Lance Pierre - dimanche 03 octobre 2004
Le gouvernement turc multiplie ses efforts pour que la candidature de la Turquie à l’entrée en Europe soit bientôt acceptée. Et la Commission de Bruxelles, méprisant sans vergogne les opinions publiques européennes, continue de préparer cette invasion brutale de 70 millions de musulmans dans l’espace européen. La dernière « péripétie » en date de ce que je n’hésite pas à appeler un acte de haute trahison de l’Occident est extrêmement instructive de ce qui nous attend. Les Turcs voulaient inscrire dans leur code pénal des peines de prison applicables à l’adultère des épouses turques. Ce qui en dit long sur l’archaïsme des mentalités dans ce pays. Un humoriste disait un jour : « Quand une femme trompe son mari, s’il faut punir quelqu’un, c’est le mari. Car soit il délaisse sa femme, soit il n’a pas su la choisir ». Et réciproquement, ajouterai-je. Mais rappelons que dans les pays musulmans, la question du choix ne se pose pas, puisque les jeunes gens sont le plus souvent mariés sans leur consentement. Que de telles mœurs puissent officiellement entrer un jour en Europe a de quoi faire frémir. Car, ne nous y trompons pas : si le gouvernement turc a accepté d’exclure de son code pénal la criminalisation de l’adultère féminin, ce n’est évidemment qu’une manœuvre diplomatique, parce que la Commission européenne a clairement indiqué que la candidature turque serait inacceptable si ce retrait n’était pas effectué. Il n’en reste pas moins que les Turcs n’envisageraient pas de modifier leur Code sans cette pression, et cela révèle leur mentalité profonde. C’est au mois de décembre que l’Union européenne devra décider si la candidature de la Turquie est acceptable. Mais la décision doit être prise à l’unanimité des États européens. Le plus scandaleux dans cette affaire est qu’une décision puisse être prise au niveau des gouvernements, sans que les populations soient consultées (au moment même où j’écris ces lignes, Nicolas Sarkosy, qui ne perd pas une occasion de se rendre populaire, vient de se déclarer favorable à un référendum sur la question.)
Les Américains aimeraient turquiser l’Europe
Un second scandale est l’ingérence des États-Unis, qui font pression sur leurs alliés européens pour qu’ils acceptent la candidature de la Turquie. Le gouvernement américain, très lié militairement à ce pays, estime que cette adhésion lui donnerait un appui pour ses opérations au Moyen-Orient, ce qui est pure illusion, mais surtout faciliterait la construction d’un pipe-line non russe pour le transport du pétrole de la Caspienne. Toutefois, certains analystes politiques estiment que le but principal de Washington est d’empêcher qu’une Union européenne solide et homogène puisse un jour porter ombrage aux États-Unis. (Et nos lecteurs auront noté le mutisme assourdissant de Guy Millière sur ce sujet.). Les partisans de l’adhésion de la Turquie mettent en avant sa Constitution laïque, héritée du kémalisme. Mais celui-ci n’a plus rien de populaire et ne survit que par le soutien de la bourgeoisie occidentalisée d’Istanbul et celui des officiers de l’armée. Or, la liberté religieuse dans ce pays ne va pas jusqu’à autoriser un musulman à répudier officiellement sa religion et l’islamisme gagne du terrain. Aussi est-il fort douteux que la laïcité turque puisse perdurer encore longtemps. Malgré les dénégations du gouvernement, il s’avère que la torture est encore trop souvent utilisée en Turquie. En février 1995, le procureur d’Ankara a inculpé dix policiers accusés d’avoir torturé Bekir Keçeci durant sa garde à vue. (Il était soupçonné d’appartenir à une organisation politique illégale). En mars 1997, les tortionnaires furent acquittés par une Cour d’assises. M. Keçeci a porté plainte en 2000 devant la Cour européenne. Le gouvernement turc a proposé alors un « arrangement à l’amiable » et promis de verser une indemnité de 15 000 euros au plaignant. Là encore, on voit bien que c’est seulement la crainte de se voir refuser l’accès à l’Europe qui a opéré. Sans cela il est peu probable que le plaignant eut obtenu quoi que ce soit. L’État turc doit également indemniser le Kurde Ramazan Kimey de 59 000 euros pour la destruction de sa maison par des agents de l’État. C’est en 1987 que la Turquie accepta de pouvoir être attaquée en justice devant la Cour européenne. En 2001, la Cour a enregistré 1 059 requêtes émanant de citoyens turcs. Je considère pour ma part que les citoyens français et européens doivent se mobiliser énergiquement contre l’adhésion de la Turquie, qui n’est européenne à aucun titre.
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