Lassieur Pierre - mardi 05 septembre 2006
Ces temps-ci, on a beaucoup parlé de la circulaire du ministre de l’Intérieur au sujet des immigrés clandestins, qui pourraient être régularisés s’ils sont bien intégrés et s’ils ont au moins un enfant scolarisé en France, durant la dernière année. Parmi les postulants, il y a de nombreux déboutés du droit d’asile qui auraient dû retourner dans leur pays.
Le droit d’asile est inscrit dans la Constitution : « Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République ». Ce texte est à la fois une ouverture et un barrage : le postulant doit prouver, d’une part, qu’il est persécuté, et d’autre part, qu’il s’est battu pour la liberté. Difficile, puisque la plupart des demandeurs viennent chez nous pour des raisons économiques. En outre, il faut qu’ils soient originaires d’un pays classé dans la liste de ceux où sévit un régime interdisant les libertés fondamentales.
Chaque année, des dizaines de milliers d’étrangers nous demandent l’asile politique, dont la grande majorité sont déboutés. Ils ne correspondent pas à la définition.
Le droit d’asile, comme le regroupement familial, consiste en une mesure strictement à l’avantage des étrangers, sans que la France et les Français y trouvent le moindre bénéfice, de quelque nature que ce soit. Il s’agit donc d’altruisme, dépourvu de toute contrepartie. Et porteur de risques. En effet, bon nombre d’individus persécutés sont des activistes turbulents qui, d’une façon ou d’une autre, peuvent accroître chez nous le désordre et l’insécurité, excessifs. Il faudrait rappeler à nos gouvernants, et particulièrement au Président de la République, qu’ils doivent être au service de la France et des Français, et non des étrangers.
Un exemple de ce que notre générosité peut se retourner contre nous : l’asile accordé en 1978 à l’agitateur iranien n° 1, l’ayatollah Khomeiny. Le shah Mohammad Reza Pahlavi avait succédé en 1941 à son père, lui-même fondateur de la dynastie en 1925. L’un et l’autre avaient sans doute été influencés par Atatürk (au pouvoir de 1919 à 1938). Ils voulaient, comme lui, moderniser leurs pays et, à cet effet, s’inspirer des méthodes de l’Occident et affaiblir l’Islam, tenu pour responsable de la stagnation en raison de sa doctrine rétrograde. Tous les trois ont entrepris le changement avec brutalité, mais Atatürk a réussi et les Pahlavi ont échoué.
L’année 1978 fut marquée par une opposition religieuse chiite de plus en plus résolue et une répression sanglante (4 000 morts en septembre). Le 6 octobre, arriva en France, l’ayatollah Khomeiny, en provenance d’Irak, où il vivait en réfugié depuis 1965, et d’où il venait d’être chassé. En effet, un accord avait été signé entre le shah et Saddam Hussein, selon lequel les réfugiés politiques iraniens en Irak ne bénéficieraient plus de la moindre indulgence. Installé à Neauphle-le-Château, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Versailles, l’ayatollah ne cessa d’y exercer une action politique, sous forme d’appels à la révolution dans son pays et d’entretiens avec d’autres agitateurs iraniens. Grâce au laxisme de Giscard d’Estaing, il violait ainsi la règle qui interdit à un étranger bénéficiaire du droit d’asile de se livrer à la moindre activité politique. Pourtant, nous entretenions de bonnes relations avec le shah, qui était l’ami des Occidentaux. Le droit et notre intérêt auraient donc voulu que Khomeiny fût coffré. Hélas ! Giscard se voulait moderne et pensait probablement qu’on est « dans le vent » quand on soutient une révolution, même si les révolutionnaires ont une conception médiévale de la société ! Ce n’est pas la seule erreur que ce président ait commise. Nous lui devons aussi le regroupement familial. Merci, Monsieur.
L’ayatollah quitta la France pour Téhéran en février 1979 aussi librement qu’il était arrivé. Quinze jours plus tôt, le shah avait discrètement pris le chemin de l’exil. Un gouvernement légal, très modéré, était en place, dirigé par le très francophile et anticlérical Chapour Bakhtiar. Le retour de Khomeiny, après quinze ans d’absence, s’effectue alors dans l’enthousiasme et la violence. De sa propre autorité, il nomme un Premier ministre à sa dévotion, au nom d’une République islamique qui n’existe pas encore. Émeutes, lynchages, exécutions après jugements sommaires se succèdent. Bakhtiar s’exile à Paris, où il sera assassiné.
Ainsi s’est établi, avec la collaboration inconsciente du gouvernement français, un régime dictatorial qui constitue aujourd’hui, à l’échelon mondial, le principal risque de guerre.
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