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Le 31 mars 2006, Chirac a lâché Villepin sur le CPE


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Rouxel Jean - mercredi 05 avril 2006


[Notre dossier CPE] Dans son allocution télévisée diffusée le vendredi 31 mars, le Président a cru sauver la face de son Premier ministre, mais il est vite apparu qu’il l’avait bel et bien lâché.

Le Conseil constitutionnel n’ayant émis aucune critique sérieuse sur cette loi dite « pour l’égalité des chances » – dont il a cependant déclaré inconstitutionnels deux articles sur 51 –, le chef de l’État pouvait difficilement décider de ne pas promulguer ce texte. Mais en demandant à Dominique de Villepin de faire en sorte, « en pratique », qu’aucun contrat « première embauche » ne puisse être signé sans intégrer les modifications évoquées au cours de cette allocution, il ne faisait rien d’autre que de le désavouer. Or, il aurait fort bien pu promulguer la loi telle quelle, quitte à demander à son chef de gouvernement d’y apporter ultérieurement des modifications, mais sans prononcer quelque suspension que ce soit. Ainsi, son protégé aurait gardé la main. En s’y prenant comme il l’a fait, il a repassé le mistigri du CPE au président de l’UMP, toujours preneur de responsabilités. L’avenir dira si Nicolas Sarkozy n’aurait pas mieux fait de rester à l’écart de ce psychodrame…
En tout cas quelque chose s’est sans doute brisé entre les deux hommes. L’affection demeure, mais le désaccord a été révélé au grand jour.

Jacques Chirac a été marqué par la façon dont se sont réglés les événements de mai 1968 : le gouvernement Pompidou a accepté toutes les revendications des syndicats. De la même façon, en 2006, le même Chirac ne croyait pas pouvoir aller contre un front syndical unifié, tandis que Villepin pensait qu’il fallait laisser la situation pourrir dans la rue, et mettre en œuvre la loi le plus rapidement possible, intégralement et sans faiblir.

Le Premier ministre a dû spécialement savourer la tirade de son patron exaltant « le sens des responsabilités » des partenaires sociaux et « leur engagement pour l’emploi ».Vertus aussitôt démenties par les nouveaux ultimatums de la CGT. Le lendemain, le service de presse de Matignon faisait savoir aux journalistes que le Premier ministre irait l’après-midi… au cinéma ! La question du maintien à son poste de ce Premier ministre est bel et bien posée.
Qu’il ait réuni son cabinet lundi matin « pour fixer le cap des prochains mois » le confirme, en application du principe si cher à la Ve République version chiraquienne qu’il faut toujours entendre l’inverse de ce que nous disent nos chers dirigeants…


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