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Le CFCM et la crise d’identité des musulmans de France


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Rouxel Jean - mercredi 11 juin 2008

islam, immigration
Dans un remarquable silence, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), créé en 2003 par le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a renouvelé son conseil d’administration, le dimanche 8 juin. Et cette discrétion n’est pas le fruit du hasard : nos confrères de la « grande presse » sont un peu gênés aux entournures pour parler de la crise de cette institution censément représentative de la « deuxième religion de France»…

Car crise, il y a ! La Grande Mosquée de Paris a refusé de participer aux élections. Motif : les élections au CFCM sont fondées sur des critères de nombre de mètres carrés de lieux de culte. Ce qui naturellement limite le poids de la GMP, historiquement, culturellement et politiquement importante du fait de ses liens avec l’Algérie (et donc avec la principale communauté islamique présente en France), mais disposant de peu de lieux de culte. Toujours est-il que ce boycott fait désordre – surtout si l’on se souvient que Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée était l’ancien président du CFCM !

L’UOIF (proche des Frères musulmans), de son côté, a failli boycotter également les élections, mais y a finalement participé.
Le résultat des élections donne donc 43,2 % des suffrages au Rassemblement des Musulmans de France (proche du Maroc), 30,2 % à l’UOIF et 12,7 % aux musulmans d’origine turque.

Il est clair que ces élections reposent de façon urgente la question de la représentativité du CFCM – et, par conséquent, celle du bien-fondé de son existence.

Tout dans cette histoire repose sur l’équivoque. Pour éviter d’attenter à la loi de 1905, le CFCM n’a pas de prérogative cultuelle à proprement parler. Mais ce sont les imams qui ont dicté le mode de scrutin.

Il est difficile de comprendre ce que représente exactement l’appartenance religieuse pour un musulman en France (un lien avec le pays d’origine, une spiritualité, un engagement politique…). Ce qui implique que la notion de « deuxième religion de France » est délibérément trompeuse : entre 5 et 8 millions de personnes résidant en France se disent musulmanes, mais on estime que moins de 500 000 personnes pratiquent fidèlement les 5 piliers de l’islam…

Or, le CFCM a été construit pour représenter non plus les 5 millions, mais les 500 000. C’est-à-dire que cet organisme à vocation non cultuelle ne se préoccupe que des musulmans fidèles au culte. Cette situation ubuesque ne saurait durer longtemps !

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