Milliere Guy - mercredi 12 avril 2006
« La France des années 2000 est caractérisée par le poids désormais insensé de l’État et de la fonction publique. La société civile y est écrasée par les prélèvements obligatoires et paralysée par les réglementations qui interdisent ou entravent les initiatives individuelles, découragent l’effort, le travail et les démarches créatives dans ce pays jadis si inventif » : tels sont les premiers mots de la préface rédigée par Philippe Némo pour le dernier livre de Patrick Simon.
C’est un fait, la France semble désormais avoir un pied dans la tombe. Je ne puis que souscrire aussi à ce qu’écrit plus loin Patrick Simon. La mort lente de la France tient à de multiples causes qui, presque toutes, peuvent être reconduites à une hypertrophie administrative derrière laquelle se tient l’arbitraire dogmatique de la loi et la perte de la conscience claire de ce qu’est le droit, qui ne mérite ce nom que s’il est « droit naturel ». Sortir de l’arbitraire de la loi implique, bien sûr, qu’on redécouvre le droit naturel.
« Le droit naturel, écrit Patrick Simon, est spontané et non pas décrété, il s’appuie sur l’observation, donc sur la raison, mais cette raison a des limites. C’est une île ou plutôt un navire entouré par un océan d’ignorance ». Et Simon insiste : « La conscience des limites de la raison imprègne le droit naturel et, en lui ôtant toute prétention au savoir absolu, le sauve de toute tentation totalitaire ».
Simon nous propose un exercice de généalogie qui nous reconduit à Platon qui « voulait imposer le bien en faisant l’économie de la liberté », à Aristote qui, le premier démontra que « la justice naturelle ne dépend pas des opinions » et qui posa que le bien peut être atteint en contexte de pluralisme, à Cicéron qui montra la supériorité d’un droit naturel stable sur le droit positif. Simon parle, bien sûr, du judaïsme, du christianisme. Il souligne les raisons du blocage de l’islam, engoncé dans un dogmatisme impératif.
Abordant les temps modernes, il procède à une critique de Hobbes et de Rousseau d’une façon qui montre qu’il s’est profondément imprégné de la pensée de Locke, mais aussi de celle d’Edmund Burke qui, fort peu de temps après l’enclenchement de la Révolution française, avait déjà compris que s’était mis en place l’infernal engrenage qui allait conduire à la Terreur, à Napoléon, et dont nous ne sommes plus vraiment sortis.
Il procède, et c’est à mes yeux l’un des aspects les plus novateurs du livre, à une relecture de la pensée de Friedrich Hayek sous un angle burkéen : « Les traditions renferment plus de savoir et d’expérience que l’individu n’en possède à lui seul », et Burke a rappelé qu’en arrière-fond de tous les contrats, il y a le grand contrat qui provient de l’expérience, des décisions, des erreurs, des rectifications des générations passées. En conséquence : « Les règles naturelles incorporent et transmettent de l’information et du savoir ». Elles ne tombent pas d’une transcendance, mais usent de la transcendance pour que les choix se fassent en direction du juste. « Seules les règles les meilleures subsistent quand elles sont en concurrence avec d’autres ». Patrick Simon revient, pour finir, sur les blocages français, sur l’arbitraire dogmatique, et il montre pourquoi ceux qui comprennent le droit naturel ne pouvaient qu’être horrifiés face à un projet de constitution européenne imprégné de tous côtés par la « tentation constructiviste ». On peut espérer que Patrick Simon sera lu, commenté et entendu. Malheureusement, nous sommes dans un pays où l’arbitraire de la loi est partout, et où la loi de l’arbitraire règne dans les rues.
Des hommes politiques sans repères oscillent entre démagogie et danse ridicule : un pas timide en avant, puis deux pas en arrière jusqu’à la chute. Des jeunes gens vocifèrent et utilisent des mots qu’ils ne comprennent pas. Le reste de la population ressent confusément que des jours sombres se préparent. Nul ou presque ne sait plus le droit. La France est immobile et agitée comme un navire en train de sombrer. Après le naufrage, pour tenter de discerner ce qui s’est passé, on cherchera des lueurs de lucidité. On en trouvera chez des auteurs tels que celui de ce livre…
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