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Le faux modèle « libéral » irlandais


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Courrier - lundi 06 décembre 2010


Il aura fallu une débâcle financière sans précédent, 32% de déficit et une chute du PIB de 7%, pour que les inconditionnels du libéralisme débridé, qui nous bassinaient à longueur d'année avec le flamboyant modèle irlandais, réalisent enfin que le Tigre celtique n'était en fait qu'un tigre de papier. Car pendant toutes ces années du « miracle irlandais », qui fit passer ce pays du rang le plus pauvre de l'Europe des 15 au rang le plus riche des 27 ( avec le Luxembourg ), personne ne s'est demandé sur quoi reposait véritablement cette croissance digne d'un dragon asiatique.

Or, quand on regarde de plus près ce « modèle de libéralisme », on voit qu'il a bénéficié d'une aide colossale de l'Europe, soit plus de 41 milliards nets en vingt ans, c'est à dire 520 euros par habitant et par an. Cette manne européenne, équivalente en moyenne à 2% du PIB chaque année, a permis à l'Irlande de pratiquer un dumping fiscal inéquitable et d'exporter son chômage sur le dos du contribuable européen. A titre de comparaison, si la France, au lieu de contribuer au budget européen à hauteur de 1% de son PIB, avait reçu proportionnellement la même aide que l'Irlande, ce sont 1 200 milliards que Bercy aurait pu économiser et notre dette actuelle ne serait pas de 1 600 milliards mais de 400 milliards, soit 20% du PIB au lieu de 80%.

Nous aussi nous aurions pu ramener notre impôt sur les sociétés à 12,5% en le faisant financer par nos voisins. Par conséquent il n'y a pas de quoi s'extasier sur le miracle irlandais qui n'est qu'un mirage, une illusion financée en grande partie par le contribuable européen. Ajoutons à cela un système bancaire à l'agonie et une bulle immobilière à l'américaine, et nous avons un tableau beaucoup moins enchanteur que celui qu'on nous dépeint depuis dix ans.

La fuite en avant des banques irlandaises

Car les banques irlandaises, comme dans la fable de la grenouille et du bœuf, ont prêté sans discernement pour atteindre un bilan ahurissant égal à 11 fois le PIB du pays ! De 2000 à 2010, ce bilan a été multiplié par 5. En comparaison, la BNP, la Société Générale et le Crédit Agricole totalisent un bilan global inférieur à trois fois le PIB français !

Cette fuite en avant des banques irlandaises est d'autant plus hallucinante qu'elle s'est faite sur des crédits immobiliers à haut risque, y compris aux Etats Unis. Quant à la dette des ménages, elle représente 120% du PIB. Par conséquent, avec un nouvel emprunt de 85 milliards au taux de 6% environ, soit presque la moitié de son PIB, il y a fort à parier que le Tigre celtique ne rugira plus de sitôt !

N'en déplaise aux libéraux, l'Irlande n'est qu'un pitoyable modèle d'assistanat, à des années lumière d'un véritable modèle libéral. Pratiquer un dumping fiscal sur le dos des Européens tant que tout va bien et socialiser ses pertes quand tout va mal, en nationalisant les banques et en appelant l'Europe à l'aide, ça n'a rien de libéral, ça ressemble plutôt au modèle économique du tiers monde qui tend sa sébile tous les six mois.

Mais ce naufrage irlandais, qui illustre à merveille l'incompétence des politiques et des banquiers, n'est malheureusement qu'un nouvel épisode de la crise économique mondiale qui ne fait que commencer. Dans la cordée des 27 pays européens, le monde entier attend de savoir qui sera le prochain à dévisser.

Jacques Guillemain

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