Rouxel Jean - samedi 03 janvier 2004
La seule loi à peu près vérifiée de la science politique établit un lien entre le vote des électeurs et l’opinion qu’ils se font de leurs perspectives de prospérité économique à court terme. Cette loi est universelle. Elle s’appliquera donc, en France, en 2004, à l’occasion des prochaines élections générales, d’abord régionales puis européennes. Mais les règles de fonctionnement de notre système politique sont si particulières, si « tordues », par rapport aux règles simples que pratiquent les démocraties anglo-saxonnes, que les conséquences qu’il faut en attendre ne sont pas celles que beaucoup croient…
La situation économique de la France, globalement, sera sans doute meilleure en 2004 qu’en 2003. On peut s’attendre à ce que le chômage se stabilise aux alentours de 10 % de la population active (selon les statistiques officielles) puis, vers la fin de l’année prochaine, commence peut-être à baisser. Mais aucun économiste ne s’attend à une reprise aussi vive que celle qui est déjà bien engagée Outre-Atlantique. Parce que l’euro est trop haut, parce que les charges sont trop élevées et parce que les déficits publics sont abyssaux… Mais les Français, équitablement, rendent sans doute les cinq années de gouvernement Jospin autant responsables de la situation présente que l’actuel Premier ministre. Il y a donc peu de chances pour qu’au printemps prochain, la défaveur des électeurs à l’égard de l’UMP bénéficie principalement au PS.
Les plus modérés des électeurs déçus par la majorité parlementaire actuelle voteront peut-être pour les listes UDF patronnées par François Bayrou. Les autres chercheront, pour exprimer leur déception, un bulletin de vote plus radical.
Tous les observateurs lucides s’attendent à ce que le Front national soit le grand gagnant de ces prochaines élections, d’autant qu’elles sont réputées sans risque politique majeur, l’enjeu n’étant pas au niveau national.
La diabolisation à outrance de Jean-Marie le Pen a montré ses limites en avril 2002. Pour tenter néanmoins de réduire le score du FN, une autre stratégie, qui n’est pas nouvelle, se met en place dans tous les médias conformistes : elle consiste à faire la part belle aux formations susceptibles de bénéficier elles aussi d’un vote de rejet de l’establishment droite-gauche. Quand on voit un journal comme « Le Figaro » consacrer des pages entières à Philippe de Villiers ou à Jean Saint-Josse, comme il le
faisait, il y a quelques semaines, pour les altermondialistes, on comprend, entre les lignes, qu’une nouvelle campagne anti-Le Pen a bel et bien commencé…
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