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Delmau Jean-Pierre - mercredi 17 août 2011

euro
Le Trio de Bruxelles a choisi de sacrifier la Grèce pour « sauver » l’Euro. Sinon c’était l’inverse…
Elle ne peut déjà supporter ni ses dettes, ni les réformes en cours. On peut douter qu’elle se sauvera si ses contraintes augmentent sans qu’une dévaluation lui permette de retrouver la croissance.

D’ailleurs, personne ne met sa main au feu que ces exigences seront remplies.
Il ne s’agit pas de faire aux Grecs un procès d’intention, simplement de rappeler qu’à l’impossible nul n’est tenu, et qu’une brutale et drastique restriction du niveau de vie provoque toujours des mouvements sociaux qui finissent par s’opposer à tout, même aux solutions raisonnables.
Enfin, en prêtant sur 30 ans, les créanciers perdront plus de 50 % de leur capital. On va donc aussi ruiner les prêteurs.

D’autre part, quatre observations :

1) On inverse les priorités : le but doit être d’améliorer les conditions de vie, la monnaie n’est qu’un moyen. La décision de l’UE signifie que l’euro est devenu le but. On sauve l’euro pour sauver l’euro.

2) Le système est géré par un groupe de technocrates, et d’hommes politiques qui seraient bien en peine d’obtenir l’aval de leurs électeurs. On ne fait pas la fine bouche pour accepter les candidats, la Grèce par exemple, et tant pis pour eux si ça ne marche pas.

3) Dès 1992, les risques graves d’effondrement ont été prédits (Maurice Allais, Milton Fried­mann, Jean-Jacques Rosa, Philippe Séguin…). On a étouffé les critiques et dissimulé la vérité pour obtenir le vote. Ensuite, on a augmenté les exigences (Pacte de Stabilité), puis créé un Fonds de Soutien pour jouer les pompiers en Grèce, en Irlande et au Portugal, puis avalé la couleuvre de la faillite grecque…

On veut maintenant augmenter la capacité du Fonds de Soutien, instaurer un ministre des Fi­nances européen et un contrôle des budgets nationaux par la Commission (dont tout le monde a eu le loisir d’apprécier récemment la compétence), sans parler d’une agence de notation européenne (« indépendante » bien sûr) !

C’est la méthode du « cliquet » : on ne se trompe jamais, on ne revient pas sur ses décisions, excellentes par nature. Si le résultat n’est pas bon, c’est que la dose est insuffisante…

4) Comme d’habitude, on accuse la spéculation. Pas besoin de sortir de l’ENA (peut-être même est-ce contre-indiqué !) pour voir que tous ces préparatifs sont un signal aux marchés : « Notre monnaie est ingérable, la digue menace de céder ; on va la consolider encore et, si nécessaire, grâce à notre agence de notation, nous nierons l’inondation comme nous avons nié la faillite » …
La spéculation sait où elle va, merci pour elle !

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