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Le déclin de la France


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Milliere Guy - mercredi 22 mars 2006


Étrange pays. Depuis des années, des économistes, des chercheurs en sciences sociales, des démographes montrent page après page que nous allons vers le gouffre. Des éditorialistes parlent de déclin vertigineux, d’autres de chaos ou de guerre civile latente. Mais rien ne change. L’effondrement se poursuit. Inexorablement.

En novembre dernier, les banlieues brûlaient. Le feu s’est éteint. On n’en parle presque plus quand bien même les maux des banlieues restent exactement ce qu’ils étaient. Chacun s’accorde à dire que, tôt ou tard, il y aura une explosion plus violente. Il semble qu’on se contente d’attendre cette explosion future.

Voici quelques semaines, on découvrait qu’une bande de barbares sanguinaires avaient torturé et assassiné un jeune homme parce qu’il était juif et avaient accompagné leur crime de récitations du Coran. Mais déjà, on n’en parle plus là encore. Parce qu’il ne faut pas réveiller l’eau qui dort et qu’il ne faut donc ni évoquer l’extension des zones de non droit, la banalisation de la violence, la montée sournoise de l’islam radical et d’un antisémitisme qui paraît désormais toucher les populations de souche africaine ? Il semble, à regarder les faits, que l’eau ne dort pas, que la marée monte et qu’on attende l’ultime déluge pour réagir.
L’affaire d’Outreau a démontré de manière flagrante le naufrage de la justice, mais il paraît clair qu’on ne touchera à rien.

Les entreprises multinationales françaises font des bénéfices planétaires parce que le reste du monde marche bien, la France pendant ce temps se détraque, mais il semble risqué d’y toucher à quelque chose. On parle d’« acquis sociaux » dans un contexte où il y a 10 % de chômeurs, plus d’un million de Rmistes, des milliers de stagiaires qui n’auront pour débouché qu’un autre stage, des dizaines de milliers d’étudiants qui n’étudient rien d’utile à l’université mais qu’on parque là parce qu’ils coûtent moins cher qu’à l’Anpe. On a des dirigeants politiques qui pratiquent l’immobilisme et qui gèrent les décombres depuis des années tandis que ceux qui prétendraient incarner l’alternance se contentent de proposer pour la cent dixième fois les solutions qui ont déjà échoué. Certains parlent de rupture, je sais, mais ils se gardent de donner un contenu trop précis à ce qu’ils entendent par là : les contenus précis font peur en France.

Étrange pays où la dernière fois qu’on a essayé de réformer l’université pour qu’elle redevienne une université digne de ce nom, c’était il y a bientôt vingt ans, par une réforme minimale et mal ficelée qui s’est évanouie sous la pression de la rue. Depuis, on a tenté d’une manière tout aussi minimale et mal ficelée de réformer les systèmes sociaux. C’était il y a dix ans, et à nouveau la pression de la rue était venue jouer son rôle. Une réforme du baccalauréat a échoué plus vite encore voici un an. C’est maintenant une mesure très minimale et très mal ficelée d’introduction de davantage de flexibilité dans le domaine du travail qui se trouve face à la rue. Pour la seconde fois à quatre mois d’intervalle, le reste du monde voit en France des flammes dans les rues, des policiers face à des jeunes gens violents, des destructions que nul n’osera chiffrer.

Je sais : ce n’est pas une réforme effectuée à dose homéopathique qu’il faudrait, mais quand on voit ce qui se passe quand on tente une réforme à dose homéopathique… Je sais, c’est en début de mandat qu’il faut agir et pas en fin de parcours quand on n’a cessé d’échouer sur tous les plans, mais qui dit qu’une action en début de mandat passerait mieux…
Ceux qui sont descendus dans la rue ne savent pas vraiment pourquoi ils sont dans la rue. Une rumeur a monté sur fond de malaise. Les médias ont repris la rumeur. Des agitateurs l’ont attisée, des démagogues l’ont reprise à leur compte.
La France paie plusieurs décennies de myopie politique, d’abandon de l’enseignement et de nombre d’institutions à des idéologues décérébrés. Quiconque voudrait redresser le pays devrait affronter sans fléchir des mois entiers de grève générale et d’insurrection. Et devrait proposer une réforme d’ensemble, pas des mini-décisions feutrées. J’ai cessé de croire que le pays serait redressé. J’explique pourquoi dans mon prochain livre : « Pourquoi la France ne fait plus rêver ». Je ne demande qu’à être détrompé…


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En bref
PASSÉ
 «La France doit cesser de se déchirer sur son passé, pour relever les défis d’aujourd’hui !»
Lionnel Luca, député UMP des Alpes Maritimes

SIC

RIGUEUR «Villepin, Sarkozy et Bayrou sont enfermés dans le dogme de la rigueur. C’est une erreur. Ce qui compte, c’est de débrider la croissance, bien plus que les efforts pour réduire les déficits publics…»
Alain Madelin

ISLAM «Il y a une forme d’autocensure par rapport à la critique de l’Islam, à cause de la mauvaise conscience de la colonisation et de la discrimination sociale…»
Stéphane Rozès, Institut CSA

LIBÉRAL «En France, le beau mot de « libéral » est presque devenu une insulte !»
Ezra Suleiman, politologue

CENSURE «Je préfère l’excès de caricature à l’excès de censure.»
Nicolas Sarkozy

JOURNALISTE «Un journaliste, c’est quelqu’un qui a une grande curiosité d’esprit. Quelqu’un qui cherche la vérité. Quelqu’un qui écrit bien. C’est un métier magnifique. Moi, j’aime les gens libres, donc responsables.»
Gérard Lignac, patron
du groupe « Est républicain »

MODÈLE «Lorsque l’application du modèle républicain conduit à l’inefficacité, fabrique de l’exclu, je ne suis pas sûr que la fidélité aux grands principes ait un sens. À la limite, le modèle britannique apporte des solutions plus efficaces qu’un modèle français non appliqué !»
Philippe Séguin, président
de la Cour des comptes

FAMILLE «La droite parle de la famille, tandis que la gauche parle des familles dans leur diversité, recomposée, homoparentale, homosexuelle…»
Ségolène Royal




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