Lévy Gabriel - mercredi 21 juin 2006
L’analyse, faite par l’hebdomadaire Le Point (1er juin 2006) de la récente parution du livre « Mao, l’histoire inconnue » nous rappelle l’intoxication permanente déjà décrite par Raymond Aron sous le titre « L’opium des intellectuels ». Depuis la fin de la guerre 39-45, l’indulgence ou le soutien aux thèses, aux méthodes et aux régimes les plus tyranniques servent de viatique à la plupart de ceux qui se considèrent comme les seuls dignes de définir le bien ou le mal : dirigeants politiques de droite comme de gauche, « penseurs », « intellectuels », artistes, rappeurs… et tant d’autres.
L’hebdomadaire s’étonne à peine que Mao Tsé Tsoung ait pu exercer en France une telle fascination. Selon Simone de Beauvoir, Mao n’a pas exercé « un pouvoir plus dictatorial que celui détenu par Roosevelt ». Pour François Mitterrand, Mao est un « humaniste ». Et dans le désordre (forcément !) sont cités : Serge July, Sartre (le journal « La cause du peuple »), Althuser, Lacan, Geismar, Sollers… intellectuels de gauche, mais aussi MM. Peyrefitte et Giscard d’Estaing qui salue « un phare qui s’éteint ».
Nous savions que « les esprits les plus encombrés ne sont pas les plus lucides » (Édouard Balladur), mais cette raison ne suffit pas toujours à expliquer leur comportement.
La tentation totalitaire est souvent présente et leur terrorisme tente de s’approprier nos consciences. Rappelons-nous Sartre pour qui « est un chien celui qui est anti-communiste », ainsi que le fameux titre « Phnom Pen libéré » du Monde du 17 avril 1975.
Oui ! Les journaux dits de référence, la promotion de films et de chansons, la diffusion d’images non contrôlées, la désinformation, tout concourt à la détestation du libéralisme, du colonialisme, du capitalisme, des « croisades », des valeurs occidentales et, évidemment, des Etats-Unis et d’Israël !
La culture de l’excuse
Omis ou négligés, les millions de morts en URSS et en Chine, les Boat people, les génocides du Cambodge et ceux du Darfour parce qu’ils mettent en cause des dirigeants communistes ou les « cavaliers arabes » (« L’Humanité », 17 septembre 2004). Excusés, les actes de terrorisme, ignorés les rappels d’Amnesty International, pour qui « quelle que soit la cause invoquée et quelles que soient les circonstances [atténuantes] que certains, en Europe, voudraient leur trouver, les attaques visant, directement ou sans discernement, des civils, les prises d’otages, la torture et les mauvais traitements, sont des crimes contre le droit. Aux termes du droit international humanitaire, les individus et les groupes qui participent à ces actions, ou les commanditent se rendent tout simplement coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Ni plus ni moins, car les droits humains ne se distinguent pas » (Rapport juillet 2005).
Bafouée donc, la sémantique : activistes ou militants pour désigner des terroristes, emploi hors de son sens du terme génocide, mais silence prudent, gêné – hélas ! même aujourd’hui… – devant les vrais génocides, comme ceux décrits dans le film « Hôtel Rwanda » et ceux du Darfour ou de la Somalie.
La compassion, les secours et les subventions de l’Europe et de la France, pourtant si largement accordés à d’autres réfugiés, sont-ils à la hauteur de ces désastres ?
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