Poncins (de) Michel - dimanche 01 octobre 2006
Nous préférons parler de mystère suédois plutôt que du miracle suédois, terme trop galvaudé. Quel est véritablement ce mystère ?
Les conservateurs ont remporté les élections, le peuple suédois rejetant pour la première fois depuis longtemps la social-démocratie dont il faisait auparavant son régal. Ces conservateurs affirment qu’ils trouvent une situation très dégradée avec, en particulier, un nombre fabuleux d’interventions de l’État et se préparent à vendre ce qu’ils appellent « les joyaux de la couronne », à savoir au moins 60 grandes entreprises d’État dans les trois ans.
Malgré un socialisme envahissant sur des décennies, le peuple suédois jouissait d’une assez grande prospérité avec des firmes de taille internationale et un niveau de vie élevé. Le socialisme a mis du temps à produire ses effets délétères et il n’y a pas eu l’écroulement que l’on a connu, par exemple à l’Est au temps de sa « grande époque ».
Comment expliquer cette apparente prospérité ?
Nous affirmons à Tocqueville Magazine (nous sommes les premiers), que cela vient de la très grande honnêteté des dirigeants politiques suédois, opposée au caractère quasi mafieux des hommes politiques d’autres pays, l’ex-URSS et la France. Les politiques français, même les socialistes, allant en Suède observer son économie, en reviennent stupéfaits de la modestie, de la rigueur et de l’honnêteté de leurs homologues.
Au lieu de faire la fête dans les salles à manger de direction, comme leurs pairs français, les ministres suédois prennent leur repas à la cantine du personnel, à deux pas des ministères, près de la résidence du Premier ministre. Le repas peut coûter six euros, qu’ils paient de leur poche, soit tout juste un peu plus qu’au MacDo du coin. On y croise des secrétaires, des hauts fonctionnaires et des ministres. Une dame, ancien ministre des Affaires étrangères, déclare : « il ne s’agit pas de gaspiller l’argent des contribuables ! Au ministère des Affaires étrangères, il y a un cuisinier et des salons pour recevoir nos hôtes. Mais au quotidien, pourquoi ne pas déjeuner à la cantine ? ». Dans les autres ministères, il n’y a pas de salons pour recevoir à déjeuner. Cette dame avoue : « mon mari est un soudeur et je n’ai jamais imaginé, du temps où j’étais ministre, de changer de mode de vie. Nous habitons toujours la petite maison construite par mon mari, à 120 km de la capitale. J’ai juste dû louer un studio de 27 m2 à Stockholm ». Les ministres n’ont aucun logement de fonction, sauf le Premier ministre, qui a un appartement de 175 m2 pour lequel il paye un loyer. Pas de voiture avec chauffeur non plus.Tous les frais - frais de réception, de déplacement, de communications téléphoniques - sont étroitement réglementés et vérifiés. En avion, les ministres voyagent en classe économique sauf sur les vols long-courriers.
Au titre de la moralité du monde politique suédois, il faut souligner les démissions de deux ministres qui viennent à peine d’être nommés et qui ont démissionné le lundi 16 octobre 2006. Une autre dame, ministre de la Culture, a été contrainte à la démission moins de 10 jours après la formation du nouveau gouvernement. Chargée de la gestion des redevances audiovisuelles, elle n’avait pas payé la sienne depuis 16 ans, volant « simplement » 1 620 e depuis 1990. Elle avait osé rémunérer au noir une aide à domicile, et a avoué : « en ne payant pas ma redevance audiovisuelle et en rémunérant au noir de l’aide à domicile, j’ai, avant de devenir ministre, commis des infractions qui ne sont pas acceptables. »
Bien entendu, les ministres, députés ou autres « fromagers » français qui visitent Stockholm reviennent en indiquant, avec hauteur, que chaque pays a ses usages et que les mœurs des politiques français correspondent à une vieille tradition. Pourquoi cette sobriété explique-t-elle la prospérité suédoise, malgré le socialisme ambiant ? L’explication se trouve précisément sur les bords de la Seine, dans l’immense quantité d’argent détournée par les politiques et toute leur cour (les « Hifis »), pour l’avantage propre de tous les prédateurs.
Suivant nos évaluations, la ponction effectuée à cet effet par la force publique au détriment de la nation est de l’ordre de 15 % du PIB.
Les Suédois, échappant à cette rapine officielle, ont pu se payer pendant longtemps, sans trop de dommage, une politique socialiste. Comme il est logique, cette politique socialiste trouve néanmoins son terme aujourd’hui, d’où la victoire des conservateurs. ............................... Chronique hebdomadaire disponible sur : http://www.libeco.net/
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