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Le monde avance, La France décline…


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Milliere Guy - dimanche 20 février 2005


On débat en France d’un assouplissement de la loi sur les 35 heures hebdomadaires. On glose sur le chômage qui se maintient autour de 10 % de la population active. On se félicite d’un taux de croissance qui atteint 1,8 % en rythme annuel. On ne parle pas d’autres indicateurs, comme ceux indiquant le vieillissement de la population.
On parle du référendum sur le projet de constitution européenne sans dire vraiment ce que contiendrait cette constitution. Certains socialistes disent que le texte est « trop libéral » et d’autres s’en accommodent. Certains gaullistes clament que le texte implique des abandons irréversibles de souveraineté, d’autres ne pipent pas mot. Les libéraux voient fort bien que le texte n’a rien de libéral, mais ils sont tellement minoritaires qu’ils ne veulent pas prendre le risque d’être définitivement marginalisés, alors ils rejoignent le troupeau…
Pendant ce temps, on se désintéresse du reste du monde. Et pourtant le monde avance. Les Français souhaitaient la défaite de George W. Bush lors des élections présidentielles américaines, et Bush n’en a pas moins été triomphalement réélu. Les Français pensaient et continuent à penser que Bush est un imbécile qui conduit son pays au naufrage, et pourtant les États-Unis sont en situation de plein emploi, de croissance forte (4 %) et sans inflation et de dynamisme sans faille.
Le discours de réinvestiture de George Bush, le 20 janvier dernier, a été traité par les commentateurs parisiens avec dédain : les « stéréotypes d’usage », a dit l’un, tandis que l’autre parlait de « vide parfait ».
Pendant que les Français s’extasiaient sur leur propre intelligence, partout ailleurs dans le monde, on voyait dans le discours de Bush la proclamation la plus claire et la plus ferme des valeurs fondatrices de l’Amérique depuis le discours de réinvestiture d’Abraham Lincoln en 1865 ; rien de moins.
Depuis, les élections ont eu lieu en Irak, et comme en Afghanistan, la participation a été très forte, montrant un désir de souveraineté chez les populations concernées. Comme face aux élections en Afghanistan, les observateurs français ont émis des doutes, pris la situation avec de très longues pincettes, évité de dire, bien sûr, que c’est grâce à l’action américaine que les élections ont pu avoir lieu. Certains sont même allés jusqu’à dire, dans le style « c’était tout de même mieux sous Saddam », que des élections sous « occupation militaire » sont sans valeur.
On entendra gloser dans les prochaines semaines sur les risques de partition du pays kurde, alors que les principaux dirigeants kurdes irakiens ne cessent de dire qu’ils veulent un Irak fédéral et désirent travailler avec les autres composantes de la société irakienne. On entendra parler des risques d’une « république islamique shiite à l’iranienne », alors que quiconque connaît un tant soit peu le shiisme connaît les différences radicales et profondes qui séparent la pensée du grand ayatollah Sistani de celle des mollahs au pouvoir à Téhéran.
Tout cela n’est pas grave. L’Irak sera bientôt un pays décent. Les terroristes islamiques seront vaincus. L’administration Bush a plusieurs années devant elle pour que la décence s’épande davantage encore dans le monde arabe et, plus largement, dans le monde musulman. George W. Bush dans quinze ou vingt ans sera vu, dans les pays où l’activité d’intellectuelle ne consiste pas à se regarder le nombril en croyant voir le centre du monde, comme un grand Président, comme un révolutionnaire au service de la liberté des êtres humains.
Il m’arrive de me demander où en sera la France à ce moment-là. J’aurais tendance à me dire que ce sera un pays plus déclinant encore, plus vieux et plus sclérosé encore, plus islamisé encore. La fuite des cerveaux qui s’opère déjà se sera accélérée. Les grands médias continueront à dire que ce que « la France pense » est important et les Français le croiront. Je souhaiterais une autre issue, bien sûr. Mais des tendances lourdes me semblent en place. Il n’y a pas à l’horizon d’homme d’État de la dimension de Bush, de Sharon, de Thatcher ou de Reagan. Les débats intellectuels se répètent à l’identique depuis deux ou trois décennies et ont le goût du formol. Ceux qui parlent à la radio et à la télévision sont des morts-vivants : leur corps bouge encore, mais leur cerveau ne répond plus…


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