Lance Pierre - dimanche 20 février 2005
Certains lecteurs m’interrogent parfois sur ce que je crois, au sens fort du terme, concernant les grandes questions de l’univers et de la vie. Je me suis souvent désigné moi-même comme un « mécréant », avec une pointe de défi. Ce terme prête toutefois à ambiguïté. Pris au pied de la lettre, il signifie « incroyant » mais doit être pris dans son sens restreint communément admis : « qui ne croit pas en Dieu », ce qui ne signifie évidemment pas que l’on ne croit en rien. Or, il est vrai, je ne crois pas en Dieu, tel qu’il est défini par le dictionnaire : « Créateur et conservateur de l’Univers », et tel que nous le présentent les religions monothéistes. En revanche, je crois en beaucoup de choses qui me paraissent infiniment plus merveilleuses et enthousiasmantes. Toutefois, quand je dis que « je crois » en ces idées, j’entends par là que ce sont des hypothèses qui me séduisent et me semblent logiques et plausibles, sans plus. Je crois que l’Univers est éternel et infini, n’ayant aucune limite dans l’espace ou dans le temps, pour la raison très simple qu’il est impossible d’imaginer ce qui pourrait le précéder, le suivre ou l’entourer sans faire partie de lui-même. Je crois que n’ayant jamais commencé et ne devant jamais finir, il ne saurait avoir de créateur, pas plus que de conservateur et ne peut pas dépendre d’une autorité centrale, car ce qui n’a pas de limites ne peut avoir de centre. Je m’en tiens donc résolument au génial théorème de Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme », qui me semble suffisant à expliquer l’infinité incommensurable des formes et des mouvements, des êtres et des objets qui peuplent le Cosmos depuis toujours et à jamais, dans un éternel bouillonnement de matière et d’énergie, de lumière et d’esprit.
Spiritualiste et athée
Je me définis comme un « spiritualiste athée », car si j’affirme l’impossibilité d’un quelconque « maître de l’univers », je crois que toutes les transformations, évolutions et mutations qui constituent la trame de l’Histoire cosmique naissent de manifestations spirituelles autonomes, ce que nous appelons les « âmes », sans trop savoir les définir. J’imagine ces « âmes » sous la forme de photons, ces grains de lumière issus des étoiles et qui parcourent l’espace en tous sens jusqu’à ce qu’elles rencontrent de la matière planétaire adéquate dans laquelle elles s’incarnent en faisant apparaître la VIE. Je crois que ces âmes engendrent tout ce qui palpite au cœur du vivant : sensations, émotions, affections, sentiments, volontés, projets, ambitions… Je crois que ces âmes sont fondamentalement LIBRES, donc sans dieu ni maître, seulement contraintes par les nécessités d’adaptation aux compositions physiques et chimiques des planètes qu’elles pénètrent et fécondent. Je crois que chacune de ces âmes immortelles n’est semblable à aucune autre et n’a d’autre but, là où elle s’incarne, que de porter la vie vers la plus grande perfection possible en termes de beauté, de santé, de puissance, d’intelligence et d’harmonie. Je crois que celles qui persévèrent et qui réussissent entrent dans le grand courant ascensionnel qui les conduira, d’incarnation en incarnation, de bonheur en bonheur, sur cette planète ou sur une autre, vers des sublimités dont nous n’avons aucune idée. Je crois que celles qui échouent, faiblissent et s’abandonnent sombrent dans le grand courant de la déchéance qui les conduira, de faute en faute, de malheur en malheur, vers les obscurs abysses de la matière brute où un jour, peut-être, quelque grain de lumière explorateur viendra leur communiquer une étincelle neuve et une chance nouvelle. Je crois que ce qu’on appelle l’amour est cette force attractive qui unit les âmes d’une même qualité pour exalter leurs vertus respectives et les porter au plus haut degré de créativité leur permettant de fonder une famille, une tribu, un peuple, une nation, une civilisation. Je crois que l’amour authentique est spontané, exigeant, sélectif car il ne vise qu’à fortifier la vitalité de ceux qui l’éprouvent. Aussi je crois que le verbe aimer ne peut se conjuguer à l’impératif et que quiconque se permet de le faire met son âme en danger.
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