Trémeau Bernard - mardi 25 juillet 2006
Il y a une cinquantaine d’années, tant que les moyens de soigner mis à la disposition des médecins étaient pratiquement inefficaces, un dogme quasi sacré dictait leur comportement. Ils devaient utiliser tous les moyens mis à leur disposition pour soigner les malades. Puis de nouveaux traitements sont apparus, de plus en plus efficaces. La réanimation néo-natale a, par exemple, permis de maintenir en vie des enfants nés sans cerveau.
Les médecins se sont alors posé des questions. Ils ont pensé que les moyens mis à leur disposition ne devaient pas être utilisés dans tous les cas. La notion d’acharnement thérapeutique est sortie de ces réflexions. Les médecins ont abandonné leur dogme, et ils n’utilisent plus tous leurs traitements dans tous les cas. Et le malade meurt souvent, quand les traitements ne sont pas utilisés. On est donc passé, dans le début des années 1970, du traitement de tous les malades avec tous les moyens possibles au traitement de certains malades. Le législateur vient d’approuver, par un récent texte de loi, cette nouvelle position du corps médical français et des Français.
Depuis une cinquantaine d’années, pratiquement tous les hommes politiques français vivent avec, en-tête, le dogme égalitaire. L’Égalité, inscrite au fronton de toutes nos mairies, ne doit pas être qu’une banale égalité des chances, mais elle doit être une égalité réelle. Tout le monde doit avoir le même enseignement à l’école. Le tronc commun matérialise ce dogme. Il met dans une même classe ceux qui ont besoin de 5 minutes, ou ceux qui ont besoin de 5 heures, pour comprendre et apprendre. Les premiers s’ennuient et les seconds ne savent pas lire. Puis, l’âge adulte étant atteint, on prend l’argent aux riches pour le redonner aux pauvres, à ceux qui travaillent pour le redonner à ceux qui n’ont pas de travail. On oblige tout le monde à prendre la retraite au même âge. Au nom de l’égalité, on réduit chaque jour un peu plus la Liberté.
Une exception notable au dogme : le domaine du sport. Si le principe égalitaire avait été appliqué à l’équipe de France de football, notre Zidane national n’aurait jamais été sélectionné, puisque le principe égalitaire est opposé à toute sélection. De plus, malgré ce principe égalitaire chevillé au corps de tout Français bien pensant, personne ne trouve anormal qu’un joueur de foot gagne bien plus qu’un PDG. Fournir au pays le spectacle d’un beau but est plus important que fournir des richesses et des emplois. Tant que le dogme égalitaire s’épanouissait dans le cadre national, avec des droits de douane qui protégeaient au besoin nos entreprises, ce dogme ne perturbait finalement pas trop le fonctionnement de notre économie.
Les trente glorieuses, achevées vers 1970, en sont une intéressante illustration. Mais le Marché Commun et la Mondialisation, l’ouverture de nos frontières aux capitaux, aux produits et aux hommes sont arrivés. Cette brutale évolution de la vie économique française a remis totalement en cause le dogme égalitaire français. Comme l’apparition des nouvelles technologies médicales avaient totalement remis en cause le dogme préconisant d’utiliser tous les moyens thérapeutiques disponibles, dans tous les cas.
Les médecins sont arrivés à sortir de leur problème, et ils condamnent l’acharnement thérapeutique. Les hommes politiques ne semblent pas avoir compris ce qui se passe. Ils continuent à prescrire encore et toujours plus d’interventions de l’État : plus de SMIC, plus de RMI, plus d’allocations, plus d’impôts, plus de déficit, plus de pages au code du travail. Ils sont en plein acharnement thérapeutique. Les capitaux français s’investissent à l’étranger, Peugeot préfère construire ses usines en Slovaquie, nos chercheurs filent aux États-Unis où ils trouvent des emplois temporaires mais bien rémunérés. La France se vide économiquement, mais elle désire accueillir en même temps toute la misère du Monde.
Le dogme égalitariste n’est plus applicable. Pratiquement tous les pays développés l’ont abandonné. Cessons notre absurde acharnement, qui va transformer la France en un cadavre économique…
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