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Le boulevard de Marine Le Pen


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Bonnal Nicolas - mercredi 26 janvier 2011

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Il faut savoir mourir pour renaître, disait Mitterrand en parlant du peuple juif. On peut appliquer sans hésiter cette belle formule au Front national qui, vingt-cinq ans après son émergence politique et cinq ans après sa quasi-agonie, a magnifiquement re­monté la pente, sans militants et sans coup férir. On peut présager une belle réussite à la fille de Jean-Marie Le Pen, dans un pays plus que jamais disposé à accorder aux héritières et aux héritiers la place qui leur revient de droit.

Marine le Pen dispose en effet de trois atouts de choix :

Premier atout : la nullité du pouvoir en place. Non contente d’avoir désindustrialisé le pays, d’en avoir remplacé la population, non contente de se couvrir de ridicule ministère après ministère, l’UMP se targue de déclarer la guerre fiscale et sociale à son propre électorat de bobos, de classes moyennes, de professions libérales, ou, pour parler plus crûment, de bourgeois, via les propositions obscènes de Copé ou Méhaignerie.
Ajoutons que l’UMP a ruiné le pays et fait exploser de 1 000 % ses déficits budgétaires dans l’inconscience générale : le déficit était de cent milliards de francs en 1991 avant le départ du socialiste Michel Rocard, il est de 1 000 milliards de francs aujourd’hui, pardon, de 148 milliards d’euros…
La stratégie suicidaire se mar­que aussi sur le terrain si sensible des droits de l’homme ou de la diplomatie : ineptie comique en Afrique noire, arguties fascisantes dans le cas de la Tunisie (« Il faut tirer sur les Arabes pour qu’ils ne deviennent pas des islamistes »), menaces sur la nationalité des contrevenants d’origine étrangère qui semblent venir des propositions d’un discours, alors honni, de Bruno Mégret dans les années 90. Le président actuel, comme l’a dit Valéry Giscard d’Estaing, n’a ni le niveau ni les manières. Son entourage non plus, un peu comme en Amérique d’ailleurs.

Le deuxième atout est, bien sûr, la désintégration politique et intellectuelle du Parti socialiste et de la gauche en général. Les chamailleries des pasionarias et des polichinelles du PS n’ont rien à envier au théâtre des marionnettes, la gauche n’est plus qu’un mythe vague dans l’inconscient collectif et le PS une machine à drainer des postes. Seul Mitterrand, aventurier venu de la collaboration et de la gauche gaillardement colonialiste, avait su faire quelque chose de ces professeurs malhabiles. Et je ne vois pas DSK, sybarite libéral-libertaire venu du FMI, venir jouer à l’arbitre apatride et faire la morale monétariste en 2012 aux Français. Ici encore, on nous blouse : ce n’est pas News­week qui fera voter le chômeur des banlieues ou le notable breton pour un tel candidat.

Le troisième atout, non moins négligeable, est celui-ci : Marine Le Pen incarne un populisme postmoderne dégagé des gangues de l’extrême-droite traditionnelle. Celle-ci, pour l’essentiel, était composée de « cocus des guerres coloniales, de catholiques intégristes et de journalistes ratés », comme le notait non sans justesse Marc-André Taguieff. Marine Le Pen a rompu les amarres avec ces bateaux ivres, dont le discours monomaniaque n’avait pas changé depuis, mettons pour faire gentil, Drumont, Maurras ou Déroulède. Elle est aussi étrangère aux insupportables et scandaleux débats d’opérette sur l’existence des chambres à gaz ou les secrets du procès de Nuremberg et des maîtres-chanteurs de camembert.

Bref, elle a intégré cette évolution de la France « cool », décoincée, post-autoritaire dont j’avais parlé ici même il y a quatre ans. Et elle a liquidé les actifs pourris de sa famille politique d’origine, sans toucher à l’essentiel : la diabolisation utile et le potentiel révolutionnaire. Car n’est-elle pas une « extrémiste cryptée, encore pire que son père » ?

Tout cela fournit à l’héroïne du jour, sur fond d’islamophobie ambiante et planétaire, les moyens, non pas de figurer au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle, mais bien de la gagner. Et elle fournira à la féminité des lettres de créances autrement plus crédibles que les peu regrettées Roudy, Cresson ou l’impayable Ségolène.

Seulement, au bout de son boulevard, il y aura l’impasse française. Car que faire sinon, une fois au pouvoir, une révolution ?

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En bref
Journal télé
 > Actuel­lement, l’audience moyenne du journal télévisé de M6 à 19 h 45 est de l’ordre de 2,8 millions de téléspectateurs chaque jour (avec des pointes à 3 millions), soit 12 % de part d’audience. En novembre dernier, ils n’étaient que 2,5 millions (11 % de part d’audience)…

Medias
Audience > En novembre 2010, les chaînes historiques ont réalisé 68,1 % de part d’audience (24,3 % pour TF1, 15,9 % pour France 2, 10,5 % pour M6, 10,3 % pour France 3, 3,5 % pour Canal+), devant la TNT (20,9 %) et les autres chaînes (11 %)…

Bakchich > Bakchich, qui vient de déposer le bilan, et qui comprenait un site internet d’investigation et un hebdomadaire satirique, dépensait en moyenne 120 000 euros chaque mois, pour moins de 40 000 euros de recettes !

Lagardère > Alors qu’en 2006, les activités presse et audiovisuel rapportaient 2,6 milliards d’euros au groupe Lagardère, le montant de ces revenus a chuté à 1,2 milliard en 2009 !

Apple > La fameuse société d’informatique compte ac­tuellement 46 600 salariés dans le monde, pour une capitalisation boursière de 321 milliards de dollars !

Publicité > Les investissements publicitaires bruts ont considérablement augmenté en 2010 : 11 % de croissance, pour atteindre 16,4 milliards d’euros. La télévision est le média qui a le plus fortement profité de cette croissance : 15 % de croissance pour atteindre 8,1 milliards. Derrière elle, viennent la presse (8 % de croissance et 4,9 milliards d’investissements bruts) et la radio (5 % de croissance et 3,4 milliards d’investissements bruts).




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