Rouxel Jean - mercredi 22 mars 2006
Notre page spéciale CPE
Depuis les élections européennes de 1998 au moins, la droite française compte sur l’extrême gauche pour battre la gauche. Ce calcul lui ayant réussi en 2002, elle escomptait probablement le rééditer pour 2007.
Et il faut avouer que le calcul paraît arithmétiquement imparable : 10 % d’électeurs pour les divers candidats de la nébuleuse ouvertement marxiste, c’est naturellement 10 % d’électeurs en moins pour la gauche dite « parlementaire ». Et c’est même, dans une proportion difficile à déterminer, quelques points de moins pour le FN. En d’autres termes, cela consiste à se retirer une écharde du pied et à l’enfoncer dans le pied de l’adversaire.
Mais ce calcul n’oublie qu’une chose : la politique, c’est aussi de l’idéologie. Et le débat sur le CPE nous montre à l’envi que la politique arithmétique, même quand elle n’est pas la politique des sondeurs, n’arrive à rien. Car enfin que se passe-t-il en ce moment sur le CPE, sinon une alliance gauche-extrême gauche ? Et le piège se referme d’autant mieux sur la droite que cette alliance ne se fait que sur les thèses de l’extrême gauche. Le PS est manifestement à la remorque de la rue en matière de contestation du CPE…
Plutôt que de chercher à rééditer le « coup » du FN aux dépens du PS, la droite « parlementaire » eût mieux fait de revendiquer son droit de choisir ses alliances en fonction de ses intérêts, et non en fonction des diktats idéologiques de la gauche. Ce qui est problématique, en effet, n’est pas que la gauche ait la capacité de s’unir sur un combat donné, électoral ou non. Ce n’est même pas que la gauche joue les vierges effarouchées en évoquant le spectre de la « lepénisation » de la droite « parlementaire ». Mais bien que la droite accepte les hurlements « moraux » de la gauche. En réalité, depuis 1984, et l’échec de l’expérience socialiste, les dirigeants des deux camps sont persuadés qu’ils ne peuvent gagner que par défaut : non pas par adhésion des Français à leurs idées, mais en surfant sur la vague de rejet de leurs adversaires. Voilà pourquoi l’alternance est désespérément mécanique à chaque élection. D’ailleurs, les Français seraient bien en peine d’exprimer un vote d’adhésion, tant les programmes du PS et de l’UMP sont proches. Si de cette contestation du CPE pouvait sortir du bon, ce serait sans nul doute l’abandon de cette « politique » de l’alternance et le retour des idées en politique. Mais la droite ne semble guère en prendre le chemin…
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