».
Longtemps, Laurent Fabius fut pour l’ancien président socialiste le fidèle des fidèles. Il avait pour lui des sentiments qu’il n’avait certainement pas pour Lionel Jospin. Mais, en vieillissant, et aussi sous l’effet de la maladie, qu’il cachait aux Français mais dont il connaissait l’existence avant même son élection de 1981, le chef de l’État éprouvait le besoin de dire la vérité sur son parcours personnel, ses amis d’avant-guerre et même sur ses relations pétainistes. Ainsi il commençait non seulement à écrire lui-même sa propre histoire, mais encore il pensait, très sincèrement, contribuer efficacement à la nécessaire réconciliation nationale.
Car il faut reconnaître ce mérite à François Mitterrand, au-delà de la tactique dont il était un maître : il a beaucoup œuvré pour cette réconciliation, effaçant certaines indignités dont étaient encore frappés d’anciens partisans de l’Algérie française, refusant, malgré la forte pression du lobby juif, dont il était pourtant très proche, de reconnaître la responsabilité de la France au travers de l’État français, pendant la période du Gouvernement de Vichy. Il n’avait pas peur du qu’en dira-t-on. Nombreux étaient ses amis politiquement incorrects.
Quand François Mitterrand fut amené à reconnaître que René Bousquet, de sept ans son aîné, et ancien haut responsable de la police du Gouvernement de Vichy (secrétaire général du ministère de l’Intérieur en 1942) avait été son ami, sans démentir qu’il l’avait encore rencontré chez lui à Jarnac, depuis 1981, Laurent Fabius semble avoir éprouvé une forme de malaise. Il eut cette phrase qui, probablement, marqua, au moins, le début d’une fêlure entre les deux hommes (que trente ans séparaient) : « Lui c’est lui, et moi c’est moi ».
Il n’en demeure pas moins que,  dans son genre tête d’œuf, qui le marque si fort, il est et il demeure le meilleur élève du politicien hors pair que fut François Mitterrand. J’évoque évidemment le François Mitterrand de la période 1958-1981, celui qui, tour à tour, s’imposa comme partenaire du parti communiste, comme le conquérant du parti socialiste puis enfin, comme le vainqueur de l’élection présidentielle de 1981. Qui ne lui reconnaît pas aujourd’hui, parmi ses partisans comme ses adversaires, un savoir-faire exceptionnel ?
Laurent Fabuis a l’ambition d’être le prochain Président de la République française. La droite aura du mal à l’en empêcher car même bientôt menée par le bouillant Nicolas Sarkosy, elle n’aura dans deux ans et demi, qu’un piètre bilan à présenter.
Dans ces conditions, l’élément décisif pour lui est d’obtenir l’investiture de son parti. Seul François Hollande, qui tient l’appareil, pourrait l’en empêcher. Or, avant l’élection présidentielle, une autre campagne aura lieu, qui prendra la forme d’un référendum, qui portera sur la ratification, ou non, par le peuple, du projet de constitution européenne.
De toute façon, ce texte a de fortes chances d’être rejeté, au moins autant pour des raisons extrinsèques qu’intrinsèques. Laurent Fabius le sait. Le conformisme l’inciterait plutôt à suivre la majorité des autres responsables de son parti qui penche pour lui et surtout l’immense majorité des dirigeants socialistes européens qui font, d’ores et déjà, campagne dans leurs pays respectifs pour l’adoption de ce nouveau traité.
Quand François Mitterrand, il y a quarante ans, commença à prôner l’union de la gauche, il scandalisa un grand nombre de socialistes bourgeois. De même, quand Laurent Fabius rejette la constitution européenne, il choque non seulement beaucoup de ses amis, mais au-delà, la quasi-totalité des commentateurs et de la classe parlante. Car il s’agit d’une rupture. Effectuée au nom du peuple. Je ne peux n’empêcher de trouver qu’il s’agit là d’un choix important et intelligent.

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