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Le droit de vie et le droit de mort


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Lance Pierre - dimanche 05 décembre 2004


Nous sommes en démocratie. C’est du moins ce que l’on nous répète chaque jour. Nous nous glorifions de surcroît d’être « le pays des droits de l’homme » et nous répandons cette légende aux quatre coins du monde, alors qu’on pourrait citer plusieurs nations qui nous surpassent à ce sujet, tout au moins en quelques domaines : les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Hollande, la Suisse, entre autres.
Rappelons que la démocratie repose sur deux piliers indispensables l’un et l’autre et qui se complètent : le suffrage universel
et la liberté individuelle. Le suffrage universel permet au peuple souverain d’élire ses représentants pour qu’ils légifèrent en son nom, et de décider lui-même, par référendum, sur les questions de première importance.
La liberté individuelle repose sur des principes intangibles qui furent énoncés dès les origines de la République, précisant notamment que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (Article 4 de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen). Si cette liberté individuelle n’était pas garantie, il n’y aurait plus de démocratie, car le suffrage universel seul pourrait alors devenir la dictature de la majorité. Or, la volonté de la majorité des électeurs, si elle peut légitimement décider de tout ce qui concerne la vie de la nation, ne saurait franchir la borne de la vie privée du citoyen ni attenter à ses droits fondamentaux.
Mais ces deux piliers sont en France plus qu’à demi en ruine. Il y a belle lurette que les « représentants du peuple » représentent tout, sauf notre peuple. Si l’on excepte quelques députés ou sénateurs indépendants et courageux qui doivent se compter, dans chaque assemblée, sur les doigts d’une seule main, tous les autres sont inféodés à des partis, à des idéologies, à des religions, à des intérêts catégoriels, à des groupes de pression, voire à de simples routines ou à des tabous archaïques.
Quant à la pratique du référendum, elle est dans notre pays quasi inexistante, alors qu’elle est très fréquente chez nos voisins européens comme dans chacun des États unis.
À l’heure où j’écris ces lignes, se déroule à l’Assemblée nationale une mascarade indigne et scélérate qui révèle au grand jour l’état de décrépitude avancée de la démocratie française. Un projet de loi proprement infâme est soumis aux députés par le gouvernement. Il s’agit de la loi dite « de fin de vie », qui prétend répondre à la question tragique des vieillards en état de souffrance indicible et incurable. Alors que depuis des décennies un débat permanent se déroule à ce sujet dans l’opinion publique ; alors que la demande de législation adaptée se fait de plus en plus pressante ; alors que l’allongement de la durée moyenne de l’existence accroît inexorablement le nombre de personnes en situation désespérée de torture physique et morale ; alors que les médecins sont de plus en plus confrontés à des cas de conscience dramatiques qu’ils ne peuvent résoudre que dans l’illégalité ; alors qu’à une majorité écrasante (86 % !), les citoyens français se sont déclarés dans les sondages d’opinion favorables à la légalisation de l’euthanasie volontaire, le Ministre de la Maladie, toute honte bue, a le front de présenter à nos députés un projet de loi vide de sens qui prétend favoriser le « laisser mourir », et qui n’ajoute strictement rien au refus d’acharnement thérapeutique déjà prévu par la loi.
Nous atteignons ici au summum de la lâcheté politique et du despotisme camouflé ! La volonté du peuple est délibérément foulée aux pieds et le droit sacré de chaque citoyen sur sa propre vie et sa propre souffrance est cyniquement bafoué. Que cette loi soit votée ou non est sans importance et sans intérêt. Ce n’est pas une loi républicaine : ce n’est qu’un sinistre ricanement de tortionnaire hypocrite. Les députés qui l’auront votée sans imposer des amendements significatifs auront signé leur déshonneur.
La mère de Vincent Humbert, dont le fils a souffert des années de calvaire avant d’apitoyer un médecin au cœur généreux, parcourt la France en affirmant que cette loi sera insuffisante et a déjà recueilli 160 000 signatures sous une pétition exigeant une loi répondant à la tragédie que vivent les paralysés complets, quel que soit leur âge, emprisonnés dans leur propre corps et qui supplient qu’on les en délivre. Mais M. Douste-Blazy s’en moque et nos députés s’en fichent. Les plaintes de la « France d’en bas » n’atteignent pas ces histrions de la démocratie dans leur Olympe de carton-pâte…

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