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Le déclin de l’Amérique est une illusion


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Milliere Guy - mercredi 11 juin 2008

economie
Pour le meilleur et pour le pire, les États-Unis ne sont pas un pays comme les autres. Ils sont nés d’idéaux issus des Lumières européennes, mais leur parcours a été, assez vite, différent de celui des puissances européennes. Ceux qui ont fondé les États-Unis ont fui les persécutions religieuses, les intolérances, les monarchies absolues, l’arbitraire, ou ils ont simplement voulu trouver des opportunités de vivre plus pleinement leur vie. Ils ont fondé une république qui repose sur les mêmes fondements depuis plus de deux cents années.

Il y a eu des incidents de parcours, l’esclavage dans le Sud en un temps où l’esclavage était pratiqué aussi par les puissances européennes dans les Antilles. Il y a eu, surtout, une montée en puissance quasiment irrépressible de cette forme particulière de xénophobie qu’on appelle l’« antiaméricanisme », et on a tout reproché aux Américains, et même le contraire de tout. Ils étaient, disaient les uns, une plèbe dégénérée. On évoqua ensuite, à juste titre, les États-Unis comme le pays du capitalisme et la terre la plus hostile aux idées socialistes et communistes.

On parla dans les années 1920 des horreurs du cosmopolitisme américain et de la société de consommation. La légende nationale entretenue par le gaullisme a ancré dans les têtes que la France s’était libérée toute seule ou presque du joug nazi et avait failli subir le sort effroyable de l’Allemagne (dont l’économie fait peine à voir) en se trouvant réorganisée par l’Amérique : imaginez, une France sans un PCF obtenant 20 % des voix pendant quatre décennies et, qui sait, sans CGT, quel désastre !

Ces dernières années, les thèmes dominants ont été celui de l’« impérialisme » américain, ou du « déclin » des États-Unis. La « puissance du futur », ce fut d’abord le Japon, ensuite l’Union européenne : c’est aujourd’hui la Chine. Au temps de Carter, les États-Unis n’allaient effectivement pas bien (est-ce pour cela que tant d’Européens gardent une tendresse pour Carter ?), puis ce fut Reagan, qui était censé être un « cow boy de série B » et qui osa dire en 1981 (fallait-il être idiot) que le système soviétique allait s’effondrer. Bush père fut terne et ne resta que quatre ans. Clinton profita de la paix et de la prospérité restaurées par Reagan, et il se conduisit d’une manière qui sembla plaire au pays où le Président Félix Faure qui, dit-on, se rêvait César, est mort Pompée.

George Walker Bush suscita assez vite une détestation frénétique et il est de bon ton de dire que sa présidence fut désastreuse. On a dit la même chose, par exemple, à la fin de la présidence Truman, mais qui a la moindre mémoire ? On note que la popularité de Bush est basse, ce qui est vrai, mais on oublie de dire que celle du Congrès démocrate est plus basse encore. Bien sûr, on redit que l’économie américaine va très mal, et on oublie de signaler que, depuis 2001, la croissance a fléchi parfois, mais sans jamais s’interrompre, et qu’un chiffre de chômage de 5 % signifie quasiment le plein-emploi. On oublie de noter aussi qu’à la différence de ce qui se passe en Europe, la natalité se maintient. Il y a plus d’immigrants hispaniques ou asiatiques, et ceux à qui une peau basanée écorche les yeux y voient un signe d’apocalypse.

L’économie américaine devient post-industrielle, ce qui implique des changements de paradigme que certains ne parviennent pas à déchiffrer. Le pétrole est cher, ce qui entraîne des désagréments, mais pas un effondrement économique. La situation en Irak est bonne, ce qui explique pourquoi les médias n’en parlent pas. Le coût de la guerre en proportion du produit intérieur brut est infime.

Les Américains veulent tourner la page d’une période identifiée avec la tragédie du 11 septembre et parlent de changement. John McCain incarne une recomposition, qui commence à peine, du camp républicain. Barack Obama est un visage neuf sur les idées d’une très vieille gauche : c’est pour cela qu’il plaît dans les salons de la vieille Europe. C’est pour cela que je ne parierais pas un dollar sur lui. Tout comme je ne parierais pas un dollar sur le déclin des États-Unis d’Amérique. Comprendre n’est pas facile pour un Européen : ceux qui veulent essayer peuvent lire le livre de Peter Schuck et James Wilson, « Understanding America », qui vient de paraître. Les autres peuvent écouter ce qui se dit dans les salons…

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