Thieulloy (de) Guillaume - mercredi 06 octobre 2010
immigration, religion
Les dernières semaines, il a été beaucoup question des prises de position de certains clercs sur le dossier de l’immigration (et notamment autour de la question des Roms).
En la matière, nous avons eu droit à une belle hypocrisie de la gauche bien-pensante, félicitant à grands cris l’Église de ses paroles… alors même que la plupart des hommes politiques de gauche hurlent à l’attentat à la laïcité pour un oui et pour un non !
Et nous avons eu droit aussi à une belle démonstration d’inculture religieuse de la part des « gros médias ». Un obscur prêtre de Lille, ayant publiquement souhaité la mort de Nicolas Sarkozy, est présenté comme « voix de l’Église ». Peu importe, d’ailleurs, que le prêtre en question ait publiquement déclaré regretter ses propos.
Et une phrase très générale de Benoît XVI, commentant l’évangile du jour, est supposée imposer aux catholiques français la rébellion contre les lois limitant (si peu) l’immigration !
Il se trouve que je suis à la fois catholique et fort réservé sur l’immigration.
Le Pape, les évêques et les prêtres sont parfaitement dans leur rôle en rappelant la morale catholique. Et les propos d’un Bruno Le Maire estimant que la moindre parole de Benoît XVI susceptible d’être interprétée comme relative à la politique française serait une violation intolérable de la loi de 1905 me semblent singulièrement « décalés »…
Il faut cependant rappeler qu’à côté des impératifs d’accueil et d’amour du prochain, il existe aussi des impératifs relatifs au bien commun.
Pour calmer le jeu entre l’Église et l’État, une commission de la conférence épiscopale française, dite « pour la mission universelle de l’Église » a déclaré : « L'État a le devoir d'établir des règles. Dans le domaine de l'immigration, le gouvernement est amené à procéder à la régulation des flux migratoires, prenant en compte le bien commun. »
« Curieusement », cette déclaration n’a pas été beaucoup relayée dans les médias. Certes, cette commission n’a pas d’autorité doctrinale, mais enfin, elle a tout de même plus de poids que les élucubrations d’un simple prêtre ! Cependant, ce communiqué est lui-même troublant, car la quasi totalité des points abordés dans ce communiqué sont absents du projet de loi qu’il est censé commenter.
Il est question du droit d’asile, qui n’est pas, que je sache, évoqué dans le projet de loi. Il y est question du rôle du juge des libertés. Ce rôle est effectivement mentionné, mais simplement pour inverser l’ordre de parution avec le juge administratif : actuellement, le juge des libertés annule la plupart des procédures de rétention administrative décidées par son collègue. On travaillera désormais dans l’autre sens, ce qui ne semble pas vraiment attentatoire aux droits de l’homme.
Le communiqué épiscopal proteste aussi contre l’appauvrissement des pays d’origine que représente l’immigration. Mais, enfin, ce n’est pas nous qui forçons les immigrés à venir chez nous. Certes, nous ferions mieux d’employer l’argent consacré en pure perte à « l’aide au développement » et au traitement de l’immigration à aider les migrants à rester chez eux. Mais nous ne sommes tout de même pas responsables de leur émigration !
Le communiqué demande de distinguer les passeurs de ceux qui apportent une aide humanitaire aux immigrés. Personne n’a jamais mélangé les deux catégories (et le droit pénal ne sanctionne, que je sache, que les premiers) et on voit mal à qui s’adresse cet avertissement.
Le dernier point est le seul qui mérite véritablement un débat. Il s’agit du regroupement familial. La famille étant la cellule de base de la société, peut-on empêcher le regroupement familial ? Pour répondre, plusieurs éléments doivent être pris en compte. D’abord, le regroupement familial serait bien meilleur pour tout le monde dans le pays d’origine qu’en France. Ensuite, le regroupement familial est aujourd’hui à l’origine de quelque 140 000 entrées dans notre pays chaque année.
Enfin, s’il faut maintenir le regroupement familial, on doit, pour éviter que l’immigration ne devienne une immigration de peuplement, au minimum l’assortir de deux clauses l’abrogation du droit du sol, et la réservation du paiement de la retraite aux immigrés qui seraient rentrés chez eux. En tout cas, je ne vois pas ce qui interdirait de débattre du regroupement familial…
On peut parfaitement être catholique et opposé à une immigration incontrôlée. Et je n’ai aucun regret d’avoir contribué à lancer la pétition réclamant un référendum sur l’immigration. Il est temps que les Français soient consultés sur leur avenir commun !
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