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Le fossé Occident Islam


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Artur du Plessis Laurent - mercredi 30 août 2006


Les tensions entre l’Occident et le monde musulman s’avivent. L’Europe est prise dans ce malstrom. Début août, les Britanniques annoncèrent avoir déjoué des projets islamistes visant à abattre une dizaine d’avions de ligne. Le crash de ces appareils, minant la confiance dans la sécurité aérienne, aurait mis en faillite nombre de compagnies, que leurs marges bénéficiaires structurellement faibles, et la hausse du baril, fragilisent déjà. Il en serait résulté une chute du tourisme de masse, dévastatrice pour l’économie mondiale.

L’inflation des tentatives terroristes laisse présager que l’une d’elles réussira, malgré les méritoires efforts des services de renseignement. Les djihadistes s’intéressent toujours aux chemins de fer européens : le 31 juillet, les Allemands découvrirent, déposés par un réseau islamiste, dans des trains en gare de Coblence et de Dortmund, des explosifs, qu’un incident technique avait empêché de fonctionner. C’eût été un massacre…

Au loin, la température monte aussi. En Afghanistan, la violence atteint des sommets jamais égalés depuis la chute des talibans, fin 2001. Ceux-ci contre-attaquent en s’adossant au Waziristân pakistanais. En Irak, où les conflits interreligieux s’intensifient, la coalition saigne : plus de 2 500 morts américains. L’Iran, qui vient d’inaugurer l’usine d’eau lourde d’Arak, ne renonce pas à enrichir l’uranium sur son sol, préalablement à la reprise de négociations. Il revient au Conseil de sécurité de l’ONU de décider de sanctions (problématiques), avant que les USA n’attaquent les sites nucléaires iraniens.

Le Liban est en voie d’« irakisation ». La trêve, instaurée par la résolution 1701 des Nations unies, est précaire. Le Hezbollah, qui a fait ses preuves militaires au cours des 34 jours de combat contre Israël, profite de l’accalmie pour se ravitailler en armes. La résolution 1701 du Conseil de sécurité a prévu de renforcer les effectifs de la Force intérimaire des Nations unies au Liban-Sud (Finul), censée aider 15 000 soldats libanais à reprendre le contrôle du Sud du pays. L’Union européenne fournira près de 7 000 soldats (dont 2 000 Français et 3 000 Italiens). Initialement, la résolution 1 701 avait placé l’action de cette « Finul plus » sous le chapitre vi de la charte des Nations unies, consacré au « maintien » de la paix, la cantonnant à un rôle d’observateur passif réduit à la légitime défense. Et non pas sous le chapitre vii, dédié à l’« imposition » de la paix, qui l’autoriserait à passer à l’offensive.

Entre-temps, Paris a obtenu une modification des conditions de fonctionnement de la Finul, désormais à mi-chemin des chapitres VI et VII : un chapitre « six et demi » en quelque sorte. La « Finul Plus » n’est pas devenue une force d’imposition de la paix, mais elle est autorisée à faire feu, non plus seulement en cas de légitime défense, mais aussi pour désarmer des miliciens, et pour venir en aide à des civils en danger.

Cependant, tout cela reste nébuleux. La résolution 1701 ne charge pas la Finul de désarmer le Hezbollah. Comme l’a rappelé Michèle Alliot-Marie, c’est à l’armée libanaise de le faire. Par la persuasion ? C’est chimérique. En l’intégrant ? Elle passerait sous sa domination. Par la force ? Elle ne ferait pas le poids. Le Parti de Dieu combattra les Casques bleus, et l’armée libanaise, s’ils font obstacle à sa volonté de harceler Israël. Le Liban, qui place des troupes sur sa frontière avec la Syrie, y refuse le déploiement de la Finul, exigé par Tel-Aviv pour lever son blocus. La Syrie menace de rompre ses relations commerciales avec le Liban, si ce déploiement a lieu. Si le Hezbollah, une fois refait le plein d’armes et de munitions via la Syrie, recommençait à tirer sur Israël, par-dessus la Finul, l’État hébreu engagerait un « second round ».

Quoi qu’il en soit, la Finul évoluera dans une situation à l’irakienne : elle fera face, non seulement au Hezbollah chiite, mais aussi aux milices sunnites « salafistes » formées dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban. Le Fatah, nationaliste et laïc, ne contrôle plus ces groupes, acquis à une idéologie djihadiste proche de celle d’Al-Qaida.

La Malaisie a promis de fournir à la Finul 1 000 hommes, l’Indonésie autant, et le Bangladesh 1 500. Israël refuse : ces pays musulmans n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec lui.

Les gouvernements saoudien, jordanien, égyptien, ont dénoncé l'« aventurisme du Hezbollah ». Mais, de l’Atlantique au Pacifique, les peuples musulmans acclament ce dernier. Le sentiment antioccidental prend possession de la rue musulmane, en même temps que les tchadors et les burkas. Le fossé entre Islam et Occident se creuse. Il passe par les banlieues européennes.
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