Martoïa Bernard - dimanche 12 juin 2005
La victoire du non au référendum en France a donné lieu aux sempiternels commentaires de la classe politique française pour un changement, sans que jamais soit prononcé le mot tabou « libéralisme ». De tous les présidentiables, Nicolas Sarkozy a été le seul à esquisser les contours de la bête immonde, mais il s’est bien gardé de la nommer pour ne pas se griller. La France est en désarroi parce que ses élites schizophrènes abhorrent le libéralisme et qu’elles se sont toujours défaussées sur l’Europe pour faire passer des réformes. Quand la supercherie a été découverte par les électeurs mécontents, elles leur ont dit benoîtement que l’Europe de demain sera une économie sociale de marché. Rien n’est plus dangereux que d’entretenir longtemps une nation dans l’illusion. Aussi animé qu’a été le débat en France sur l’adoption d’un papier qui est franchement illisible – il faut reconnaître aux Français le mérite d’avoir rejeté l’usine à gaz que voudrait leur vendre la bureaucratie européenne –, il a surtout démontré que les Français découvraient tardivement l’essence même de la construction européenne qui remonte au traité de Rome de 1957, à savoir l’instauration d’un marché unique entre ses membres, régi par la loi d’airain de la concurrence et du libre échange. Le plombier polonais s’est invité dans la campagne française. Les Français seraient-ils plus archaïques que d’autres peuples? Pas forcément. Lors de la campagne présidentielle de 1996 aux États-Unis, la peur de l’avènement d’un marché unique entre ce pays, le Mexique et le Canada, avait déclenché la même réaction de rejet dans les couches sociales les plus fragiles. José, le Mexicain traversant illégalement la frontière, était la bête noire des cols bleus américains. Mais Bill Clinton, le président en exercice, avait eu la pédagogie d’expliquer à ses concitoyens que la ratification du traité de libre-échange nord-américain – NAFTA – serait globalement favorable à tout le monde. Il n’avait pas eu la lâcheté de passer sous silence que les travailleurs les moins qualifiés seraient ceux qui souffriraient le plus de la concurrence de la main-d’œuvre mexicaine.
Le salaire des mensonges chiraquiens
De son côté, le président français est sanctionné parce qu’il n’a pas voulu dire la vérité aux Français et qu’il s’est toujours défaussé sur l’Europe pour le meilleur ou le pire, depuis son discours à l’hôpital Cochin en 1978. Les entreprises françaises sont laminées par la concurrence étrangère car elles sont soumises à des contraintes administratives, sociales et fiscales insupportables. Même si elles font des efforts prodigieux pour s’adapter, elles n’en recueillent guère de bénéfice car le Léviathan étatique n’a nullement l’intention d’entreprendre sa cure d’amaigrissement. Un quart des actifs français est employé par l’État et ses épigones. Quelles sont les « forces vives de la nation » auxquelles se réfère avec constance le président français pour entretenir le dialogue social ? Des syndicats contestataires qui n’ont jamais renoncé à la lutte des classes et brandissent, à tout prétexte, le droit de grève pour paralyser le pays. Quels sont les interlocuteurs des « forces vives de la nation » dans les cabinets ministériels ? Des énarques imprégnés d’une idéologie jacobine et qui exècrent la liberté et l’initiative individuelle. À chaque problème rencontré, la réponse qu’ils apportent est la même : créer un comité Théodule ou un règlement nouveau. D’où l’extraordinaire sédimentation des textes de loi qui aurait représenté une colonne de trente-six mètres de hauteur quand le dernier ministre libéral français fit cette métaphore en 1995. En une décennie, la colonne a grandi allègrement de quelques mètres supplémentaires depuis que Alain Madelin a été congédié par Alain Juppé, premier ministre de l’époque, pour avoir dit quelques vérités qui dérangent la nomenklatura française. En diabolisant le libéralisme, les énarques ont rendu un très mauvais service à leurs concitoyens. L’absence crédible d’alternance favorise la montée des extrêmes et la cacophonie. La France de Chirac a vingt-six ans de retard sur l’Angleterre de la dame de fer. Les Britanniques voudraient-ils nous la prêter ? La question n’est pas saugrenue car il n’y a personne en France qui aurait le courage de faire le sale boulot accompli par cette fille d’épicier pour sauver son pays.
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Social-démocratie
“Le rôle de la social-démocratie n’est pas d’être un avatar du libéralisme. Elle doit s’opposer à lui et constituer la colonne vertébrale du progressisme européen.”
Henri Emmanuelli,opposant socialiste à la Constitution
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