Menou Pierre - lundi 30 mai 2011
Lu dans la presse
Le gouvernement en excès de radar
« Guéant recule sur les radars », titre Parisien- aujourd’hui en France du 25 mai. « La majorité au radar », constate le même journal le lendemain, 26 mai. Entre ces deux titres, la cacophonie.
Le 25 mai, Nathalie Segaunes écrit : « Après une semaine de bras de fer, les députés UMP ont fini par faire plier le gouvernement sur la sécurité routière : le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a donné l’instruction aux préfets hier matin de " suspendre " le démontage des panneaux signalant les radars fixes (…) A terme, les panneaux signalant les radars seront remplacés par des " radars pédagogiques ", indiquant à l’automobiliste sa vitesse, mais non pénalisants. »
Le ministre l’a expliqué lui-même aux députés UMP lors de leur réunion du mardi matin à l’Assemblée nationale, remarque la journaliste du Parisien, qui commente : « C’est une victoire sur toute la ligne pour les 76 députés UMP qui avaient exprimé lundi leur " exaspération " dans une lettre ouverte au Premier ministre, François Fillon. » L’un d’entre eux, Christian Vanneste, déclare à la sortie de la réunion : « La fronde est terminée. Le Premier ministre a compris qu’il s’est trompé, au moins dans le style. », tandis qu’un proche de Jean-François Copé jubile : « Fillon a dû manger son chapeau ».
Le lendemain, il l’a déjà régurgité. On apprend en premier lieu que la veille, à l’Assemblée nationale, Fillon et Guéant ont tenu un discours très différent. Le premier aurait déclaré, avant de quitter la réunion : « Le gouvernement ne reviendra pas sur la fin de la signalisation systématique des radars ». Prenant la parole ensuite, le second aurait promis : « Trente-six panneaux ont déjà été démontés, il n’y en aura pas un de plus avant concertation locale », en précisant par ailleurs que tous les radars fixes seraient précédés d’un radar « pédagogique », indiquant sa vitesse à l’automobiliste sans le flasher.
« Guéant a-t-il tenté de doubler Fillon ? », demande Nathalie Segaunes. Le ministre de l’Intérieur a en tout cas franchi la ligne jaune (qui, sur la route, est devenue blanche depuis quelque temps déjà). « A Matignon, les propos du ministre de l’Intérieur exaspèrent. Pas question de laisser croire à une volte-face du gouvernement sur un sujet aussi sensible que la sécurité routière. Guéant est chargé de rectifier le tir, tandis que les communicants des deux parties tentent de minimiser les divergences. Le soir-même, au 20 heures de France 2, le ministre de l’Intérieur s’exécute. »
S’exécuter dans de telles conditions, c’est se suicider politiquement. Guéant mange à son tour son chapeau et il n’est pas sûr qu’il le digère avant longtemps. Le retrait des panneaux signalant les radars, annonce-t-il, n’est suspendu que pour « quelques jours ». Les radars pédagogiques seront implantés de façon « aléatoire ».
Une obsession de Sarkozy
« Les députés n’y comprennent plus rien », écrit Nathalie Segaunes. Ils ne sont pas les seuls.
Mais il y a mieux : selon Minute du 25 mai, c’est le budget prévu pour installer prochainement des panneaux dédiés à la sécurité routière qui servira finalement à enlever les panneaux signalant les radars !
Car Nicolas Sarkozy ferait de la sécurité routière une véritable « obsession », en raison d’un « drame personnel (qui) l’aurait sensibilisé à cette question, expliquant aussi son rejet de l’alcool. Plus encore que la possibilité de traire le Français moyen à peu de frais, c’est un traumatisme qui le pousserait à se montrer plus intransigeant face aux automobilistes que – au hasard – aux lascars de banlieue qui terrorisent les cités ou se tuent entre eux au fusil d’assaut – comme à Lyon et Marseille, la semaine dernière… »
D’autres mesures répressives sont au programme du gouvernement, qui passent surtout par une aggravation des sanctions. Problème : « Pour interdire un matériel de signalisation radar comme le Coyotte [ avertisseur de radars, ndlr ] ou pour " délictualiser " ce qui était jusqu’alors une contravention, un texte législatif est obligatoire », souligne Minute. « Or, murmure-t-on dans le dos de Sarko, " il n’est absolument pas certain que le gouvernement obtienne la majorité à l’Assemblée, où se jouera la bataille finale ". »
Après la cacophonie gouvernementale, la fronde des députés s’inscrirait alors en point d’orgue des querelles internes de la droite : Copé n’aime pas Fillon, qui n’aime pas Guéant...
D’ici-là, les associations de défense des automobilistes appellent à une mobilisation générale contre les projets gouvernementaux, les 2 et 18 juin. Un appel qui risque d’être d’autant plus entendu que tous les automobilistes – et pas seulement les véritables chauffards – se sentent menacés : selon Minute, 70 % des infractions ayant entraîné des retraits de points sont des excès de vitesse inférieurs à 20 k/h… et la France détient un record en matière d’invalidations de permis, multipliées par 9 en 8 ans !
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