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Le Parti peut mourir, le communisme a de beaux restes


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Menou Pierre - lundi 21 juin 2010

communisme
« Que reste-t-il du Parti communiste ? » A l’heure où Marie-Georges Buffet quitte la tête du Parti, le Parisien pose la question dans son numéro du 19 juin.

 

Le récit que Rosalie Lucas présente du 35e congrès est émouvant comme un épisode de La Petite maison dans la toundra, version politique :

« Il sont tous montés sur scène… Sauf Arlette Laguiller et Olivier Besancenot. Hier, au 35e congrès du Parti communiste à La Défense, toute la gauche s’est réunie pour le dernier discours de Marie-Georges Buffet en tant que patronne du PC. A l’issue de son intervention, Jean-Luc Mélenchon est le premier à rejoindre celle qui a été à la tête du PC pendant neuf ans. Le leader du Parti de gauche, dont les ambitions présidentielles agacent beaucoup au parti, a droit à une bise rapide. Car Buffet n’attend qu’une chose : « Faites venir Martine ». Aubry et elle s’embrassent chaleureusement. Collègues dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002, elles ont depuis gardé des liens amicaux ; Quelques secondes après, Cécile Duflot, la jeune secrétaire nationale des Verts, est également à leurs côtés. »

C’est le bécot final, groupons-nous et demain, la gauche française, dernière représentante du marxisme en Europe (avec peut-être les camarades espagnols, toujours nostalgiques de l’avant-36), connaîtra la destinée tragique du dernier des dinosaures, isolée et incapable de s’adapter sur une planète en bouleversement. (Martine Aubry vient d’en administrer une nouvelle preuve en annonçant qu’elle ramènera l’age de départ à la retraite à 60 ans si elle accède un jour à la présidence de la République…)

Le successeur de Marie-Georges Buffet, Pierre Laurent, ancien rédacteur en chef de L’Humanité, incarne, à en croire Les Echos du 18 juin, « la continuité » : « Le fils de Paul Laurent, un ancien dirigeant communiste de premier plan, prendra les rênes du PCF à un moment crucial. Près de 200 responsables, essentiellement des "refondateurs" (…) viennent d'officialiser leur départ du parti, l'estimant définitivement incapable de se réformer. » Simple question : dans quelle mesure le reproche ne vaut-il pas pour la gauche tout entière ?

Témoins de cette archaïsme, les militants vieillissent : « Un tiers d’entre eux a plus de 65 ans, remarque Rosalie Lucas dans le Parisien. Cette proportion n’a cessé de croître puisqu’en 1979 les retraités représentaient 15 % des adhérents et 25 % en 1997. » Pour le Parti, le grand soir, aujourd’hui, tire plutôt sur le crépuscule.

Un canevas marxiste

Mais si l’appareil est sur le déclin et si l’idéologie s’essouffle, le communisme reste profondément implanté dans les mentalités et dans les structures, non seulement de la gauche, mais de la société française elle-même. Nous continuons de vivre sur son héritage – ou plutôt, sur son passif.

Deux exemples suffisent à le montrer : le statut de la fonction publique et l’Education nationale. Deux colonnes du temple républicain, deux piliers du système.

Le premier a été conçu par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, déserteur en 1939, appelé au gouvernement comme ministre de la Fonction publique en octobre 1945 par le général De Gaulle.

La doctrine et l’organisation de la seconde sont fondés sur les principes du plan élaboré par une Commission formée en 1944 par le gouvernement du même général De Gaulle, et dont la présidence fut successivement confiée à deux communistes, Paul Langevin et Henri Wallon. Et l’influence qu’exerça par la suite Pierre Bourdieu au sein de l’Education nationale s’inscrivit elle aussi dans une vision marxiste. Sans se réclamer explicitement du marxisme, le « pédagogisme » de Meyrieu se situe dans la même veine, porté par la même idéologie égalitariste.

L’administration du pays et la formation des jeunes répondent donc, depuis 1945, à des canevas marxiste. Le parti communiste lui-même a beau être entré en phase terminale, l’essentiel est sauf. Maurice Thorez, appliquant en son temps une stratégie définie en accord avec Staline, avait jadis affirmé qu’il existait, pour parvenir à une société communiste, « d’autres chemin que celui suivi par les communistes russes ». Mission accomplie : la France apparaît aujourd’hui comme l’ultime pays communiste en Europe.


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