Bonnal Nicolas - lundi 16 janvier 2012
dette
Il fut un temps où la France avait un patrimoine : c’était du temps où l’on bâtissait la cathédrale de Chartres et pas les rocades ouest ; du temps où l’on bâtissait Versailles et pas les foyers de clandestins ; du temps où l’on écrivait la comédie humaine où les philosophes ne s’appelaient pas BHL ; du temps où nos peintres s’appelaient Champaigne ou Jean Clouet et pas Pingouin souillant l’image du Christ ; du temps où l’on civilisait des contrées éloignées et où l’on ne ramenait pas les islamistes au pouvoir en Tunisie ou ailleurs ; c’était aussi le temps où des fils d’immigrés comme Piaf ou Montand enchantaient le monde avec de la chanson française et ne polluaient pas avec du rap de banlieue. Cet ensemble d’apports civilisés et linguistiques de la France au monde, culturels et traditionnels, cela s’appelait la culture française, le patrimoine français.
Avec les triples buses technocratiques, juridiques, économiques, qui nous gouvernent depuis 40 ans (mai 74 pour être précis), la définition du patrimoine a baissé. Le patrimoine français, l’exception française qui avait éclairé le monde depuis Jeanne d’Arc ou les châteaux de la Loire, depuis Racine ou l’art de Rameau, a permuté : c’est la défense du triple A. Le triple A c’est tout ce qui reste au pays de Noah et Doc Gynéco.
Le triple A c’est bien. Le triple A c’est un sucre. Cela permet d’emprunter, de payer les emprunts précédents, de rembourser les intérêts, de ménager des guerres un peu partout et en Iran, de faire un peu d’humanitaire, et d’acheter les électeurs les plus cons à quinze jours des élections. D’une certaine manière le triple A existe dans la littérature de nos génies : c’est ce qu’on appelait le renom, le prestige, l’honneur. Aujourd’hui c’est la volonté d’emprunter du pognon à des pays émergents pour financer notre dette et notre je-m’en-foutisme sidéral. Et puis c’est tout.
Les gens qui nous gouvernent sont des gens qui se prennent au sérieux, des gens qui souhaitent gagner de l’argent, vivre la belle vie, des gens qui admirent le fric. Ils n’ont réussi, ces néocons, ces esprits sérieux, ces néolibéraux de tout poil, qu’à nous faire perdre notre triple A en doublant notre déficit comme par enchantement lors de la soi-disant crise de 2008. Depuis 2007, la France s’est alignée à grands pas sur les puissances qui périclitent, les puissances anglo-saxonnes. La droite anglaise, la droite américaine, et c’est Ron Paul qui le souligne, a aussi été nulle. C’est la post-droite, la droite de la Fin de l’Histoire ; qui veut redresser le pays, mais ne réussit qu’à doubler son endettement ; qui veut remettre le peuple au travail mais brade toute son industrie ; qui veut des guerres partout, mais ne réussit qu’à enflammer ses banlieues ; qui veut chasser le musulman, mais lui donne le pouvoir économique ; qui veut revenir à la morale, mais défend tous les fraudeurs et toutes les canailles du printemps arabe. Et c’est cette droite là qui joue au responsable, qui nous fait le coup du je travaille la nuit pendant que vous roupillez le jour.
Le gouvernement actuel n’aime pas l’histoire. Il veut en supprimer l’enseignement. Et pour cause.
Prenons un exemple : la France de Napoléon III, auquel on a comparé imprudemment l’actuel président, est la France de Baudelaire, de Berlioz et de Garnier, de Mallarmé et de Flaubert. Mais c’est la France d’autre chose. En 1870, après nous avoir aplatis sur le champ de bataille à l’issue d’une guerre mal préparée et surtout sottement déclarée, Bismarck nous demande une rançon de cinq milliards de francs-or. Le chancelier de fer, qui était d’un autre métal que la dame du même nom, pensait bien nous attraper. Mais le peuple était économe et bourgeois, pas bobo ou assisté.
Et nous avons payé rubis sur l’ongle. La petite France patriote des paysans et des marchés de villages, dont on se moque tant dans les salons de Saint-Germain, la France moisie de nos ancêtres, même la France des bourgeois et des bohèmes, a surpayé et renchéri, et ramené quatorze fois l’emprunt. Nous payâmes 70 milliards de francs-or, et cela fait beaucoup en euros (*), en zgloubs, comme disait déjà Philippe Muray, qui savait à quoi s’attendre avec la monnaie des singes de Goldman taxes et des triples buses en quête du triple A.
L’époque où l’on avait des poètes (Rimbaud, Verlaine… Ver qui ?) était aussi l’époque où l’on avait des économies : il faudra l’expliquer à Sarkozy !
Le gouvernement actuel se flatte bien sûr par Pécresse ministresse de mépriser la culture et de la virer de l’école et de partout. Le gouvernement actuel veut des businessmen, et l’on sait que les businessmen ne sont pas des industriels et qu’ils détruisent l’économie de leur pays parce que, comme les vautours, ils n’ont pas les serres des aigles et ne peuvent que dévorer de la charogne.
Le gouvernement actuel déshonore la France. Il la prostitue publiquement, il la vidange diplomatiquement, il la bousille socialement ; il l’humilie culturellement, et il la vend en « prêtant » notre patrimoine versaillais aux pignoufs des États pétroliers qu’il veut enrichir avec sa guerre contre l’Iran. Mais surtout le gouvernement actuel n’est pas sérieux. Après nous avoir avertis de l’imminence de la catastrophe, suivant en cela les enseignements du capitalisme de catastrophe, il nous déclare tout de go que la perte du triple A n’est pas si grave !
Et je suis d’accord : la perte du triple A ne sera pas si grave, surtout si l’on change de gouvernement et qu’on se rappelle un peu de la France d’avant la fin de l’histoire. Tout se passe comme si les Américains et les Européens avaient cru que l’histoire se terminait au moment ou monsieur Fukuyama le déclarait... Mais non, messieurs, l’histoire n’est pas un mauvais rêve, l’histoire ne s’est pas terminée en 1989, et il va falloir vous remplacer pour vous l’expliquer ! Car les triples buses qui nous gouvernent ne se rendent pas compte que ce n’est pas un double A qu’ils méritent, mais un bon triple zéro et un bon coup de pied pétardant dans les fondements. Laissons les poètes au pouvoir eu lieu des avocats, et les gens économes au lieu des économistes.
(*) environ 510 milliards d’après mes calculs.
20 commentaires - Ecrire un commentaire
|